— -tî
V
ÎDOVZE CLEFS
PHILOSOPHIE
D E
FRERE BASILE VALENTINi
.Religievx delOrdrb
Saind Benoift.
TraiBant de la ^jraye Meàecim
Afetalique.
Plus TAzoth , ou le moyen de faire
rOr cache des Philofophcs*
TRADVCTION FRANÇOISE; .-g^
A i? A RIS, %/A^.^
Chez PiinRE MoËt, Libraire
luréj proche le PontS.Mlçhel,
àrimagic S. Alexis,
■■"h — rwTwwi— — I I immÊmmmmÊmmim
! M. DC, LX.
^ qMONSI £F K,
le CheHalierT>îgbj ^ (hance^
lier de la Reine de U Grande
"îBretagne^ &c.
ONSIEVR,
Faute dVné
meilleure oc-
caiion , ie prends celle
|de ce Liure que ie vous
dédie i pour preuue de
mes très - humbles reir
ipe<fls , & que ie eonferu^
2 E P I S T R E
vil' vif relTentiment des
faneurs doc il vous a pieu
me gratiffier. le n'oferois
dire que ce petit prefent |
foitfansla prétention de
quelque nouuelintereft,
car noltre exercice fait
eftat de joindre lesdiuer-
fes quai tés de Mercure,
d'aymerle Soleil, de tra-
fiquer des Sciences ^ Se
de receuoiren donnant:
en cela mefme ie ne fuis
que l'agent des Dieux,
c'eit à dire des Sages:
Je leur ay débité vos bel-
les pcnfées,&ie vous en
E P I s T R E. 3
rapporte les fcntimens.
Tous m'ont témoigné
l'extrême fatis-faâiion
qu'ils ont receu de voftre
Traitté fur la Poudre de
Sympatie , en fuite qu'ils
fouhaiteroient que les
lumières ôc les chaleurs
de voftre Elprit s'em-
ployalTent pour donner
vnnouueau iourauxmy-
fteres de cet Art, qui
exerce depuis û long-
temps la curiofité des
Philofophes , & pour fai-
re éclorre cet œuf qu'ils
vantent fi fort, le vous
â iîj
6 EPISTRE.
offre donc ce Liure^com-
me la terre prefente fes
fleurs &c fes fruiéls au
Solei],^fin qu'ils en tirent
leurperfeâion, & corn-
me elle luy enuoye fes
vapeurs pour lesrreçe-
uoir en rofées ôCi Gti
pluyes , qui. la rendent
plus belle & plus riche.
l'ayfait encore efperer
que vous donnerez quel-
que iourau public,ce que
vous ayez iudicieufei-
mcnt obferué touchant
h pofîeffion des démons.
Vous reufsirez parfaite-
EPISTRE. 7
ment, MONSIEVR,
en toutes ces matières
cachés au commun des
hommes , & ie ne croy
pas qu auec iuftice vous
puifsiez refufer la conti-
nuation de ces pretieu-
fes elludes au public, car
vous luyeftes redeuable
dVn droit annuel, après
qu'il vous a mis au rang
des Illultres ,&: en cette
eftime d efprit qui paffe
toutes les dignités delà
fortune. Vous acquiter
de ce deuoir & refpon-
dre aux efperances que
a iiij
« EPISTRE.
Ton a conceuês de vous,
Ceft voilrc gloire ,
6c ce ne peut eftre
qu'vne double fatis-fa-
Aion 5 Potir,
MQNSIEF%..
Vcfirf tres-humbU , tr£s~
cl't'qfaniç^ tris affectionné
jfruiteviv.
PIEP.P.E NiOËT.
PREFACE AV
LECTEVR.
L y a plus de trois
ans palTcz ( Amy:
Lcéleur ) que Tay
fait traduire lesœu-
ures Philofophiqucs
de Frère Bafile Vaîcntin, Reli-
gieux de Tordre de SaindBenoift,
très doâ:e perfonnage^ lequel a fi
bien efcrit, que Tes œuures font
dignes d'ecernclle mémoire, mef-
mesparVaduis des plus doâies de;
ce temps : Ce qui m'a le puis per-
lo Treface at4 LeSieur.
fuade de les faire veoîr, a efté la
prière que m'en ont fait plufieurs
perfonaes de qualîtejerquelsdefi-
rans de contencer^ie les ay fait tra-
duire d Aîemand &de Latin en no-
(Ire langue Françoife^ôc les donner
àceux de ma patrie/çachant qu'el-
le cft âpre fent la plus curieufe de
toutes les autres nations de l'Euro-
pe, ceft la principale confidera-
tîon qui m'a induit à les mettre en
lumière^ croyant qu'elles feroient
neceflaires au public, afin mefmies
qu'elles peuffçnc feruîr à plufieurs
pour les dçftourner d'vne infinité
de çhofes inutiles à quoy ils s'a-
donnent , & fe ranger fous les
vrays fentîers de la Nature , qui eft
le lica indiffoluUe par lequel ils
icdifporcronc au dcuoîr delarai-
ion . &c ce faifant Dieu leur fera la
T^ reface an LeBcûr. n
grâce de paruenirà la defiree dé-
finition d'vne grâce fpeciale, par
laquelle ils paruiendront à la fa-
pernelle vocation^ faifant les clio-
{c^ à l honneur ôc gloire de ce-
luy qui poffede toutes chofes, &
aufli que luy qui eft autneur de la
nature n agit en nous que par vnc
extraordinaire infpiration qu'il
nous donne par fon faînft vouloir,
lors qu'il cognoift que nous auons
la volonté de bien faire :c*eft cela
qui a tant efmeu de gens dodtes à
chercher lescuriofitez naturelles,
afin de faire du profit au public^ &
principalement auxpauures,&: non
feulement en noftre France ^ mais
en dluerfes contrées il y a plufieurs
Autheurs qui ont bien fait des li-
urcs de cette fcience , & qui certi-
fient qu'encores que malaifemenÉ
I? Préface au Lecteur.
on Hc la peut pas bien cognoîftrc ^
que neantmoins elle eft véritable,
& ay veu vn liure Italien dVnc
Damoifelie qui s'appelle Dona
Ifabclla Cortcd, qui a fait des vers
en fa langue {i bien faits , que ie ne
les puis oublier à vous les réciter
en ce lieu.
Salfa ilfetor ingrato
E fa, ogni meml^ro all^ato^
Kifolue é hen Uqupra
Purga ogni cofa encorg^
E "vietto é retto
Fugitiui tien firittO;,
E fjulla fenfa JaU
^rafka fiojira ^ale:
AtTRO VERSt
Vartî fta in ac^ue fura
E altro a far non cura
Gênera la tintura
Cofa che al foco dura ^
Adercurio firuger fuoU
Ogni foUato foie
Lo dijjolue é fa el moU
L'aima dd corfo il toU
E dofo lo congela
A chi Dio Iq riue la^
14
Q.VA TRAIN.
Ce Phœnix tiompareilauecfatref-
fe hlonde.
^e Phœhusnous enuoysde la race
des Dieux
Comparant tr if l'en ^n,cini âefcend
des hauts lieux,
Pourlen)eoificy Us 'viciorieux dm
monde.
STANCES SVR. ' LA FIGVRE
fuiuante du Phœnîx.
L
DJ(U qui tout cewpofa ^u plus fur de U terres
Qt4Arjcl cethaosfutfa.it i& ce qui Ipy enferre^
il U mit aùfouuoîr de tome U Haturey
Qui ntusfait rêoir au ioni le Sf /, îoulfre Û* Mer^^
cure.
IL
Ce pour fris effamftiny& cette maffe rortde^
hes Elemens ytiis &" tout ce ifti'efl au mondes
lues Germes quîyfontt ce qui eft en "Nature»
Us rtaifentpar le Sel^ le Soulfre & le Mercurel
III.
Var eux tout lepouuoirfe met en euidence^
Uefire qui s* en enfuit d*yne me fme prudence,
Tant que continuant de tour en tour Uaturcy
fait agir fous le Ciel le Sel^Soulfre^Cr Meriure»
inu
Vlus tout fe continué d*yre ^rand fermeté^
Tlu^ tout ce ^uifefdiB efifolide arreftèy
Et par indiuidus fe diffoft ^t^ature^
Var le [quels fe refait le SelySoulfre^O" Mercnre,
V.
Vuis encore toufioms elle fe multiplie,
faifant ^wVw élterant la terre /oit remplie
D'humeur y que tous les an^ er, la riche Nature^
Veffïitje rtcompofe en SHiSottlfre > cr Mercure^
P, M,
PREMIER LIVRE DE
LA C L A VI C VL E DE LA
Pierre pretieufe des anciens Phi-
lofophes;
Compofè far F* B a file Valent in y de
l'ordre de S, Benoijl,
À^ANT-PR OPOS,
N ma préface (dû /^Ay^^-<-
traide de la gênera- JL^13Lxi
don des Planettes) J^r^o^*^^
ou Ct/t % ^-^
le me fuis oblige,
Amy Ledeiir , en
faneur de ceux qui font curieux de
fcience, ô^dcfireux de rechercher
les fecrcts de la Nature , & enfei-
A
fi-rx Cf A**
18 Avant -PROPOS,
gner ( félon le moyen que Dieu
m'en a donné) d'où, & de quelle
matière nos ancellres ont premiè-
rement tiré , puis préparé la pierre
triangulaire y donnée par la libérali-
té du fouuerain Dieu y ( de laquelle
ils fe font feruis pour entretenir leur
fanté durant le cours de cette vie
mortelle, & pour faulpoudrcr corne
de fel celefte les malheurs de ce mo-
de : ) Or afin que ie tienne ma pro-
melTe, & que ie ne t'enuelope point
dans les fophiftications fallacicu-
fés , mais que iemonftre, comme
Ton dit, depuis vn bout iufques a
l'autre, la fource de tous biens : Sois
attentif, & eonfidere diligemment
ce que ie vay dire, ( fi tu es defireux
de fcîence ) car il ne me plaift point
à parler en vain, & telle n'eft pas
mon intention , que de me feruir à
cet effecft de paroles friuolcs^ vcu
Livre L î^
qu'elles ne ferucnt de rien 1 ou de
bien peu pour apprendre i bien au
contraire , c'eft tout mon but que
de môftrer en peu de mots des cho-
fes qui foiét appuyées & fondées fur
de bons fondemens , & fondées fut
des expériences tres-certaînes.
Or il faut fçauoir qu'encorcs que
beaucoup fe facent accroire de pou-
uoîr conftruire cette Pierre, fort peu
neantmoins en viennent à bout ^ car
Dieu n'en a communiqué la con-
.noiffance de l'opération qu*à fore
peu^& à ceux là principalement qui
haïfTcnc le menfonge , embraffeni:
du tout la vérité , & qui s'adonnenc
jaux Arts& fciences,& fur tout à ceux
iqui Tayment grandement.&iuydc-
'mandent auec grande înftance Se
prières ce précieux don*
C'eftpourquoy iet*aduertîs,litu
u |veux chercher noftre Pierrc^de fui-'
Aij
It^
xo Av ANT-PRO:^OS.
urc mon confeil^ en premier lîeu^
prie Dieu qu'il fauorife tes œuures :
& fi tu fens ta confcience chargée
de péchez , ie te confellle de la def-
charger & nettoyer par vraye eon-]
trîtîon &c confeffion , & que tu te
cîeliberes de perfeuerer toufiours en
la vertu^afin que ton cœur foit con-
forme en tout bien^ & ton efprit ef-
claîré de la lumière de vérité : outre
cela délibère en toymefmc, quefi
après auoir acquis ce don diuin , tu
es efleué en honneur , de tendre la
main aux panures embourbez dans
le limon de la pauureté,refaire & rc-
ftaurer de ta libéralité ceux qui font
rompus ÔclafTez de malheurs , &c te-
Icuer de tes riche (Tes les accablez de
mifere , afin que plus aifément tu
aycs labenedidîonde Dieu^ & que
tafoy eftantconfirmée par les bon-
nes ceuurcs; tupuifles enfin iouyr
Livre I. t\
de la béatitude éternelle;
Outre pius>ncmefprifc pas leslî-
ures des ancipns Philofophes , qui
pour le certain ont eu la Pierre de-
uant nous , mais lis-les entièrement,
car après Dieu ce font ceux-là qui
font eau fes que ie l'ay euë,lîs4es plus
d Vne fois,ahn de n oublier les prin-
cipes , que tes foftdemens ne tom-
bent , ôc que la lumière de la vérité
ncfoitefteinte.
En outre/oîs diligent à la recher-
che des chofes qui s'accordent auee
la raifon , & auec les liures des an-
ciens, ne fois point muable, mais
vifeconftammentaubut^auquel ti-
rent & s'accordent tous les fages, &
fouuiens toy qu vn efprit mobile
n'a point depiedftable , & quvn
Architede de légère tefte à grand
peine peut baftir vn édifice fcrm^
& permanent*
%% ÂV ÂNT -PROPOS,
De plus, ne prenant point noftre
pierre, fon eftre& fanaiirance de
chofes combuftibîes ( veu qu'elle
combat mefmc contre le feu^& fou-
fticnt^fans eftre aucunement offen-
cee , tous fes efforts & embufchesj
ifîc la tire point de telles matières,
cfquelles la toute puIlTante nature
ne la peut mettre.
Par exemple > fi quelquVn difoît
qu'elle eft de nature vegetable y ce
qui neantmoins n eft pas poffible,
bien qu'il apparoifTe en elle ie ne
fçay quoy de vegetable ; car il faut
que tu fçaches que fi noftre lunaire
eftoît de mefme nature que les au-
tres plantes^ elle feruiroît auffi bien
que les autres de matière propre au
feu pourbrufler 5 &c ne remporte-
roit autre chofe de luy que le fe^
mort ^ ou, comme Ton dit, latefte
Biorcc:&bièn que nos deuanciers
Livre I. 25
^yent efcrîpt bien amplement de la
Pierre vegetable , toutesfoîs fîtu
nés plus clair voyant que Llncee,
croy moy , cela furpafTcra la portée
de ton efprît^car ils Tont feulement
appellee vegetable , pource qu'elle
croîft, & fe multiplie comme vnc
chofe veo;ctable.
Bref, fçache que pas vn animal ne
peut eftendre fon efpece ôc engen-
drer fon femb] able, s'il ne le fait par
le moyen de chofes fcmblables , Se
dVne mefme nature ^ voyia pour-
qu<^y îe ne veux point que tu met-
tes peine à chercher noftre Pierre
autre part, ny d'autre cofté que dans
lafemence de fa propre nature , de
laquelle la' nature Ta premièrement
produite. Tire de là aufli vne confc-
quence certaine, qu'il ne te faut au-
cunement choifir à cet effet vne na -
ïure aniniale ^ car comme la chair &c
14 AVAN T-PROPOS.
h fang ont efte donnez par le Créa-
teur de toutes chofes aux feuls ani-
piaux y aufli du fcul fang , a eux feul
paiticulier ^ eux feuls font nays &
naliîent tous les iours. Mais noftre
Pierre que i ay eue par fucceffion
des anciens Philorophes.ell: faite &c
compofee de deux chofes, & d'vne^
efquelles eft la troifiefme cachée,
& telle eft la vérité vrayement pu-
bliée fans aucune ambiguité & frau-
de^car le mary & la femme n'eftoiéc
pris par les anciens Philo fophes que
pour vn mefme corps , non pas a
çaufe defes accidens externes qu ils
euiTent , mais à caufe de leur amour
réciproque y & la vertu vniforme
prpdudtiue de leur femblable.née &ç
inférée ai'vne«5cà Faurre , dés leur
premiers naiflance. Et tout ainfi
qu'ils ont vne vertu çonferuatiue &c
prppagaciue de leur efpece y tout dç
Livre î. 25
inefme la matière de laquelle eft
produit noltre Pierre/e peut mul-
tiplier & eltendre par la vertu femi-
naire qu'elle a :C*cft pourquoy fi tu
es vray amateur de noftre fcience^
tu ne feras pas peu d'eftime de ce
que ic te viens de dire, & tu le con-
fidereras attentiuement^ de peur de
te laîfler tirer auec les autres fophî-
ftes , aueuglcz en cet eridroicl en la
foffe d'ignorance , te précipiter cri
ce gouffre, & enfin n'en pouuoir ia-
mais reuenîr.
Or, mon amy, afin que îe renleî-
gne d*oii cette feméce, &c cette ma-
tière eil: puiféc/onge en toy mefme
à quelle fin &vrage tu veux faire la
Pierre , alors tu içauras qu'elle ne
ïi'extraidt que de racine metalique,
ordonnée du Créateur à la généra-
tion feulement des Métaux ; Or
comprends en peu de paroles com-
zè Avant -PRopoSo
ment cela fcfaid.
Au commencement, lors quel'el-
prit du Seigneur cftoit porté fur les
eaux j & que toutes chofes eftoient
enueloppées dans les obfcuritez te-
nebreufes du Chaos,alors Dieu tout
pui{rant& Eternel , conimenccmét
fans fin , la fageffe duquel eft dés le
commencement ^ & dés rEternité^^
par Ces confeils infcrutables &c pro-
uldens,crea de rien le Ciel & la ter-
r V , & tout ce qui eft en iceux conte-
nu vifible &:, inuîfible , quel nom
que tu leur baille ouleur puiflebail^
1er ; Car Dieu fit toutes chofes de
nen:Or comment fut faîte cette ef-
merueillable création > i'eftîme que
ce n'eft icy le lieu de s'en enquefter,
car telles matières doiuçnt cftre plu-
ftcft confirmées par lafoy & par la
iainde Efcriture. En cette création
Dieu donna & comme verfa à cha-
Livre I. 47
gue nature , de peur qu elles ne pe-
rilTenC;, eftâs fubiedtes à corruption,
à chacune fafemence , afin que par
celle vertu feminalle elles fc pcuf-
fent garentir de mort , &c que les
hommes Jes animaux , les plantes &c
les métaux, peuffent élire perpé-
tuellement conferuez , Se ne fut pas
donnée à l'homme telle vertu ^ que
de pouuoir à fon plaifir, contre la vo-
lonté de Dîeu^ faire de nouuelles fe-
mences^mais feulement luy fut per--
mis de pouuoir eftendre & multi-
plier fon efpece:Et Dieu fe referua
la puiffance de faire de nouuelles fc-
mences, autrement la création fe-
roit poiGTiblc à l'homme , comme
cftant la plus noble créature , ce qui
ne fe peut pas faire , mais doit clîre
referuée au fcul Créateur de toutes
chofes,
î^and à la verm femînalc des
^8 Avant-propos.
Métaux, ie veux qu'aînfî tukcon-
noiffes : Premièrement Tinfluence
celefte par la volonté & comman-
dement de DieUjdefcend d^enhaut,
& femelle auçc les vertus & pro-
prietez des Aftres> d*icellcs mellées
enfemble , il fe forme comme vn
tiers cntre-terreftre : Ainfi eft faiâ:
le principe de noftre femence, Sctel-
le eft fa première produdion , pat
laquelle elle peut donner aflez fufE-
fant tefmoignage de fa race : De ces
trois fe font les elemens , à fçauoîr,
l'Eau, l'Air, &c la Terre, lefquels
moyennant Tayde du feu, cotinuel-
lemenr appliqué, l'on regift & gou-
uerne iufques à ce qu'ils ayent pro-
duit vne ame qui aye moyenne na- |
ture entre les deux, vn efprit în-
comprehenfiWe , $c vn corps vifi-
ble &c corporel : Quand ces trois
principes font ioînts enfemblç paç
Livre I. tp
vrayevnion, ils font par continua-
tion de temps 3 & par le moyen du
feu deuëment applique , vnelub-
ftance fenfîble j fçauoir ell , la Mer-
curîalUy la Sulfureufe j & la Saline^
que Hermès ôc tous les autres de-
uant moy , ne pouuant rien par delà
dés le commencement du Magifte-
re , onrappellé les trois principes,
lefquels s y eftans mis proportion-
nément ^ Ton coagule , félon les dî- ^^
uerfes opérations de nature , & la
difpofitiondelafemence , ordon-
née de Dieu à cet effccl.
Quiconque donc fe propofe de
chercher la fource de cette falubre
fontaine,& efpere de remporter par
vn combat defiré , le prix de ce no-
ble Art , qu'il me croye , atteftant le
SouuerainDieudc cette vérité, que
la part où fe trouuent l'Ame MetalU —
que , TEfprit Metalique , & le corps
o
Avant-propos
Mecalique^s'y trouuent auffi infaiî-
VibXcmtntyï Argent a}if, le Soulfrey&
le Sel Metaliaue y lefquels necelTai-
reinent ne fçauroient faire qu'vri
corps parfald Metalique.
Si tu ne veux pas entendre ce
qu'il te faut apprendre ; ou tu n'au«
ras îamaîs efté efleué dans l'efcolle
de fagefife , ou tu ne feras pas enfant
de fcience , ou bien Dieu t'eftimera
indigne &c incapable die telle do-
ctrine,
le te dits donc en peu de mots
qu'il te feraimpolTible de tirer au-
cun profit oufœlicité des ^matières
metalîquesjd tu naifembles exacte-
ment en vnc forme metalique ces
trois principes ? Auec cela il faut que
tufçaches que non feulement l'ho-
me , mais mefmes aufli tous les au-
tres animaux terreftres , compofeï:
de chair &c de fangXoht douez d A-
Livre I. 51
itic&d'efprkvital, qu'ils font dcf^
pourueuz neantmoins d'entende-
ment, -qui eft à l'homme feul par-
ticulier : C'eft pourquoy quand ils
ne font plus en vie , Ion n'en fçau-
roit rien tirer de bon , tout eftant
mort en eux.
Mais quand TÂmc de l'homme
eft contrainte par la mort & par h
dif- jondlion d'auec le corps^ de re-
tourner à fon Créateur d'où elle eft
venuii, elle vittoufiours^ & en fin
retourne habiter auec le corps puri-
fie &c clarifié par le feu :, de telle fa-
çon que TAme, TEfprit & le Corps,
s'illuminentrvnTautre dVne certai-
ne claîrtéceleftej &c s'embraffentdc
tellcforte que iamaispuis après ils ne
peuuéteftredef-vnis lynde l'autre.
Voyla pourquoy l'homme doit
cftre , à caufe de fon ame , eftime
créature fixC;» d'autant que ( bien
32. Avant-propos*
qu il femble mourir) il viura perpc-
tuellemenc , la mor^ de Ihomme à
caufcde cela^neft autre chofe qu'v-
ne clarification.par laquelle (deuât
que paffer comme par certains dc-
grez ordonez de Dieu j il doit après
auoir quitte cette vie mortelle , vi-
ure plus noblement^ &c d\ne vie
immortelle : Ce que n eftant ainfî
Acs autres animauxj'on les doit efti-
mer créatures non fixe ^ car après la
mort ils n'ont aucune efperance de
refufciter & reuiure , pource qu'ils
fontdefpourucus d'Ame raifonna-
blc, pour laquelle a enduré &rcf-
pandu fon précieux fang, Icvray
médiateur ôcvnique fils de Dieu.
A la vérité fi TeCprit peut habiter
TAmc &: le corps ; il ne s'enfuit pas
neantmoinsqu ilsfoicntliezenfem-
bîe , bien qu'ils foicnt en paix , &
ne foient en rien difcordans Tvnde
l'autre^
L I V R E I. ^3
r autre ^ car ils ont encorcs befoing
d Vil lien plus fort , à fçauoir de l'A*
me pure , noble S>c incomprehcnfi-
ble, qui les puifle tous deux lier fer-
mement , les garantîiTe de tous dan-
gers^ ôc deffende contre tous les en-
îiemis : Car où l Ame s'eft départie
& eft du tout efteinte , n y a plus dt
vieencétendroidl, &n y à aucune
cfperance de la recouurer , voyla
pourquoy vnc chofé fans Ame eft
grandement împarfàidé , & voicy
vn grand fccret , & que doit ncccf-
fairement fçauoir le fagc qui cher-
che noftre Pierre j ma corifcicncê
m'a obligé à ne paflcr foubs filencè
vn tel myfteré ', mais les defcouurir
aux amateurs de noftre fciencèjPoi-
fe donc diligemment mes paroles,
& apprends que les cfprits qui font
cachez dans les métaux différent
beaucoup IVn de l'autre , Tvn eftant
34 kwK^r - PROPOS.
plus volatil^ Tautrc plus fixe, la mef-
mc différence fe trouue en leur
Ame , ôc en leur corps. Tout metail
donc quieftcompoîédetelsefprîcs
vrayemenc fixes ( ce qui eft donne
de particulier au feul Soleil ) a vnc
grande force & vertu^par laquelle il
combat mefme contre le feu , & par
fa puiflance furmontc tous fes en-
nemis.
La Lune a en foy vn Mercure fi-
te y par lequel elle fouftient plus
îonguement la violence du feu que
les autres métaux imparfàitts y & la
victoire qu elle remporte , monftrc
aflez combien elle ell fixe > veu que
le rauiffant Saturne ne luy peut rien
©fter ou diminuer,
La lafciue Venus eft bien colorée,
Sctout fon corps n eft prefque qu^
teinture y & couleur sébbble à celle
qu aie Soleil,laquelle à caufe de fon
Livre L a
abondance , tire grandement fur 1©
rouge , mais d'aucant que fon corps
eft lépreux & malade , la teinture
fixe n y peut pas faire fa demeure,
mais le corps s'enuolant, necefTairc-
ment la teinture doit fuiure , car
iceluy periffant , l'Ame ne peut pas
demeurer, fon domicile eftant con-
fomme par le feu, n'apparoîffant &
ne luy eltant laiffé aucun fiege , &
refuge, laquelle au contraire accom-
pagnée demeure tout auéc vn corpg
fixe.
Le Sel fixe , fournît au guerrier
Mars vn corps dur, fort, iolidc ^
robufte , d'où prôuient fa magnani-
mité & grand courage. C'eftpour-
quoyil eft grandement diflScile dé
furmonter ce valeureux Capitaine,
car fon corps eft fi dur, qu'à grand
peine peut on le bleflcr : Mais
ii quelqu vn msflé fa force & durecl
" B i;
3^ Av ANt^PROPOS.
auec la conftance de la Lune & la
beauté de Venus , & les accorder
par vn moyen fpiritucljil pourra fai-
re , non point tant mal à propos vnô
douce harmonie 5 par le moyen de
laquelle le pauure homme s*eftanc
fcruy à cet effet de quelques clefs de
nollre Art , après auoir monté au
haut de cette efchclle , & parucnu
iuîques a la fin de Tœuure , pourra
pariiculieremcnt gaigner favie, car
îa nature phlegmatique & humide
de la Lune peut eftre efchaufféc &
defleîchée par le fang chaud & coie-
rîque de Venus , & la grande noir-
ceur corrigée par le Sel de Mars.
Il ne faut pas que tu cherches cet-
te fcmence dedans les clemens , car
clic n'eft pas fi efloîgnée de nous^
mais la nature nous Ta mife bien
plus prés, & tu robtîcndras.fi ru re-
ctifies telleméc le Mercure Je Soûl-
frc Se le Sel ( i*çnrends des Philofo-
phes j que l'Ame , refpric & le corps
ioientfibienvnis qu'ils nefepuif-
fenc iamais quittcr^alors ferafaidllc
vray lien d'amour, & fera baftie la
maifon de gloire & d'honneur : Et
fçachçs que t:out cecy n eft rien au-
tre chofe que la clef de la vraye Phi-
lofophic y femblable aux proprietcz
celetles , ôcTeau fciche CQniointc
auec vne fubftance tcrrcftre , toutes
lefquelles chofes rcuiennenc tou-
jours à mefmepoînd:^ comme n'c-
ftanc qu'vne mefme , qui prend fon
origine de trois , de deux , &ç d vne.
Si tu frappes ce bue & paruiens iuf-
ques là , fans doubte tu as accomply
le magifteretîoints par après lepoux
auec Tefpoufe , afin qu'ils foîent
nourris de leur chair & fang propres^
& foient multipliez par leur femen-
ce à l'infiny ,& cncores que par cha»
B iij
^S ÂV ANT -PROPOS.
rite îe voulufTe bien t'en dire daiian?
tage de peur ncantmoins de pafler
les bornes que Dieu m*a limitées. le
n en parleray pas dauantage, ny plus
amplement^craîgnant que Ton abu-
fe des grands dons de Dieu j & que
iefoisTautheurSc caufc de tant de
iTîefchancetez quîfc commcttroiéc
d'encourre Tire dîuîne , & ne fois
condarnné auec lesmcfchans^ aux
peines éternelles.
Mon amy, il ces chofes font fi ob-
fcures que tu n'y puifTc rien com-
prendre, ic t'cnféigneray encores
ma pratique, par le moyen de la-
quelle iayfaid^aucc Tayde de Dieu
la pierre occulte ^ confidere là dili-
gemment , prcns bien garde aux
douze Clefs5& les lis plus dVne fois,
puis trauaille félon que ic t'ay în-
îlruicfcj à la vérité elle eft vn peu ob-
icure y mais aureftc fort exade.
I
• i/lVRB ï. 35
Prcns de bon or^mcts le en pièces,
& le dilToults comme enfeigne U
nature aux amateurs de fciencc^ &
le réduits en fes premiers principes,
romme le Médecin a de couftumc
de faire difTedtio d vn corps humain
pour connoiftre fes parties intérieu-
res, & tu trouueras vne femence qui
çft le commencement , le milieu &c
lafinderoeuure, de laquelle noftrc
or & (a femme font produits , fça-
uoir eft vn fubtil & pénétrant ef-
prit,vne ame delicate,nette & pure.
Se vn Sel & baufme des Ailles , lef-
quels eftans vnis ne font qu'vne li^
queur & eauëMercurialle,
L'on mena cette eau au Dieu Mer-
cure fon père, pour eftre examinée,
& la voulut efpoufer , & de fait Tef-
poufa, &: fe fît d'eux deux vne huillc
incobuftible , puis Mercure deuint
(i orgueilleux êc fuperbe , qu il ne fé
B iiij
^b Avant -PROPOS,
reconnut plus pour foy viiefme;>n)aîs
ayant içtte Tes aifles d*Aîgle,il deuo-
rafa queuç glilïante d'vn dragon, &
déclara la guerre à Mars^ incontînéc
Mars ayant: affemble fa compagnie
de cheuaux legers^fit prendre Mer-
cure, le mit prifonnicr > & conftitua
y ulçan pour Geollîcr de la prifon,
îufcju'à ce qull fuft derechef deliurc
par le Sexe féminin.
Tout auffi toft que le bruit fut
fceu par le pays , les autres Planettes
s'afïembjcrcnt & çonrultercnt de ce
qui çitoît de faire dorefnauant, afin
que tout fu(l gouuerne aucc prude-
ce & niaturité de cpnfeil , alors Sa,-
turne aueç vne grauité nomparçille
commença en cette façon a dire le
prcmîer.fon aduîs.
Moy Saturne Je plus haut des Pla-'
îiettçs, cpnfefTe &c protefte deuanc
you$ que ic {ui$ le moindre de tou-
tes y aynnc vn corps foiblc & corru-
ptibîe,de couleur noire^fubjet à tou-
tes les aduerfitez dç ce mlferable
inonderCeft moy toutesfois qui ef-
prouue toutes vos forces / pourcç
que ie ne fçauroîs demeurer en vnç
place, & m'enuoilant l'emporte tout
ce que ie trouue de femblable à
moy : le ne rejette la faute de cette
mienne calamité fur autre que fur
Mercure > qui par fa négligence &
peu de fQing,m'a caufe tous ces mal-
îîeurs : C'elt pourquoy ie vous pric^
& coniure toutes,dc prendre fur luy
vengeance de cette mienne mifere>
& pource qu'il cft defia en prifon^
que vous le rnettiez à mort , &c le
laîfliez tellemét corrompre & pour-
rir , qu il ne luy refte aucune goutte
de fang.
Apres Saturne 3 fc vînt à leucr lu-
J>ît.er tout chenu SccajSc de vieillefr
4^ Avant -proposa
fejequel ayant fait la rcuerencc , &
cftcndu fon fccptre^falua chacun le-
lon fa qualité y 5c ayant faîâ: vne pe-
tite prcface^louaVaduis de fon com-
pagnon Saturne , & voulut que tous
ceux qui ne trouucroicnt pas bonne
cette opinion fuflent profcrîpts &c
cxilez>&: ainfi finit fon difcours.
Par après s'aduança Mars aucc
vue efpee nue diuerfifiee d'admira-
bles couleurs ( vous culïiez dit qu el-
le eftoit entrclaffée comme de mi-
roirs iectans feu ôc flamme 3 à caufc
des rayons efpars çà&là fortante?
dlcelle ) &c la donna à Vulcan Geol-
lier delaprifon y pour exécuter la
, fentence prononcée > & réduire en
poudre , les os de Mercure , après
qu'il feroit mort : Vulcan luy obéît
încontinent comme exécuteur de
îufticc , preft à faire ce qu on Inj
commanderoîc.
Livre ï. 4-s
Or après que Vulcan fe fuft ac-
quis de fon deuoir , Ton vcit venir
comme vne belle femme blan-
che, ôcvcftuc d'vnhabitàfemmej
long 5 de couleur grife & argenti-
ne , cilTu&cntrelafie 4e beaucoup
d cau'és , & aptes Tauoirles afliftans
confiderée de plus près , ils connu-
rent tous que c'eftoit la Lune y Ycù
poufe du Soleil , laquelle feietta à
leurs pieds , & après plufieurs fouf-
pirs accompagnez de larmes, auec
vne voix tremblante Sccntrecoup-
pee de beaucoup de fanglots , pria
înftamment que Ton deliuraft le
Soleil fon mary , emprifonné par la
fraude & tromperie de Mercure,
qu'il faudroit autrement qu*il perift
auec Mercure , ja condamne à mort
parle iugementdes autres planettes:
Mais Vulcan fçachant bien ce qu'il
auoit à faire , & ce qui luy auoit eftc
4^ Avant-propos.
ordonne.boucha roreîlle à fcs prie-
rcs, & ne cefTa d'exécuter la fcnten-
ce {ur Tes pauurcs crîminels^iufques
à ce que vint Venus vclluë dVnc
robbe bien rouge ^ doublée de vert,
extrêmement belle de vifage , auec
vnevoîx douce & courtoife., vnc
contenance & façon de faire du tout
agréable , portant vn bouquet de
fleurs odoriférantes , qui à caufc de
l'admirable diueriité de couleurs
qu'elles auoiét^apportolent vnmer-
ucilleux contentement aux hom-
mes : Elle pria en langue Caldaïquc
Vulcan, qu'il deliuraft le Soleil, &
îcuft rcflpuucnir qu'il deuoiteftrc
rachepté ôcdeliuré parle Sexe fémi-
nin, mais tout cela pourneant^car il
auoit les oreilles bouchéeso
Comme ils parloient enfemble, le
Ciel s'cutirit / & en fortit vn grand
anim^ suec , & vne infinité de
L IVRE L ^/
petits, lequel tua Vulcan,& à gueul-
Ic ouucrtc deuora la noble Venus
qui priokpour luy , & cria àliaute
voix , lesremmes m'ont engendre,
les femmes ont femc & cfpars par
tout ma femencc , Se en ont rempljr
le monde , Se leur amc eft vnîe auec
moy y c'eft pourquoy aulTi ie viuray
de leur fang ; ayant diâ: cela à haute
voix, il fc retire, accopagne de tous
fesperîts.&celafe fit par tant de fois
que tout le monde en fut remply.
Tout cecy s'cftant pafle de la fa-
çon, plufieurs doues gens du pays
s'affemblerent & fc mirent cnfem^
ble à chercher le moyen de connoi-
ftre ce myftcre, pour auoir plus par-
faire connoiflance de ce fait , maïs
ne s'accordant point enfcmblc^ils fe
trauailloient pour néant , iufques à
ce que Tonveit venir vn vieillard,
qui augit la barbe & cheueux aufïi
4^ AvAKT-î>RO?OS.
blancs que neige , il cftôit veftti
d'efcarlatte depuis les pieds iufque^
àlatefte/auec vne couronne d'or,
fentrelaffce de pierres preciéufes de
grand valeur. En outre il cftoit ceint
dVnc ceinture de toute gloire &c
bon--heur;,& marchant nuds pieds, il
parloir par vn fingulier efprit qui
çlloît en luy.fes paroles penetroîcnc
tout fon corps^ & de telle façon que
fon Ame s'en fenroit , cet homme
s'efleuoit vn peu plus haut que les
autre , Se faifoit faire filence aux
aflîltls,& pourcé qu'il eftoit ènuoyé
du Ciel pour leur déclarer & expli-
quer par difcours phvfique la fuldî-
îe parabole & énigme , il les admo-
neftoit de prefter les oreil les ouuer-
îcs , & Tefcouter patiemment.
Ayant donc obtenu filence , îï
commença aînd {on difcours > Ef-
usiiie coy peupU mortel, èc regar*
Livre 1. ^^
èit la lumière , de peur que les ténè-
bres & obfcurkez ne te trompent^
les Dieux du bon heur , & les grands
Dieux m'ont reuelé cecy en dormât?
o qu'heureux eft celuy qui a les
yeux efclaîrez pour voir la lumière
qui luy cftoit cachée auparauant , il
s'cft leue par la bonté des Dieux
deux eftoilles aux hommes , pour
chercher la vraye & profonde fa-
gefle: regarde les & marche à leur
clarté , pource que l'on y trouue la
fagefTé.
Vn oyfcau Méridional vîfte & lé-
ger arrache le cœur du corps d'vn
grand animal d'Orient, Tayanr arra-
che le deuore, baille aufli des alfles à
l'animal d'Orient afin qu ils foienc
femblables ^ car il faut que l'onoftê
âla befte Orientale fa peau de Lyon,
& que derechef fcs âiflcs difparoif-
ient , & qu'ils entrent dans la grand
4^3 AvA»T-pROî»OS.
mer faléc , & en forteni: derechef,
ayant pareillebcaute ; alors iette fcs
cfprîts remuans dans vn puits bien
creux ouTeau ne tariffe iamais^ afin
qu ils luy foicnt rendus femblables,
comme leur mère qui y eft cachée,
&: en a efté composée, & pris fa naif-
fance des trois.
L^Hongrie m'a premièrement
engendré , le Ciel ôclesAftres me
nourrîffent, la terre m*alai6tc : Et
bien que ie meure & fois enterré , îc
prens ncantmoîns vie &c naiffance
parVulcan, c'eftpourquoy THon-
gric cft monpays^&la terre qui con-
tient toutes chofes eft ma mere:Les
alTiftans ayans entendu cela, il com^
mença cncores à parler.
Faids que ce qui eft deflfus foît
deflous^quc le vifible foit inuifible,
le corporel incorporel , & faiârs de-
rechef que ce qui eft deffous foit
dclTus,
Livre L 4.^
deflus , rinuifiblc rendu vîfibic , &
1 incorporel corporel? & de cela dé-
pend entièrement toute la pcrfc-
élion de TArt , où ncantmoins ha-
bite la mort & la vie , la génération
& corruption ; c'cft vne bouUc ron-
de où (c tourne Tinconftante roue
de fortune , & apporte aux hommes'
diuins toute fagcfle & b6nhèur>
l'on rappelle de fon propre noiri
toutes chofes; Dieufeul toutesfoii
èrtfounerain^St afeul commande-
inent fur les chofes éternelles.
Orccluy qui fera curieux de fça-
noir ce que c'éft que toutes cho-
fes dans toutes chofes , qu'il face
àla terre de grades aifles^&larenco-
gne & prcfTe tellement quelle mon-
te en haut Se vole par delTus toutes
les montagnes , îùfquès au firma-
ment, alors qu'il luy couppeles aif-
ks à force de feu^afin qu'elle tombe
C
50 AVAKT-PRO^OS.
dans la mer rouge & s*y n'oye, puis
faee calmer la mer , ôc delTeiche Tes
eauës par feu , & par air, afin que la
terre renaiffe.&enveritë il aura tout
dans toutes chofes , & s*il ne le peut
trouuer^, cju*il regarde dans fon pro-
pre {em, &c cherche & vifire tout ce
qui eft alentour de luy , & en tout le
monde/il trouueratouc dans tout ce
ce qui n elt rien autre chofc quVne
vertu ftipiique & allringente des
métaux & minéraux , prouenans du
Sel & du SouUre, &c deux fois née
du Mercure : le te iure que îe ne
fçaurois te déclarer plus amplemient
toutes chofes dans toutes chofes,
V€u que toutes chofes font comprî-
fes en toutes chofes.
Ayant aeheué ce difcours , me^
amis ( dît-il )ie croy qu enatrendât
aînfi lafagefle , vous auev: appris &c
coUige de cette mienne harangue >
Livre L /i
Se quelle maticre,&par quel moyen
vous deuez faire la Pierre precîcufc
des anciens Philorophes : Or cette
rioftre Pierre neguaritpasfeulemét
les Métaux lépreux & imparfaits,
ôc par régénération les reduidl èc
tonuertit en vne nature du tout
accomplie j mais aufli conferuant la
fante des hommes ^^les faiél vîuré
longuement : &par fa celeftc ver-
tu m*a conduid: à telle vieillelTe
' que m'ennuyanr de viurc (i longue-
ment ie voudrois def- ja quitce'r lé
monde.
ADieu enfoitlaloiiano;e . Thon-
\ iieur, la vertu , la gloire , aux liecles
des fiecles , pour la grâce & fagefle
qu'ilyafi: long-temps quM m'adc
fa libéralité donnée. Ainfi foit-il.
Ayant dit cela, il difparut de leurs
I yeux Se s*enuolla en l'air. Ces chofes
cftanc paffées de la façon /chacurï
Sz Avant -PROPOS,
s'en retourna d où il cftoît venu , &
banda tout chacun fon cfprît , &
cpcra félon la fagelTc que Dieu \ay
auoit donnée.
pin de l^Juam-frofos &
fremier Liun.
CLEF-I.
LIVRE SE-
COND CONTENANT
LA i^REMIERE CLEF DE
l'œuurc des Philofophcs.
CHAPITRE L
De la préparation de la première
matière.
Caches mon amy , que
tous corps immondes &
lépreux ne font propres a
noftrc œuure, car leur lè-
pre & impureté , non feulement ne
peut rien produire de bon. mais auf-
fî cmpefchc que ce qui eft propre
puifle produire.
Toute marchandife de marchand
jf-f Lesdovze Clefs
tirée des minières eft vendue chacu-
ne à fon prix; mais lors qu'elle eft
falfifiée, ellecltréduëinutile^pour-
cç qu'elle eft gaftee , &n ellantpas
femblable à la naturelle, elle ne peuc
faire les opérations deues.
Comme le Médecin purge le de-
dans du corps&nectoye de toutes les
ordures , par les médicaments, tout
demefme aulTi, noscojps doiuenc
eftre purgez & nettoyez de toutes
leurs impuritez, afin quen noftre
génération, ce qui eft parfaicl puif-
fe exercer des operationsparfai6tes,
car les iages demandée vn corps net^
point fouillé ny contaminé par la
prefence d'vn corps impur , pource
quelemeflange des chofcs eftran-
geseftlaleprcSc la ;deftruâ:ion de
nos métaux.
Que la couronne du Roy foit d'or
?^ef-pur , ôc q^ue Ton luy ioigne h
Livre IL //
ehaftc erpoufe.Sidonc tuveux opé-
rer en nos matières, pré^ vnloupaf-
ùmé Se raiûffant , lubjet àcaufe de
recimologie de Ton nom au guer-
rier Mars^mais de race tenant de Sa^
turne, comme eftant fon fils.
L'on le trouue dans les vallées &
montagnes toufiours mourant de
fin; letceluy le corps du Roy ^ afin
qu'il s'en fouUe , après qu'il l'aura
mangé iettes le dans vn grand feu
pour y eftre du tout confommé , &c
le Roy fera deliure* Apres que tu au-
ras fait cela trois fois ^ le Lyon au-
ra du tout furmonté le Loup, èc le
Loup ne pourra plus rien confumer
du Roy, & noftrc matière fera pré-
parée &c prefte à commencer Vein-
ure.
Et apprends que ce n'eft que par
ce chemin là que l*on peut opérer
ms naatierçs pures , car ron lauç èq
jfg LES DOVZte CLEFS,
f)urgc le Lyon du fang du loup , &:
anaturedu Lyon fe dcledle mer-
ucîUeuiemcnt en la teinture du
Loup , poupcc qu'il y a vne grande
aâSnite & comme parentage entre
le Tang de lyn & de l'autre ; Qiiand
donc le Lyon fe fera foullë & fon ef-
prit forrific/esyeux reluyrontôc ef-
daireront comme le Soleil <, & fera
fa force intérieure bien grande &de
grand profit &c ytilîté à tout ce que
vous voudrez, & après qu'il aura
çfté deuëment préparé , fçruirade
grand remède aux Epîleptiquçs , ôc
autres détenus de griefue maladie ;
&dix lépreux le fuiurotvoulant boi-
re de fon fang y & tous ceux qui
font malades , quelque mal qu'ils
ayent, fe plairont grandement en
fon efprît : Bref tous ceux quibeu-
rot de cette fontaine decoulate d or
feront rendus ioyeux de coips ôc
L 1 y R E 1 1. S7
d'erprît/iouy ront d vnc fante parfai-
ile, fentiront vn reftabUffemcnc de
leurs forces , reftauratiô de fonfâo;
contorcemenc decœur, & entière
dirporition de tous leurs membres,
tant au dedans qu'au dehors^pourcç
quelle conforte les nerfs, &ouure
les conduits pour chaffer les mala-
dies , & introduire en leur place la
fanté.
. Mon anay, prens garde diligément
à ce que la fontaine de vie foit tres-
pure^&nefcmeflequ'elqu autre eau
çftrangerc aucc icellc, de peur qu*il
ne s'engendre vn monftre, & que le
falutaîre poifTonne fe change cnvc-
nimeux poifon , & (iTon a adîouftc
quelque eau forte & corofiuc pour
diiToudre les matières, que Ton To-
fte , & que Ion Taue diligemment
toute force corrofiue^car nulle acri-
înpnie & corrofion neft propre à
/8 LES DO VZE CLEFS,
donner la fuitte aux maladies, pour-
ec qu'elle pcnecre,mais auec deftru-
(Stion & corruption du fubiet,& en-
gendre bien dauatage de maladies^
&: combien que Ton puiiTe pouffer
vne chcuille par vne cheuille , de
mefme il nous faut chaffer le poifon
par le poifon , il faut neatmoins que
noftre fontaine en foit totalement
purgée , &c du tout rendue exempte
de corroiion.
L'on couppe tout arbre qui n'ap-
porte pas de bon&: odorifcrâte fruic
&: on ente fur le tronc vne meilleu-
re greffe, cela faid' le tronc produit
vn rameau , & de ià fe fait vn arbre
lru£tifîac/elon le dcfir du iardinier.
Le Souuerain^ vov.ige par fix vil-
les ceieites, ilfaicbf^ i jiidcareeala
iepriefne, pource que fon paUis
Royal y c'a orné &c cin!-'''^ ^^-r ^
dq balViments dorez.
Livre. IL 5^
Si tu entends ce que îe viens de
dire 5 tu as ouuert la première porte
de la prc\iilereClef,& as paffé îapre-
miere barriere^mais fitu nyvoy en-
cores n;outte»& ne vois aucune clar-
téy tu auras beau manier & regarder
le verre, celane te feruira de rien^ôc
ne t'aydcra aucunemét la veue cor-
porelle , pour trouuer a la fin ce qui
te manque au commencement , car
le ne parleray pas danantage de cet-
te Clef, comme m'a cnieigné Luce
Papir
ms
LIVRE SEC ON D,
contenant la féconde Clef de
Iceuure des Philofophes.
Chapitre second
L
'Ontrouue dans les Cours des
Princes diuerfes fortes de boi-
éo Les dovze clefs,
ftcs & brcuuages, & ny a pas vit
fcmblable à l'autre , en odeur , cou-
leur&c gouft,car ils {ont préparez cl<s
dîuerfes façons: &toutcsfois à di-
ucrfes fins,&etl necclTairc pour en-
tretenir &c bailler à diuerfes fortes
de gens.
Quand le Soleil darde & efpand
[es rayons par entre les nues, l on dit
fommunement^le Soleil attire à foy
Teau, ceft pourquoy nous aurons
de la pluye, & fi cela fe fait fouuent,
il s'enfuit prcfque tpufiours vne an-
née fertile.
Pour baftirvnfuperbc^ magni-
fique logis Ton a befoingde beau-
coup d'architc£tes ^ &: néant moins
deuant qu'il fpîtacheué & embelly
comme il faut, car le bois ne peut
pasfuppleer audeffautde pierre.
Les pays contîgus & proches voi-
sins de la Mer font enrichis par le
Livre IÎ. 6i
flus5c réflus d'iccUc^caufé par la fîm-
pathie Se influence des corps ccle-
ttcs , car à chaque rcflus elle ne leur
ameine pas peu de biens, mais gran-
de quantité de pretieufes richefles.
L'on habille vne fille à marier de
beaux & riches veftemens, afin que
fon efpoux la trouue belle , & U
voyant ainfi parée , en deuienne a-
mourcux , mais quand ils doiuenc
coucher enfemblc.l'onluy ofte tou-
tes Tes fortes d'habits,& ne en lailTe-
on pas vn que celuy qu'elle a appor-
té de fa naiffancé, & du ventre de fci
merc.
Tout dé mefmc aufli quand on
doit marier noftre eipoux Appollon
à fa Diane; l'on leur doit faire diuer-
Tes forces de veftcmens , leur laucr
diligemmét la tefte , ôc m.efme tout
le corps ,auecde Teau qvz'il faudra
|)reparc]r au^ beaucoup de didil-
(*% LES DfOV^tE CLÉ F S,
lacions , car il y a de plufieurs fortes
d'eauës, pource que les vues s5t plus
excellentes, Scies autres moins, ôcfe-
lon que le requiert leurs diuerfes v-
fages prefque tout de mefme, com-
me i'ay dit que Ton fe fert de diuer-
fes fortes de breuuagcs es Cours àzs
Princes & Seigneurs.
Et fçachc que fi quelques va-
peurs & nuages s'efleuenc de la ter--
rc>& s'amatTent en l'Air, qu'elles re-
tombent à cau(e de la pefanteur na-
turelle de 1 eau,& que la terre reçoî-^
ue derechef fon humidité perdue^
de laquelle elle fe dclcdle & nour-
rit ^& par laquelle elle eft rendue
plus propre à produire fon fruidt :
c'eft pourquoy Ton doit réitérer {zs
préparations d'eaues par beaucoup
de diftillatîons \ de façon que la ter-
re foît fouuent imbue de fon hu-
meur. Se telle humeur autant de fois
t I V R E IL 6^
drec^comme TEuripe laîfTc fouuent
la terre à fec,&puis y retourne touf-
îours iufques à ce qu il aye achcué
fon cours ordinaire.
Quand donc le palais Royal fera
bafty auec bien de 1 a peine , & paré
auec grand foing , & que la mer de
verre l'aura par fon flux &c reflux en-
ricliy de beaucoup de richeflcs, lë
Roy y pourra feurement entrer 5£
loger.
Mciis, monamy^, prends garde
que ne fe face la coniondîon du
marié auec fon efpoufc;» qu'après
auoirofté tous leurs habits & orne-
ments, tant du vifage que de tout lë
refte du corps^afin qu'ils entrer dans
le tombeau aufli nudscomme quand
ils font venus au môde^ de peur que
leur demeure ne fe rende pire.ôc ne
fé garte par le meflange de quelque
chofe étrangère.
64 Lés DaVZE CFEBSi
le te veux encore apprendre ce-
cy y comme par deflfus , que la pre-
cieufe eau de laquelle il faut lauer le
Roy>fe doit faire kuec grand foîng
& induftrie , par laluitce & combat
de deux champions ( l'entends de
deux diuérfes matières) car l'vn
deux doit donner lé defE à Tautrc,
pour fcrendre plus prompts & en-
couragez à remporter la victoire,
car il ne faut pas que 1 Aigle feul fa-
ce Ton nid au fotnmet des Alpes i
pourcé que fes petits mouroient à
caufe dés Neiges qui couurent le
haut d'icelles : Mais li tu îoînds vn'
horrible drago qui efi: toufiours dâs
lés cauernes de laTerre,& a efte ho-
fte perpétuel des Montagnes froi-
des ^ &couuertes de neige , Plutort
fouffiera de telle forte , qu*cn fin il
chaflfera du froid dragon vn efpric
Volant &c ignée ^ qui par la- violence
de fa
I
Livre IL 6}
de fa chaleur bruflera Ics-aiiles de
TAiglc y &c ietcera vne chaleur par
fi long temps, que la neige qui cft
au haut des montagnes (oit fondue
&reduiâ:e en eau , atindcbienôc:
deuëment préparer vn bain mine-
rai propre &c grandement fain au
Roy.
TROISIESME CLEF DE
Tœuure des Philofophes.
Chap. II L
LE feu peut cftre cftouffe Se
eftrainâ: par l'eau, & beaucoup
d'çau verfce fur vn peu de feufe réd
maiftreffe dlcekiy^ainfinollre Soûl-
fre ignée doit eftre fai£l, modéré,
vaincu & obtenu par Te au deuëmét,
par après fa force ignée furmonter
D
66 Les DOVZE CLEf5,
& dominer les cauësferetirantrMaîâ
kon ne fçauroit icy remporter la vi-
doîre^fi le Roy n'a empreint fa ver-
tu &: fa force à fon eau, & ne luy ayc
baille vne clef de fa liuree &c couleur
Roy aile, pour par elle eftre diifoultA
& rëdu inuifible , il doit neantmoins
derechef paroiftre& venir à veuërEc
bien que cela ne fe puiflTe faire qu a-
uec dômage &: leziondefoncorps^
cela fe feratoutesfois aucc augmen-
tation de fa nature tSc vertu.
Vn peintre peut mettre vnc au-
tre couleur fur vn blanc iaulnaftre,
vn iaulne rougeaftre & vn vray roua-
ge & bien que toutes fes autres cou-
leurs demeurent enfemble ^ la der-
nière neantmoin^ eft ] a plus en veuë,
& tient le premier rang par deffus
les aiitres : Il faut faire de mefme en
noftre magiftere , quand tu Tauras
faid/çaches qu'il s'eft Icué la luçaic-
Livre II Sf
ît de toute fagcfle , qui rcfplcndîc
mcfme dans les ténèbres , &c toutes-
fois ne brufle pas & n eft pas bruflée,
car noftre foulfre ne brufle pas Se
n'eft pas brufle, encores qu'il efpan-
de & darde fa lumière bien au long^
& ne teint point s'iln'eftauparauanc
préparé, & teint de fa propre teintu-
re, pour par après pouuoir teindrd
les métaux malades S<:imparfai(5ls i
Et ce foulfre ne peut teindre fi Ion
ne luy baille & empreint viuemenc
cette couleur, car jamais le plus foi-
ble ne remporte la victoire , pourcc
que le plus fort luy ofte , & le plus
foible eft contraind de la quitter au
plus fort.
Parquoy , tire de ce que îc t'ay
dict , cette confequenceque le foi-
ble iamais ne peut rien forcer nyay-
i der le foible , & qii'vne matière cô-
[ buftible ne peutprcfcruer d embrg-
«? Les dovze clefs,
fement vne autre comme elle corn-
buftible : Si Ton a donc befoin de
prutefteur pour deffcndre la matiè-
re combuftible ^ tel protefteur doîc
nccefiairemenc auoir plus de force
& de vertu que fa partie qu'il a à
defFédre, & eftant hors de tout dan-
ger d'incombultion doit par fa ver-
tu naturelle viueméc refifter au feu :
Quiconque voudra préparer noftrc
foulfre incombulVible qu ille cher-
che dans vne matière oùileft în-
combuillbîement incombuftible :
Ce qui ne fe peut faire deuant que
la mer falee aye englouty vn corps.
Se îceluy reietté , qui foit fublimé
îufques à tel degré qu'il furmontc
de beaucoup en fplendeur les autres
Aftres , & Ion fang foit tellement
augmété &perfedionné, qu'il puif-
fe> comme le Pélican bequetant fa
poidrine fans faire aucun tort à fa
Livre II. 69
fante ^ 6c fans aucune incommodi-
té des autres parties de fon corps*
nourrir de (on fang propre tous fes
petits : Cell cette Rofée des Philo-
fophes^de couleur pourprine, &c ce
fang rouge du dragon , duquel ont
parle & efcrit tous les Philofophes 2
C'eft cette efcarlate de l'Empereur
de noftre Art.de laquelle eft couucr-
te la Royne de falut > Se ce pourpre
duquel tous les métaux froids & im-
parfaids font cfchauffez & rendus
du tout accomplis.
C'cft ce fuperbe manteau , aucc le
fel des Aftrcs > qui fuit ce foulfrc ce--
letle , garde foigncufement de peur
qu'il ne fe gafte y &c les faid voiler
comme vnoyfeau, tant qu'il ferabc-
foin3& le Cocq mangera le Renardj
&c fe noyera Oc eftouffera dans Teau,
puis reprenant vie par le feu fera
D iij
70 Les dovze clefs,
(afin de îoiier chacun leur tour ) d^*
ixoré par le Renard.
fiy ATRlESMECLEfî
de l'ceuure des Philofophes.
Chapitre IIIL
TOute chaîr née de la terre fers
difloulte, &C retournera en tcr-
rc,afin que ce fçul terrellre ayde par
Tinflucnce des Cieux, face leuer vn
nouueau germe y car s il ne fe faiét
aucune terre , il ne fe pourra aufïi
faire aucune refurreétion en noftrc
peuurc.pource que le baulme de na-
ture eft cache en la terre , comme
auiTi le Sel de ceux qui y ont cher-
ché la connoiflTance de toutes chofeso
Au iour du iugement le monde
fera iugé par le feu , ôccequiaefté
ci.i;f. iv
J.SohilU. fe.
Livre II. 71
faîd de rien , fera par le fcuicduiâ:
en cendre, de cette cendre renaiftra
vn Phœnix, car en icelle efl cacheie
vray tartre , duquel eftanr diflbuk
Ton peut ouurir les plusfortes ferru-
res du palais Royal. ! '^b ^
Apres rembrafement gênerai, il
fc fera vne nouuellc terre , ôc de
nouueaux Cieux , & vn homme
nouueau , bien plus fplendide 6c
glorieux qu'il n'eftoit lors qu'il vî-
uoît au premier mondc.pourcc qu il
fera clarifié.
De cendres & de fable dccuît au
feUjfe fait par vn verrier, du verre à
l'cfpreuue du feu,& de couleur fem-
blable à de claires pierreries , & l'on
ne Teftime plus pour cendres^l'igno-
rant attribue cela à grade perfcdio,
mais non pas Thomme dode , d'au-
tant que cela luy eft par la longue
expérience &c connoiiTancc quil en
P iiij
f2, LEs'èoVZE CLEF5,
ri rendu trop familier & couftumîer.
L'onclia4açreles pierres en chaulx
propre à beaucoup de choies , Se
deuant que la chaux foit faîce par le
moyen du feu 3 ce n'cft autre chofc
que pierre, de laquelle on ne fe peut
feruir auiitfade chaux 3 mais elle fe
cuit par le feu^ &receuant de luy vn
liaut degré de chaleur , acquiert vne
telle vertupropre que refprît ignée
de la chaux eft venu à fa perfe Aion,
quil n'y arien qui luy puiffe eftre
accomparé
Toute chofe reduide en cendres
monftre vS^ met en veuë fon Sel : Si
tu fçais enta dilTolution garder fepa-
rément fonSoulrre &fcn Mercure,
& d*icciix redonner auec induftrie
ce qull faut donner au Sel, il fe pour-
ra faire le mefme corps que deuanc
fa diffoluticntCe que les fages de ce
monde appellent folie ^ & reputent^
L I V R E 1 1. 7J
àmenfoBge , &c crient qu'il eft îm-
poflible à l'homme pécheur de faire
vne nouuelle créature , ne prenant
pas garde que c'a elle auparauant
vne créature , & que Tartiftc faifant
demonftratîon de fa fcicnce , a feu-
lement multiplie la femencc de la
nature.
Celuy qui n*a point de cendres
ne peut faire de Sel propre à noftre
œuure , car elle ne fçauroit fe faire
fans Sel , pource qu'il n y a rien que
luy qui baille de la force à toutes
chofes.
Tout ainfi que le Sel conferue
toutes chofes, ôc les contregarde de
pourriture^de mcfme le Sel desPhi-
lofophes deffçnd & preferue tous les
métaux quils ne puiiTent eftre du
tout delT:ruiâ:s oureduids rellemét
à néant , qu'ils ne fe puîffent dere-
chef faire quelque chofe^fans quefc
74 Les bovze cle?s,
meure auffi lebaulmc &refpritcîu
Sel qu'ils ont^car en ce cas il demeu-
reroic feulement vn corps mort qui
ne pourroitplus feruir à rien , pour-
ce que les elprits mctaliques le quit-
teroient,lefquels eftans oftez & per-
dus par la mort naturelle , lairroient
leur dom/icilevuldeôc mort, &: au-
quel Ion ne pourroit plus remettre
de vie.
Mais^mon amy/çaches que le Sel
prouenant des cendres a pour le plus
louuent vne vertu occulte ,il ne peut
neantmoins (eruir de rien Çi fon de-
dans n'ell tourné au dehors^^car il n y
aquel'efprit qui donne la vie & la
force î Le corps ne peut riçnfeul : Si
tu peux trouuer cet efprit , tu auras
le Sel des Philofophes , Se Thuil-
le vrayement incombuftible tant
renommée dans les liures des an--
cicns f^ges.
CLÏ^F. V.
Livre II. 7/
Si deuifansamoy le nombre tudoU"
Mois,
Si quauec eux m emporter tu njoulujfe^
Peu toutes jois de Sages trouuerois
êlui ma 'vertH & ma force connujfe.
CINQVIESME CLEF DE
1 œuure des Philofophcs.
Chapitre V-
LA vîc qui cft cachée dans la ter-
re produit chofes qui prennent
naiflance d'icellc , quiconque donc
diA que la terre n'eft point animée,
çft menteur, car ce qui eftmortnc
peut rien doner à vn viuant , & n'eft
fufceptible d'aucune chofe , pourcc
que l'efprit de vie s'en eft enuollé Se
diflipé : C'eft pourquoy Teiprît cft
la vie &c Tamc de la terre , où il de-
I
7(î Les dovze clefs,
ineure & acquiert fes vertus em-
praintes à la nature tcrreftrepar Te-
the celefte & proprîetez des Aftres:
Car toutes les herbes, arbres, raci-
nes , métaux &: minéraux reçoiuenc
leur force 6c nourriture de Tefprit
de la terre , pource que ceftlavie
que cet efprit qui ell nourry des
Aftres ,& fubftante toutes chofes qui I
croiilent fur la terre : Et comme la
mère nourrit elle mefme Tcnfant
qu'elle porte dans fon ventre , de
mefme la terre produid & nourrit
de 1 çfprit dîlTolu du Ciel les mi-
néraux qu'elle porte dans fes en-^ |
trailles.
C e n'eft donc pas la terre quibaiî-
le les formes à chaque nature , mais
Pefprit de vie qu'elle contient: Et fi
elle eftoic vne fois deftituée de fon
efprit, elle feroit m.orte^ &c ne pour-
ront donner aucun aliment , pourcq
Livre IL 7/
qu elle manqueroic de Tefprit de
fon Soulfre qui conferue la v crtu vi-
tale j & qui de fa vertu fai6t germer
toutes chofes.
Deux chofes contraires demeu-
rent bien enfemble, ils ne fe peuuéc
neantmoins bien accorder , car vous
voyez que mettant le feu dans la
poudre à canon^ce s deux efprits def-
quels elle eft compofée fe feparent
r vn de l'autre auec vn grand bruidt
tSc violence, & s'enuolant en l'air ne
peuuét plus cftre veus de perfonne,
&nefçait-on ouils font allez, & ce
qu'ils font deuenus^fi l'on n'a appris
quels ils font, tSc en quelle matière
ils eftoient cachez.
Par là tu connoiftras que la vie
n eft qu vn pur efprît , c'eft pour-
quoy tout ce que l'ignorant eftimc
eftremort^, doitvîured'vnevicin-
comprehéfible y vifible neantmoins
7? Lbs dovze clefs>
Se fpîrituelle, & eftrc eniccllc con-
ferue : Si tu veux que la vie coopère
auec la vie ^ ces efprits font alimen-
tez & nourris de rofee du Ciel , &
prennent leur extradiond'vn eftrc
celefte élémentaire &c terreftre, que
l'on nomme matière fans forme.
Et tout ainfi comme le fer attire à
foy faymât par la fympathie & qua-
lité occulte qui cft entre eux deux,
de mefme il y a dans noftrc or de
Taymanc qui eft la première matiè-
re de noftre pierre precieufc : Si tu
entends cecy , te voyla alTez richc^
& heureux pour toute ta vie.
le te veux apporter encorcsvne
exemple dans ce chapitre,regardans
dans vn miroir l'on voit la refleition
des efpeccsja mefme relfemblance
de celuy qui regarde , & fi celuy là
veut toucher de la main fon image,
il ne couche que le miroir qu'il a re-
Livre II. ^^
garde,, tout de mefmc aufîi l'on doîc
tirer de cette matière vn efprit vi-
fiblc quifoit neantmoins încomprc-
hcnfiblc : Cet efprit cft la racine de
I vie de nos corps , & le Mercure des
Philofophcs , duquel l'on prépare
induftricufement la liqueur de no-
ftre artjque tu rendras derechef ma-
térielle,. & feras paruenir par cer-
tains moyens dVn degré tres-bas , à
vnc fouuerainc perfection d'vne
plus parfaire médecine : Car no-
ftrc commencement cft vn corps
bien lie ôcfolide , le milieu eft vn
fuyant efprit & vnc eau d'or fans au-
cune corrofion^ par le moyen de la-
Quelle les fages iouiffentde leurs de-
iirs en cette vie : Et la fin cft vnc
médecine bien fixe , tant pour le
corps humain que pour les corps
mctalîqucs , la connoiflance de la-
quelle a efté pluftoft donnée aux
8o Les dovze clefs^
Anges qu'aux homines , bien que
quelques vns l'ayenteuë, qui l'onc
demandée inftamnicnt èc auec priè-
res continuelles à Dieu, & n'vfenc
cnuers luy &c les pauures d'ingra-
titude.
Et de furcroift îe te dits cecy auec
vérité, qu'vn trauail doit fucceder à
vn trauail , &: vnc opervUion fuîurc
Tautrc , car au commencement Ton
doit bien purger &c nettoyer noftrc
matière 3 puis la difToudre, mettre
en pièces y & réduire en pouldrc , &
en cendreS;, par après s'en doit faire
vn cfprit volatil aulTi blanc que nei-
ge, & vn autre auflî volatil &c aulïi
rouge que fang , ces deux là en con-
tiennent vn tiers > &c ce neft tou-
tesfois qu vn feul efprit , ôc ce fonc
eux trois qui conferuent & prolon-
gent la vie : Conjoindts les enfem-
blc , ôc leur baille vn boire ôc man-
crer
Livre IL . gt
ger propre à leur nature, & les tiens
en vn lit de rofee^ & qu'il foie chaud
iufques au terme de la génération;
Et tu verras quelle fciencet*a don-
ne Dieu & la nature : Et fçachcs que
iamais ie ne me fuis t^nt ouuert ôc
alleiiloing^que de defcouurîr tels
fecrets,&: Dieu a plus donne de for-
ce & de miracles à la nature que pas
vn des hommes à peine paiflTe croi-
re :Mais il m'a efté donne certaines
bornes & limites pour efcrire, afin
que ceuxqui viendroient^pres moy
peuflent publier les effeds admira-
bles de la nature , Icfquels bien que
Dieu permette d en traiâ:er ^ foricf
neantmoins/par les ignorans & în-
fenfez , eftimez illicites & fupe^ia-
turels :Mais le naturel prend fon ori-
gine du fupernaturel , &toutesfoîs
fi tiiconioinâs toutes ceschofesta
Si Le». DOVZE CtEFS,
ne trouucras rien que purement na-
turcL
SIXIESME CLEF DE
lœuurc des Phîlofophes»
Chap. VL
LE maflc fans femelle n'cftqu'vii
dcmy corps , comme auffi h
femelle fans mafle , car eftanc Tvii
fans l'autre , ils ne peuuent pas en-
gendrer &c multiplier leurs efpeccs,
mais quand ils font mariez & mîg
cnfcmblc , ils font vn corps parfaidt
«5c accomply , &c propre à la gênera-
lioq^
Vn champ par trop cnfemcnfc cft
rédu furchargc & intruftacux, & fes
fruiéts ne peuuét parucnir à maturi-
té^ ne l'eilât pas auiïi aÛex^il ne yienif
CLEF VI
Livre IL $^
qucbic peu de graîn,& cncorcs méf-
ie auec beaucoup d'yurayc inutile.
Le marchand qui veut acheptcr
&c débiter fa marchandife aucc con-
icîcnce , la baille à fon prochain fc -
Ion le eaux de iufticc , de peur d'en-
courir la malediâiion , mais pour
fcmbler faire plaifir aux pàuures.
Beaucoup de monde fc noyé dans
les grandes & profondes rîuiercs,
mais àufli les ruiueaux fontaifcmcnt
taris ôcdelTeichez par la chaleur du
Soleil & nousenfommes aifemcnc
priucz.
Voyla pourquoy afin d*auoîr
bonne îlfuc de ton entrcprife ^ t*
prendras garde diligemment à choî-
{îr aucc prudence , vn certain poids
&mefurc en la conion^tiondcsli-
qucurs Phifiques , afin que Icplus
grand ne poife pas plus que le moin-
«rc^ &qucftantra(a:ion dumoîun
^f L E s D O V Z E CLEFS,
dre débilitée ou em pe fchée , la ge -
neratio/x ije fok auffi recardée :, car
les trôfv grandes pluyes ne font pas
bonngjaux truids de la terre , ôc la
trop grande feçherclTe lesaduance
par troptolt , &:lesfai6t mourir de-
uanc le^temps;Puis le bain ctlant en-
tîereiiien^j preparé,,\par Neptune i I
mefiu'e auec^gra(Çide înduftrie & di-
ligencc: ton eau permanente y &c
prends bien garde à ne faillir , en
donn^rifit ou trop ou trop peu.
...Lon- doit bailler à manger vn
Cîgne blanc à Ihomme double
igneciafin qu*ils fe tuent T vn l'autre,
&refùfcitécl\n quant &:rautre,quc
iVir qui vient des.quatre parties du
monde occupe les trois parts du lo-
gis ferme de cet homme ignc , afin
que l'on puiffe entendre la chair du
Cigne , dilantfon dernier adieu y Se 1
IcCignc rofty fera pour la table du
Livre IL "-^ S5
Roy : Et la V0ix melodîcûfc de la
Pvoync plaira grandemét aux oreil-
les du Roy igné , il rcmbràiTcfa
amiablemcnc pour la grande affe-
âîon qu'il lùy porte :, & fera rcpeu
d'icelle iufqucs a ce qu ils difparoif-
fent tous deux , & d'eux deux ne foit
fai(9: qu'vn corps. "'- -'-"
Vn feul eft aifement vaincu & fur-
monte par deux autres^ notamment
s'ils peuuent exercer leur malice';
propofe toy donc cela comme vnc
chofc du tout arreftée ^ quileftbc--
foin du fouffle dWn double vent
que l'on appelle Vultume ou Sud
fudejl y puis dVn vent fimple qui fe
nomme Eurus ou ^vent de Ltuant &
du Adidy, aptes qu'ils fe feront rapai-
fcz , & l'air conuerty en eau tu croi-
ras àbo droiâ: qu'il fe feravne cho-
fe corporelle d'vne incorporelle, &
que le nombre prendra la domina-
E iij
ta Les dovzk ciep.s
t?ion furies quatre faifons de l'anne'c
âuquatriefrneCiel > après que les
fept Plinçtces auront Vvnc après
l'autre faiâ: le temps de Içur domi-
nation qu'il açheuera fon cours dans
le bas du Palais , & fera rîgoureufc-
ment examiné , & aînfi les deux
auront furmonté & mis à mort le
feul.
Il eft icy requis vnc grande pru-
dence & doûrinc^fi tu defire acqué-
rir par ton art de grandes richcUes,
afin que fc face deuëment la dmi-
fion & conîon£tion ; Ne mets pas
vn poids faux , S^îc premier qui fc
rencontreront par hazjird deuant
toy : Maïs c'cll icy le vray pilier &
fondement de tout le magillere,
que tu mettes à fm & perfection ce
chapître^parlcCiel de Tart^par l'air,
&:la rcrre^vrayc eau &fcu femblable
jSf par cpniondtîon Sca^imllïion de
^' ipli
If^
^u
""..M^^
3
'Xiju
CLE.F. VU.
Ulh.-f^.
poî(ls,mirc comme ic t'ay fiucc tou*
tcvcritccnfcigné.
SEPTIESME CLEF DE
roeuurc des Philofophes,
Chap. vil
LA chaleur naturelle confcrue la
vie de l'homme , eftanc iccllc
diffipce & perdue , ileft de neceflitc
qu il meure.
L'vfagc modère du feu nous def-
fend des inlures du froid , mais fi tu
en veux vfer outre raifon & plus
qu'il ne faut , il nuit & apporte de la
corruption.
II n'eft pas bcfoin que le Soleil
touche la terre de près de fon corps
aç fubftance , mais il fuflSt qui luy
communique fa vertu & luy don-
E ai)
il Les £)X)vzs clefs,
XK dos tVfes ; par le moyen de Tes
rayons dardez en terre ^ car par leur
refleûion, il a aflczde force pour
s'acqiiicterdefachargej&parlacon-
tinuelle conccûion faitnieurir tou-^
tes chofes^pôurce que Tes rayons îet-
tcnz flammes j fe difperfant par Taîr
font: par îceluy tempérez, de forte
que le feu , moyennant laîr ^ & l'air
moyennant le feu , s'entr'ayment
l'vn l'autre produifant leurs effeds.
La terre ne peur rien produire
fansfeau, nyfcau fans la terre ne
peut rien faire germer:Or tout aînfi
que l'eau & la terre ne s'cntr'aydant
point ne peuuent rien engendrer fe-
parément , demefme le feu ne fe
peut pnfTer de Tair , ny l'air du feu,
car oftant l'air au feu , vous luy oftez
fa viej le feu auffi eilant efteint, Pair
ne peut faire aucune de fes funâ:îôs,
r.y par fa chaleur viuifîerny cpnfu-
' 'Livre IL 89
mer la fuperfluc humidité de Teau.
Les vignes ont befoin d'vne plus
grande chaleur en Auton^ne , pour
aduancer & faire parfaiébement
meurirîes rai fins) a prefquenieurs,
qu'au commencement du Prin-
temps , & tant plus qu'il a fait chaud
en Automne , elles rendent par ce
moyen de m.eilleur vin,& plus deli-
èat,& tant moins il y a eu de chaleur
auffi rapportent elles vn vin qui a
moms de force ^ &: qui fcnt plus
l'eau.
En Hyuer le commun peu-
ple voyant la terre toute gclee
& ne pouuant rien produire de
verd, ellîme que toureft mort, mais
•venant la primcraîne 6c le froid fe
retirant, vaincu par la chaleur du So-
leil qui monte fur noftre horifon,
toutes chofes femblét reuiure^les ar-
très & herbes commencent à pouf-
90 LE5 DOVZE CtEïS,
fer y les animaux qui fuyans la dure
rigueur de THyucr , s'cftans cachez
dans les caucrncs de la terre forcent
de leurs grottes , tout fent bon, &
Tagreablc & belle diuerfitc de cou*
leurs & de fleurs fai6l prcuue des
vertus & forces de tout ce qui com-
mence à reucrdir , venant par après
TEfté , de cette varitc de fleurs naîf-
fent toutes fortes de fruids.puis fuit
l'Automne abondant , qui le perfc*
çtîonnc & meurit : C*eft pourquoy
nous remercions eterncllemenc
Dieu , qui a confl:îtué vnfi bel or-
dre 3 & vne telle fuicçe es chofes na^-
turelles.
Ainfi fe fuiuent & coulent toutes
îcsfaîfons, après vne année vient
Vautre, & cela fe continuera iufqucs
à ce que Dieu face pcrir le monde,
& que ccu^ qui poifedcnt la terre
fpient gloricufcmenceflcucz parle
LlVRB II. 91
Dieu de gloire , & mis en honneur;
De là ccfl'era toute adtion de créatu-
re tcrreftrc & fublunairc , & au lieu
d'îcelle viendra vne créature celeftc
Se infime.
En H)aier le Soleil faifant fa cour-
fe bien loing de nous ,- ne peut pas
traucrfcr ny fondre les grandes nei-
ges , mais s'eftanr au Printemps ap-
proche ilefchaufte l'air ,& fa force
cftant augmentc'c fond la neige , ôc
la refoult en eau , car le plus foibic
çft contraind de quitter au plus
fort.
Il faut auffi aduifcr & prudem-
ment gouuerner le feu, de peur que
riiumcur de Rofcc ne loit delïei-
' chee pluftoft qu'il ne faut 3 & ne fe
"^face vne trop haftiue liquefadtîon,
' & dîfTolution de la terre des Sages :
"Si tu faids autrement tu ne peuple-
ras ton vîuicr que de fcorpionsau
^z Les dovze clefs,
lieu de bon poifTon : Si donc tu veux
bien mener toutes tes opérations,
prens Teau celeftc fur laquelle eftoit
porté & fc mouuoit au commence -
métrefprit de Dieu,& ferme la por-
te^u Palais Royal , car par après tu
verras le fiegc mis deuat la ville ce-
letle par les ennemis modaîns \ C'eft
pourquoy il faut fortifier & entou-
rer ton ciel de triple muraille y rem-
part & fofle, & ne laiffe qu*vnc feu-
le aduenuë ouuertc &: libre ^ bien
munie de fortes garnifons : Ayant
mis ordre à cela , allume la lumière
de fagefTe ^ & cherche la dragmc
perdue , &: efclaîre tant qu il fera de
befoîn : Sçaches que les animaux
rampans & autres imparfaits habi-
rcnt la terre àcaufe delafroidureufc
difpofition de leur nature : Maïs a
iliomme cft affisné vn domicile au
éeflus^a caufe de l'excellent tçmpç-
L l V RE 1 1. ^j
rament de fa naturcrEt les cfprîts cc-
leftes n'cftans compofczd'vn corps
terreftrc , & fubjcds à péchez &
<:orruptîon^comme celuy de Thom-
me^mais d'vn celcfte & incorruptU
ble:> ont vn tel degré de perfedion,
qu'ils peuuent fans eftre aucuneméc
offencez , fupporter le chaud & le
froid y tant au haut qu'au bas : Mais
l'homme clarifié ne fera pas moin-
dre que les efprits celeftes^ains à eux
du tout femblable : Dieu gouuernc
le Ciel & la Terre^» & faiû tout dans
toutes chofes. ;::^ijj..
Si nous gouuernoiisbîcn nos amis,
tn fin nous ferons enfans & héritiers
de Dieu, afin de mettre en executio
ce qui nous femble maintenant im-
pofiible , mais cela ne fe peut faire
deuant que toute l'eau foit tarie &
deffeichéc&queleCiel £claTerrc>
P4- Les dovze clefs, 1
cnfcmblc le genre humain folcnt iu- 1
gez &: conlumcz par le f ciu
HVICTiESME CLEF DE
rœaurc des Philo fophcs.
I
Chap. VUI
L ne fe peut faire aucune gênera-
.^ ji. cion ny d'homme , ny d'aucun au-
yj^^''"^ trc animal lans la putreraction:& ne
peut germer aucune femence iettcc
ea terre y ou quelque chofc que ce
foir de vegetablc , fans que premiè-
rement elle fc pourrifl'e : &: mefmc
que beaucoup d'animaux impar-
faîcls prennent leur vie & origine
de la feule pourriture , ce qu'à bon
droîd Ton doit mettre entre les
merueillcs de Nature , qui fai6t ce-
€y , pourcc qu elle a cache en terre
CLEF. vin.
3 Ç'^'U- yi
Livre II. ^/
vnc grande vcrcu produdliuc qui fc
Icuc cxcitcc par les autres clcmens,
& par Tinflucnce delafcmenccce-*
Icftc.
Les bonnes femmes des champs
en fçauenc bien dôner vn exemple,
car elles ne peuuent efleuer vnc
poulie pour leur petit mclîange,
fans putrefadion de l'œuf duquel
cft efclos le petit poulet.
Du pain mis dans du miel naîflcni
des fourmis par la pourriture qu'ac-
cueille le miel , ce qui n etl pas auflî
petite merueille de nature.
Tout le monde voit tous les îours
qu'il s'engendre des vers de chair
gaftce &c pourrie dans le corps des
hommes ^ des chenaux > &c d'autres
beftes: Comme aufli les arraignes,
des vers & autres vermines, dans les
noix pourries , poires & autres fruits
fcmblables : Bref qui eft ce qui peut
^6 Les dovze cLefs>
nombrer les efpeces infinies des ani-
maux infedcs & imparfaits :, qui
naiiTertc de pourriture &: corru-
ption.
Cela fe monftre auffi manifefte-
ment €s plantes ^ où l*on voit qu'il
croîft beaucoup de fortes d herbes,
comme orties & autres de. la feule
pourriture 3 es lieux mefmies ou tel-
les herbes n'ont iamais elle ny fe-
mees 3 ny plantées : Laraifoncneft
telle^pource que la terre de tels lieux
avne certaine difpofition a produi-
re ces meichantesherbes,&eftgrof-
fe de leurs femécesinfufes des corps
celeftes dans fes entrailles , & exci-
tée par leur propre pourriture a ger-
mer & reuerdir Jefquelles femenccs
venant à ayder le concours des au-
tres elemens^produifentvnefubfta-
ce corporelle conuenate en leur na-
ture : Ainfi peuuent les Albes faire
leuer
Livre it. ff
ieucr, par le moyen des Elctnensi,
vne nouuelle femccc que l'onn'ayô
point cncoresveuc, laquelle eftànc
plantée dans terre & pourrie , peut
croiftre & multiplier^mais Thommc
n'a pas la puiflanceSc vertu d'enpro-
duire vne nouuelle, car l'on ne luy a
pas cômîs le gouuerncmét des ope-
rations élémentaires &celcftès, &
s'engendre diuerfes fortes d'herbes
de la feule pourriture :Mais d'autant
que cela ell rendu trop familier au
peuple par lafrequente expérience
qu'il en a, il ne les confideré pas plu?
cxadement , & ne fe pouuant ima:-
giner aucunes eaufes de telles cho-
Tes , il penfe que cela fe fait par ac-
couftumance , mais toy qui doibs
fçauoir vne fciénce plus releuée^pc*
îietre plus auant que le vulgaire , &
cherche par raifons les principes &C
les caufés d ou ^ movennant la puo:®-^
S>8 Les dovze clefs,
taélîori) fefak telle vertLivitalc,non
pas comme la connoift le fimplc
peitple par. l'accouftumance , maïs
coniœc le doit içauoir le fage & di-
ligent îuquiliteur des eftedts de la
nature > vcLi cjue toute vie prouient
de pourriture.
Chafque Elément eft fubjet àge-
neration& corruption^ c'eft pour-
quoy tàut amateur de Tagcffe doit
içaupir, qu'en chacun d'iccux les
troiî> autres font occultement conte-
nus ^ car Tair contient en foy le feu,
* eau & la terre , ce qui ( quoy qu'il
Semble incroyable) eftneantmoins
tres-vray : Ainfi le feu comprend
Tainl'eau & la terre : La terre:,reau,
l'air & le feu; Autrement ne fe pour-
roît faire aucune génération : Bref
Tcau encloftenfoy laterrc^Taîr ôc
le feu , autrement elle ne feroit pas
propre à produire chofe aucune , &c
Livre II. $9
bien que chaque Elément foit dî-
iVingué formellement de chacun des
autres; cen eft pasàdire que pour
-cela ils foîenc feparez d'enfcmble,
: comme il fe voit clairement en là
feparationdes Elemens par diftilla-
tion.
Or afin que Tignorât n'eftimc mon
difcours friuol &c ne feruant àrien,îc
te le veux demonftrer par preuucs
fuffifantes : Apprensdonc^toy qui
e^ curieux de {çauoirladi{re6lion&
anatomie de la nature , ôcla fepara-
liîon des Elemss, qu'en la diftillation
de;la terre , Tair comme eftant plus
Jç|fer que les deux autres , fe diftille
le premier^ puis après l*cau ; le feu a
caufe de fa nature fpirituelle com-
mune à Tvn & à lautrc ^ & naturelle
fympathie , eft conjoinft auec l'air,
la terre demeure au fonds &c con-
tient le Sel de doire : En la diftilla^
joo Les dovze cleps^
non de l'cauje feu Se l'air lortent les
premiers, puis Teau , la partie terre-
lire demeure toufiours au fondsiDc
mefme du feureduid enfubftance
vifible &c plus matérielle que de
couftume , Ton en peut tirer le feu,
l'air ^ leau & la terre , &c les confer-
ueràpart/Semblablement l'air cft
es trois autres y pasvnd'iceuxnefc
pouuant paflfer de luy ^ la terre n eft
tien , & ne peut rien produire fans
raîr;Le feu ne peutbrufler & n'y vî»
ure fans luy :L'eau manquant de Tair
ne caufc aucune génération : Outte
plus l'air ne confume rien & ne dcf-
Teiche aucune humidité fans chaleur
naturelle : Se trouuat donc vne cha-
leur dans fair y par confequent il y
<doît auoir du feu , car tout ce qui eft
de nature chaude & feichc , doit
aufîi participer de la nature du feuj
C'eft pourquoy tous les quatre clc-
Livre II. loi
mcnts doiuent cftrc conjoints cn-
fcmble , & ont toufiours le foin l'vn
de l'autre : AuiTi voit- on qu'ils font
mcflez cnfemble en la production
de toutes chofcs ; Celuy qui contre-
dit à telle do6trine , n a iamais en-
tré dans le cabinet de la Nature , &
n'y vifite {es plus cachez fecrets.
Sçaches que ce qui naiftpar pu-
trefadlion eft ainfi engendrc:La ter-
re fe corrompt aucunement à caufc
de rhumeur qu elle a^ qui eft princi-
pe de putrefadîon , car rien ne peut
pourrir fans humeur : A fçauoir fans
Telementhumide de l'eau : Orfila
génération doit prouenir de pour-
riture^ elle doit eftrc excitée par la
chaleur qui fe rapporte à Telemcnc
du feu , car rien ne peut venir au
monde fans chaleur naturelle : pour
conclufion fi lachofe qui doit eftrc
produire a bçfoin d'efprit vital ^
F nj
TOI Les. DovzE- clefs,
de mouuement , il luy faut auiîi de
l'ait;, car s'il ne ccoperoit point auec
les autres , & ne fiiifolt fa fundion,
la génération ou pluftoft la matière
delà chofe qui doit eftre produite
s'eftoufferoit elle mefme par faute
d'aîr;&la génération fe feroit de re-
chef corruption ;, en fuitte dequoy
cela eft plus clair que le iour:,que les
quatre elemens font grandement
neceffaires en toute génération : &
dauantage qu'vn chacun d eux fai^t
voir clairement fes forces & opéra-
tions en chacun des autres ;, mais
principalement en la corruption,
car fans elle rien ne peut & ne pour-
ra iamais venir au monde ; & tiens
cela pour arreftc que les quatre ele-
mens (ont requis àtoutc production
de quelque chofe que ce foit.
L on doitconnoiftreparlà qu'A-
dam que Dieu créa du limon de la
Livre II. 105
tcrrc^n'exerça aucune adîon vitale,
& ne vefcut point iufqucs à ce que
Dieu luy euft foufflé le Couffle & ef-
prit de vie,& qu iccluy infus il com-
mença tout auiTi toft à viure:Le Sel,
c'eft à dire.fon corps fe rapportoit à
la terre, l'air infpirc eftoit le Mercu-
re, c*eft à dire l'efprit:, &c le foufïïe de
rinfpiration luy donnoittoutaufTi*
toft vne chaleur vitale , & s'eftoit le
foulfr e y c'eft à dire le feu , aufli- toft
Adam commença à fe mouuoir , &c
donna par ce mouuement vn affez
fuffifante preuue d'vneameviuan-
te , car le feu ne peut pas eftre fans
Tair^ny au contraire l'air fans le feu,
l'eau eftoit meflee à tous deux ef-
gallement & proportionnémenten-
femble.
Adam fut donc premièrement
compofc de terre , d'eau , d'air &c de
fçujaprçs d'ame,d'efprît& de corps,
F» . » •
504 Les dovze clefs,
puis de Mercure, de Soulfre& de
SeL
Eue femblablement la première
femme , & noftrc première mère
participa de toutes ces chofcsj car
elle fut tirée & produîde d'Adom
qui en eftoit compofe : Remarque
cela que ic viens de dire. Or afin de
retourner à mon propos de la putre-
faâion f il faut que tout amateur ôc
inquifitcur de fageiGTe tienne cela
pour certain , que femblablement
aucune femenccmetalique ne peut
operer,&nc peut eftre aucunem^ent
nraltlpliee , fi elle n'a efté entière-
ment pourrie de foy mefme, &c fans
îneflan^^e d'aucune chofeeftrange-
rejSc comme nulle femcnce végéta-
ble ou animale ne peut ( comme il a
elle diâ: cy deflus j eftédre & multi-
plier fonclpeceiansputrefa£tîô^de
pnefmç en faut il iuger des métaux i
Livre IL 105
Et cette putrefadlîon fc doit faire
par les opérations des clcmens^ non
pas qu'ils foient ( comme j'ay def- ja
cnreigné)leurfemcnce3 mais pour-
ce que lafemécc metalique prenant
fa naiffance d*vn cftre celefte , aftral
& eletnétaire3&; eftant reduid en vn
:orps fenfiblc,doit eftre putrifié par
le moyen des elemcns.
Dauantage , remarque que le vîn
a vn efprit volatil, car en le diftillant
Tefprit fort le premier ^le phlegmelc'
dernîer^mais eftant par chaleur con-
tinue tourne en vinaigre y fon efprîc
n eft plus {1 volatil, car en la diftilla-
tiondu vinaigre Je phlegme aqueux
monte le premier au haut de l'alem-
bic,& l'efprit le dernier^ Scbien que
ccfoitvne mefme matière en Ivn
& en fautre ; il y a bien neantmoîns
d^autresqualitez au vinaigre qu'au
vin^pource que le vinaigre n'eftplus
\o6 Les dovze clefs,
vin^^mais vne pourriture du vin, qui
parlacontînuellechaleurs'eft chan-
gé en vinaigre^ & tout ce qui ell tiré
parle vin ou par fon erprit^S: redifié
dans vnvaiflTeau circulatoire à bien
d'autres forces & opérations que ce
qui eft tiré par le vinaigre: Car fi on
tire le verre de l'Antimoine , par le
vin ou par Ton elpritiil eft trop laxatif
& purge auec trop de véhémence
par en haur,d'autant que fa vertu ve-
neneufe n eftant pas furmontée &c
cftaintc/il eft encores entre les bor-
nes du poifon ; mais fi en le tire par
vinaigre diftillé ^ ce qui en viendra
lera de belle couleur, puis (i tirant le
vinaigre parle Bain marie Tolaue la
pouldre iaune qui demeure au fods^
verfantbeaucoup de {ois deleau c6-
munc dedus.&autârde fois la retirât
& que Ion ofte toute la force du vi-
naigre , il fe faiâ: vne poudre douce
Livre II. 107
quineiafche pas le ventre comme
deuant:Maîs qui eft vn excellent re-
mède qui guariflant beaucoup de
maladies^eft à bon droîâ: repute en-
tre les meruellles de la Médecine.
Cette poudre mife en lieu humide
ferefoult en liqueur, qui fans faire
douleur aucune confère grandemét
aux maladies externcsrcelafuffize.
Bref en cecy confiftc tout le prin-
cipal de ce chapitre, fçauoir eft que
vne créature cclefteja vie de laquel-
le eft nourrie des Aftres , & alimen-
tée des quatre elemens meure : puis
feputrifie, après cela, les Aftres,
moyennant les Elemens qui ont cet-
te charge , redonneront derechef la
vie à ce corps pourry , afin qu il s en
face vn celefte qui prendra fa plume
en la plus haute ville du firmament:
Ayant faîd cela tu verras le terreftre
du tout confumé par le celefte > ôc le
Vo8 Les ©ovze clefs,
corps tcrrcftrc toufiours en celeltc
Couronne d'honneur & de gloire.
NEVFIESME CLEF
de l'œuure des Philofophes.
Chapitre IX.
SAtvrne le plus haut des Pla-
nectes.eft le plus bas & abied en
nollre magiftere, il tient neâtmolns
la principale Clef, ôc eftant le vil^Sc
n'ayant prefque point d'authorîte, il
tient le plus beau lieu ; &c bien que
par fa volonté il fe foit acquis le plus
haut par deflus les plus hautes Pla-
nettes, il doit toutesfoischeoirau
plus bas 3 en luy couppant les aifles,
& eftre fa lumière obfcure , grande-
ment diminuée , & par fa mort ve-
nir toute la perfection defcEuurCj,
CLEF. IX.
L I V R E 1 1. iqj>
afin que le noir foit change en blanc^
& le blanc prenne la couleur rouge:
&c doit furmontcr toutes les autres
Planectespar Tadueriement de tou-
tes les couleurs qui font au monde,
que 1 on verra iufques à ceque vien-
ne la couleur furabondantc du Roy
triomphant ôc comble d'honneur,
marque trcs-certainc de la victoires
&encores que Saturne femble plus
Ivll & moindre de toutes , il ne laîfTc
pas d'auoir vne (i grande vertu &
efficace , qu eftant Ta noble eflencc
( qui n'eft autre chofe qu vn froid
par trop excédant ) conioindte auec
vn corps metaliq volatil &: ignée , il
Je rend fixe , & aulTi folide ^ voire
mefme meilleur & plus ferme &
permanent que luy mefme n'eft.
Cette tranfm/atation prend fon ori-
gine du Mercure , du Soulfre &da .
Sel^ôcfefailantpareux^ on prend
no Les Dovze qlevs^ |
aiilTi fa fin & dernier période: Cela /^'
padera la portée de beaucoupjccm- '^^
me aufli à la veritc ce myllere eft il
haut que difficilement le peut-on
comprendre:Mais d'autant plus cpc
lamatiere eft vile&abiede^ d'au-
tant plus doit eftre 1 efprit releue &
fubtil, afin d entretenir rincgalité du
monde , ôc que les maiftrcs puiffenc l
eftre dilVmguez des feruiteurs^ôe les
feruiteurs reconnus à leur miniftere
d'aueclesmaiftres.
De Saturne préparé auec îndu-
ftrk, fortent beaucoup de couleurs,
comme la noire > la grife y la iaulnc
&Ja rouge, &c d'autres miOyennes
entre celles cyide mefine la matière
iies Philofophes doltprendre Sclaif-
fer beaucoup de couleurs , deuant
qu'elle paruienneàla fia & perfe-
(Stion defiréc, car autant de fois que
Ton ouure vnc nouuelle porte au
Livre IL m
ieu, autant de fois le Roy emprunte
de fes créanciers de nouucauxha-
bits/iufques à ce que fc remettant en
crédit, il deuiennc riche, ôcn'ayc
plus aHaire d'aucun créancier.
Venus tenant en main le gouuer-
nementûu Royaume, ôcdiftribuant
félon la couftume les offices à cha-
cun^ npparoift la première^ brillante
&efclatantc d'vne matière Royal-
1 le : La Mufique porte deuant elle vn
eltandart rouge ^ au milieu duquel
ell: artirtement dépeinte la Charité
veftuë d'vn habit vert : Saturne eft
fonPreuoft deThoftel & Intendant
de {a maifon^&lors qu'il eft en quar-
tier , l'Aftronomie marche deuant
luy^porcanc vne enfeigne qui à la vé-
rité eft noire^mais neantmoinseftle
pourtraiâ: de la foy habillée de iaul-
ne& de rouge,
lupiter auec fon fceptre eft en qua-
lit Les dovze clefs^
lice de Viceroy jLaretoriqueluyva
portant la feience de couleur blan-
chcnftre & grife , oûell: reprefentec
rEfpcranceauec de fort agréables
couleurs.
Mars Capitaine expérimente au
faid: de la guerre , règne aufli tout
cfchauffc &c par la chaleur , La Géo-
métrie le deuance , luy portant fon
guidon enfanglâîé, & teint de fang,
au milieu duquel eft empreint l'effi-
gie de la Force vellue d vn habît
rougc^Mercure eft le Chancelier de
tout , r Arithmétique porte fon en-
feignediuerfifieedc toutes les cou-
leurs du monde, ( car il y en a vne va-
riere indicible ) au miheu eft la tem-
pérance dépeinte d'vne admirable
diuerfit^,
, Le Soleil eftgouuerneur du Roy-
aume , la Grammaire tient fa ban-
iiiere iaulne , en laquelle on voit la
lufticc
Livre il nj
luftîcc peinte en or , &: bien qu vn
tel gouucrneur deuft auoir plus de
puilTancc & authorité en fon Roy-
aume h Venus neantmoins Ta par fa
grande fpkndeur furmonte , & luy
a fait perdre la veuë.
La Lune aulTi eh fin apparoîft , là
Dialedique luy porté la fienne de
couleur tres-blanchc & rèluifante^'
en laquelle fe voit la Prudence pein-
te de bleu : & pourcc que le ma-
ry de la Lune eft mort, elle doibt
luy fuccedcr au Royaume : Ceft
pourquoy ayant fait rendre le com-
pte a Venus , elle luy recommande-
ra Padminlrtration & fuperabondâ-
ce du Royaume 3 & par Tayde du
Chancelier reformera l'eftat , & y
mettra vne nouuelle polîce.Sc pren-
dront tous deux domination fur la
noble Royne Venus : Remarque
donc qu'vnc Planctte doibt faire
G
îi^ Les dovze clefs^
perdre à Vautre ^ office , domination
& Royaume , & luy oller toute puif-
fanceôc majcHe Royale, iufques à
ce que les principales d'elles tien-
nent leRoyaume en mainje confer-
liant ^& par leur conftante & per-
manente couleur, remportans la vî-
âoire auec leur mère , & elle des le
commencement conioind:e , en
iouiflent d vne perpétuelle & natu-
relle aflotîation & amour : Alors
l'ancien monde ne fera plus monde^
Et en fera fait vn autre nouueau en
fa place , de vne Planette aura telle-
ment confomme fpirituellemenc
Tautre, que les plus fortes s'eftans
nourries des autres , ferot feule* de-
meurées de refteA deux &c trois au-
ront erté vaincus par vn feul.
Remarque en fin qu*il te faut fouf-
leuer la balance cclefte j & mettre
dans le cofté gauche le Bclicr, le
Livre II. îij
Taureau , rEfcreuiiTe , le Scorpion^
& le Capricorne , &c au collé droi6t,
les Gémeaux, le Sagittaire, l'Echan-
fon, les PoiiTons & la Vierge^& faits
cjueleLyon portc-or/eietteaufcin
de la Vierge, &c que ce cofté là de la
Balance poife le plus t Bref faits que
les douze fignes du Lyorl Zodia-
que faifant leurs conftellations auec
les fept gouuerneuts de rVniucrs fe
reg;ardent tous de bon œiL& fe face
( après que feront palTées toutes les
couleurs ) la vr aye coniondion &
mariage , afin que le plus haut foîc
rendu le plus bas , & le plus bas le
plus haut.
Si de l'J^muers la nature
Adife ejloitfoul?s vne figure^
! Et ne pourvoit ejlre changée
Ny par aucun art altérée.
Perfonne ne la cognoijiroit
îié Les dovze cIeîsJ
TsTji les miracles quelle feroity
Ceflfourcmoy remercier deuons
Ce grand Dieu qui nous a faifi tels
dons.
DIXIESME CLEF DE
rœuure des Philofophes.
Chap- Xo
Ans noftre Pierre que les an-
ciens fages mes predeceffeurs
ont faite long-temps deuant moy^
font contenus tous les Elemens,tou-
tesles formes & proprierez Miné-
rales & metaliques , voire mefmci
toutes lesqualitez qui font au mon-
de , car Ton y doittrouuer vne ex-
trême chaleur &: de grande efEcace>
pource qae le corps froid de Saturne
doit eftre efchauffé Se conuerty en
CliEFX.
J. lE SVIS J^K X)HEiR2VIOGmsril
>0^ ''MiihiîliliiïïTiipTmiiiii^l'.ilinniTii
y-SM^-t.
■V
Livre II. iî7
pur par la véhémence cîe fon feu
interne : Il y doit auiTi trouuer vu
extrcrme froid ,, d* autant qu'il eu
faut tempérer la grand Venus , qui
brufle Se confumc tout &c congelé
le Mercure vif, & en faire vn corps
folîdc : La çaufc de cecy eft telle,
pourcc que la nature a donne à la
matière de noftre diuine Pierre tou-
tes fes proprictcz, qu'il faut par cer-
tains degrez de cha!eur,comme cui-
re, faire meurirSc mener à perfe-
ctionnée qui nefe peut exécuter de-
uant que le mont Gibel de Cicillc
aye mis fin à fes embrafemens, & ne
fe puifTe plus trouuer aucune froidu-
re es montagnes Hiperborées , lef-
quelles tu pourras bien aufTi appel-
ler Fougerayc , toufiours gelées de
froid, 6ç couuertes de neiges.
Toutes pommes cueillies deuant
qu*cftremeuresfcfennét & ne font
■ ' ^ " G iij
îi8 Les dovze clep5^
prefque bonnes à rien, il cneftcle
merme des vaiileaux des potiers qui
nepeuucc feruir s'ils ne lont cuits a
affez grand feu; pource que le feu,
ne leur a pas donné leur perfection:
11 faut prédre garde à la mefme cho-
fc ennoftreElixir 5 queTonneluy
face tort d'aucun iour dédié & con-
façré à fa génération , de peur que
nortre fruidl elliant trop tollcueilly
des pommes des Helperides , ne
puiflfent venir à vne maturité extrê-
mement parfaide , & fa faute reiec-
tée fur l'ouurîer peu fage.qui fc fera
follement hafté , car il eft notoire à
tout le monde qu'il ne fe peut pro-
duire aucun frui£t d'vne fleur arra-
chée d yn arbre 5 Parquoy tou-
te haRiueié fe doit éuiter à noftre
art , comme dangereufe &c nuifible,
par par elle peut on rarement venir
^u bQut de fon deifcia , mais on y a
Livre IL 119
toufiours de mal en pis.
Cefl: pourquoy que le diligent
explorateur des effets merueiileux
de Tare & de la nature prenne garde
à ce que pouffé dVne curiofiré dom-
mageable,& d'vn defir par trop eu-
rîeux.il ne cueille rien de nortre ar-
bre deuant le temps, & que la pom -
me luy tombant des mains , ne luy
en laiffe qu vne marque & veftigc
miferablc, car fi l'on ne laiffe meu-
nr noftre Pierre, véritablement elle
ne pourra iamais donner maturité à
aucune chofe.
La matière s'ouure & dîffoult
dans l'eau, fe conioind , ôc eft ren-
due groffe en la putrefadîon, dans
la cendre elle acquiert des fleurs di-
gnes auant-couriers du faiid, toute
l'humidité (uperflue fe deffeiche das
le fableja flambe du feu larend en-
tièrement meure > & fermement fi-
G iiij
îïo Les povzE clefs^
xe , non pas qu'il faille aucir^ & ne-
ccfTairemét fe feruir du Bain- mari e^
du fient de cheual , de cendres & de
fable:Maîs pource qu'il faut par tels
degrez régir & gouuerner fon feu.
Car la pierre enfermée dans le four-
neau vuide, & munie de tri pie bou-
îeuartfe forme & cuittoufiours iuf-
quesàcequetous les nuages & va-
peurs foient dîfTîpees & difparoif-
lent, &qu'clle Toit vcftue & orncc
dliabits de triomphe & de gloire,
^ demeure en la plus balGTe ville des
Cieux.&s'arrefte encourant : Car
quand le Roy ne peut plus efleuer
fes mains en haut, Ton a remporté la
vidtoire de toute la gloire mondai-
ne 5 pource qu'eftant alors comblé
de tout bon heur, &doiiédc con~
ftance &de force/ilneferadorefna-
uant fubiecl à aucun danger : le t e
didsdoncquctudeifeiçhes la ter-
Livre II. m
re cUfToulce en fa propre humeur,
par feu dcuëment applique y eftant
delTeichee fair luy dônera vne nou-
uelle vic^cctce vie infpirée iera vne
matière qui à bon droid ne doibt
point eftre appellée que la grand'
Pierre des Philofophes, qui comme
vn efpritjpenetre les corps humains
& metaliques , & eft remède gêne-
rai à toutes maladies . car elle chalfe
cequieftnuifible , & conferue ce
qui eft vtile , & donaiic à toutes cho-
ies vn eftre accomply : Accorde &
aflocîe parfaitement le mauuais
auec le bon : Sa couleur tire du
rouge incarnat fur le cramoify , ou
bien de couleur de rubis fur couleur
de grenade^, quant à fa pefantcur el-
le poife beaucoup plus qu'elle a de
quantité.
Celuy qui aura trouué cette Pier-
re, qu'il remercicDieu^pour ce baul-
m Les dovze clefs,
me celefte , & le fupplie de luy
odroyer cette grâce qu'il en puiiTc
heureufement franchirla carrierede
cette vie miferable , & en fin ioiiyr
de la béatitude éternelle.
Louange foit à Dieu , pour Tes
dons infinis& finguliers plaifirs qu'il
nous a fait , & luy en rendons grâces
éternellement Ainfî foit- il.
VNZIESME CLEF DE
Tœuuredes Philofophcs,
Chap. XL
IE t'cxplîqueray rvnzîefmc Clef
qui fert à multiplier nortre celefte
Pierre par cette fimilitude.
Il y auoit es pays de Leuant vn bra-
ue cheualier nommé Orphée , gran-
dement rîche,car il auoit des riçhef-
CLEF.Xr.
I
Livre If.
,fes à foîfon, 3c ne manquant de cho -
fc aucune ; il auoitefpoulé fa foeur
propre appellée Euridice : Mais ne
pouuant auolr d elle aucuns entans,
&c croyant que ce mal- heur luy ell:oîc
enuoye pour punition dcfonince-
rte , prioic Dieu continuellement,
efperanc obtenir de luy mife-
rîcorde , 6c entherinement de fa
i^equefte.
Vn iourdorma^jt profondement
il luy fembla veoir vnhommx voi-
lant à luy nommé Phoebus^qui ayant
touché fes pieds grandement chauds
luy parla de la façon : Apres auoir,
courageux cheualicr , voyagé par
beaucoup de Royaumes, de pays, de
Prouînces^Sc de villesjt'ellre hazar -
dé fur Mer à beaucoup de dangers,
&auoîràlaguerre rcnuerféde ton
bras victorieux ce qui te faifoit refi-
ftancc.lon t'a à bon droid donné le
U4 Les dovze clefs,
colicr de chcualier.outre plus d au-
tant qu es jouftes ôc tournois tu as
. rompu beaucoup de lances.&maîn-
tefois les dames t ont aucc acclama-
tion de tous les affiftans . adiu^e le
. prix ôcrhonneur de la victoire , le
père celefte ni a commande de te
venir annoncer qu'il a exécuté tes
prières , & c'eft pourquoy tu pren-
dras du fane de ton collé droi , de
du codé gauche de ta lemme , aufïi
le fang qui eftoit ali cœur de ton pè-
re & de ta mère, ce fang; de fa nature
ell feulement double,& neantmoins
feulement (impie, conioinds les, &c
les mets dans le o-lobe des fept faees
bien terme , & 1 entant nouueau np
trois fois grtd fera nourry de fa pro-
pre chair , &c fon glorieux fang luy
fcruira de brcuuagc ; Si tu faits bie-a
cela, il te viendra de grandes richef-
fes &c aurasbeaucQup d'enfans:Mais
Livre I L nj
apprens qu'il faut :, pour perfeûîon-
ner tadernîere femence,lahuiâ:icf-
rne partie du temps qu'a mis la pre-
mière, de laquelle tu as pris naiflfan-
ce : Si tu faits cecy fouuent y & que
toufiours tu recommences^tu verras
les enfans de tes enfans,&iVne mul-
tiplication de ta race à Tinfiny :& fe-
ra le grand monde tellement rem-
ply par la fertilité & fœcundité du
pecit^que l'on pourra aifément pof-
feder le Royaume celelte du Créa-
teur de Tvniuers.
Apres celafaid.Phœbus s'enuola>
&s'eftantau{ri tcftrefucillé leche-
ualicr^il fe Icua pour exécuter ce qui
luy auoit elle commandé , ayant mis
tout en effeél , il ne f jt pas feulemec^
tôutauflltoft affilié ce bon heur en
toutes fcs cntreprifes, mais aufli ap-
puyé fur labonté de Dieu^ il cngen-
îlraplufieursenfans^quiheritiersdes
/2 6
'i:é^ Les dovze clefs,
biens paternels s'acquiientvnegraii.-
de renummce , &: touliours confer-
uerent Tordre de cheualeric qu'ih
auoicnteucdela fuccellionde leur
pcre.
Si tu es fage & defireux de fagefTe^j
ta n'as que faire de plus ample de-
monllrarion > finon , ta n'en dois re •
îetter la foute furrnoy , mais fur ton
îgnorence, car ilnem'ellpas permis
d en déclarer dauanrage, ny de def-^
cacheter ce pacquct, & mettre en
vcuë tous les tecrets y cela fera aflez
clair & manifcrtc à ccluy que Dieu
en iugera digne, car jay tout efcript
plus clairement qu il ell poflible de
croire , &c ay monftré toute locuure
en figures, félon qu ont faid les an-
ciens Philofophcs auxMaiftresjmaîs
bien plus clairement ( car ie n*ay rien
caché ) que pas vn autre:Si tu chalfes
de toy les ténèbres d'ignorence y ôc
Livre II. izy
es clairvoyant des yeux de l'enten-
dement, aflcurément tu trouueras
vne Pierre pretieufe qu'ont cherché
beaucoup, & que peuonttrouuee,
car ie t*ay comme entièrement
nommé la matière , & fufEfamment
demonftré, le commencement, le
milieu &: la fin de Tœuure.
DOVZIESME CLEF DE
rceuure des Philo fophes.
Chapitre XII
L'Efpee d'vn efcrimeur qui ne
fçait pas tirer, ne luy peut de
rien feruir, pouf ce qu'il n en a pas le
maniement, car il cft aifément mis à
bas & terrafTé par vn autre qui fçau-
ra mieux tit er &: porter vn coup que
/uy , mais ccluy qui entend parfai-
riS Lés dovzé clefs,
étcmenc refcrîme, rauît aifemcntia
vidloire d'entre lesmaîns de tous lès
autres.
'Ilenarrîuerademcfme à celuy
qui aura , auec Tayde de Dieu^ ac-
quis la teinture ^ & ne s'en fçauroi:
pas feruir, comme au gladiateur qui
ne fçait pas Ion meftier ; Mais d au-
tant que voicy la douziefme & der-
nière Clef qui ferme ce Hure , le ne
parleray plus auec ambiguïté Philo-
fophique r mais i^cxpliqueray nuë-
ment &: clairement cette Clef tou-
chant la teinture , entendez donc
cette doctrine fuiuante.
Prcnsvnc partie de cette médeci-
ne Se Pierre des Philofophes deuë-
ment préparée , & faite du laid vir-
ginal, & trois parties de tres^pur or,
pafle par la coupelle auec de l'Anti-
moine, & battu en lames tres-mc-
nuës^conioinds les dans vn creufec,
ôcleur
LivkB ît. ïi9
èc leur donne vn feu modère aux
douze preniiercs heures^ puis fonds
les, & le^ tiens en ce feu par refpacc
de trois iours naturels y & la Pierre
fera changée en vraye médecine;
d vne hature fubtile , fpirituelle &c
pénétrante : Et elle ne tiendrôît paisf
âifement à caufe de fa grande fubti-
lite fans le ferment de Ibr , maïs;
quand elle eft fermèntee de fon
femblable, la teinture entré facilc-
menttPrcns puis après vne partie de
cette maflfe fermentee>&la îettc fur
mille de metailfondu,que tu Veu:^
fondre , 5c vrayement le tout fera
changé en très -bon or, car vn corps
prend aifément vn autre corps ; &t
bien qu'il ne luy foit pas femblablc,
îl luy doit ncant-moins eftre con-
iôint : Et par fa grande force & ver-
tu rendu férnblablc, véu que le fetn-
H
îjo Les dovze clefs^
blable a efté engendré de fon fcm-
blable.
Celuy qui aura mis ce moyen en
pratique , fç^iura toutes les autres
circonrtances : Les fortics des por-
t-viux du Palais Ployai font ouucrtes à
la firi) cette fi grande fubtilité ne
peut eftre comparée à aucune chofc
crée 5 car elle feule compred & pof-
r^:dc toutes chofes dans toutes cho-
fes^que l'on peut trouucr par raifons
naturelles contenues & cnclofes
dans la circonférence de l'Vniucrs.
O commencement du commen-
cement.' ayefouuenancc de la fin /
ôfin dernierre fin/fouuienne toy da
commencement, & ayes en grande
recommandation le mileudeTceu-
ure : Et Dieu le Père , le Fils &c le
Saîn(£t Efprit vous donnera ce qui
eft neceffaircàrcfprit,àrame&au
corps.
Livre II. 151
DE LA PREMIERE MÂ^
tîere delà Pierre des
Philofophes. :
VNe fierrefe njoit qui a "vil frix
fe vend,
D' elle vn feu fugitif f on origine ^nnà^
Noflre Pierre de luy ejt faite & com^
fofeey
£t de hUnche couleur O^ de rouge fa2
recy
Elle ejl fierre & non pierre j & la na^^
ture en elle^
Peut feule demonjler fa njertu Horn^
pareille.
Pour d'elle faire vjjir qjn ruijfeau clait
coulant^
Dans le quel elle ira fon perefoujfo^
quanty
Et fuis d'iceluy mort , gourmande elU
fefaiftra,
Hîj
i^z Les dovze ctEts^
lufquà ce que fon ame en fon corp
renaijira^
Et [a mère qui ejl de nature njolante ^
En^uijfance liiy foit y & en tout re/- ji
jemhlanty
Et a la 'V évite fon père renaijjant
ji bien plus de njertu quil'nauoit par
auant^
La mère du Soleil furpajje hs années
En adgCy a cet e^e^t par toy ojulcan \
^ ayéeesy
Son père neatrnoins précède en origine
Parfonjhirnuelejire G^ ej^mce dtutne^
jjefprit y l'ame le corps font contenus \
en deux. ^ \
Le magîjtere "vient d'vn qui feul & \
njH ejiant^
Peut enfernble ajfemhler le fixe & h
ftf-yanty
Elle efi deux y elle ejl trois j & toutes--
fois nejtqu^ne^
Situ nèsfage en cela j,n entendras chê^
Livre II, yj
/<? aucune^
faits Uuer dans 'vn hain Aàam le
premier fere,
Oàfe haigne Venus des ^olupe:^ la
mère,
\ D'njn horrible Dragon ce hain Von
tre^aroit,
êluand toutes f es vertus & fes forces
^ ilferdoit
Et comme dit fort lien le Genye de
Nature
Jjon ne le peut nommer que le double
J4ercurey
le me tais^ l'ayfinyj'ay nommé la mai
tfere.
Heureux trois fois heureux qui com^
prend ce myflere.
^elefoucieux ennuy ne te Jurf renne
point,
Viffue te fer a voir ce tant dejtripoint,^
FIN
LIVRE
TROlSfESME
'CONTEN ANT VNE
abrégée répétition de tout ce
qui eft contenu dans les traîttcz
des douze Clefs de la Pierre pre-
cieufe des Philpfophes.
Diins laquelle eji par le mefme Ju--
thetir Fr. Basile Valentm niifeen
lumière: La lumière des Sages.
OY Bafile Va-
lentin Religieux
de Tordre de S.
Benoift , ay cpm-
pofe ces traiâ:cz
prccedens 3 par
L I V R E 1 1. Ijf
lefqucls fuiuant la trace des anciens
Philofophes > ay déclaré par quelle
voye & moyen Ton peut chercher
ôc trouuer ce précieux threfor ^ du-
quel les fages ont conferuéleur fan-
té & prolongé leur vie à beaucoup
d'années : Ec bien que ie ne me fois
efloigné en aucun point de la véri-
té, comme ma confcience en pour-
ra rendre tefmoignage deuât Dieu ,
qui cognoill le de dans de noscœurs,
& aye toufiours mis en veuë la véri-
té qu'vn moyennement doite n au-
roic que faire d'autre flambeau pour
cfclairer. Car la théorie que ie luy
en ay baillée,coniointe auec lesdou-
ze Clefs de pradtique , feront plus
que fuffifansdes nuids neantmoîns
que ie palTois à veiller , & le peu ag-
greable repos que îc prenois en ne
dormant p^s, mais les diuerfes pen-
fçes qui eftoient pendantrobied de
H ni)
ij6 Les dovze çl:bfs,
mon îmagînatiuc y m*ont perfuadç
d'expliquer plus clairement, meutât
çn aorege le liurc que i'auois mis en
lumière du {l.imbeau que i'auoîs al-
lumé, plus eiclatanre^afinde mieux
cfclaîrer^ppur dcfcouurir npftre de-
firee Pierre à cçux qui font ama-
teurs de l'art , &: curieux de cognoi-^
ftre la NaturerEt encorçs que ie fça-
fhe bien que beaucoup diront qu^
i'ay tout plus que trop enfeigné,&:
qu'a caufe de cela i'ay chargé ma-
çonfciencç de beaucoup de peche:ç,
le leur refpondray neantmoins quq
cela encores eft affez obfcure aux
îgnorans & gens d^ peu d'efprit^
;iiaîs clair & manîfefte aux enfans
de fcience : C*eft pourquoy efcou-
ït ôç poife bien mes paroles, & fuits
ce qu'ils t^enfeigneront , tu paruîen-
drasdroi£t aux plus cachez myfte-
res de l'Art & de la Nature.
1
Livre IL . 137
îe n'ay rien efcnpt que îc ne doi-
ue approuuer & 4u quel le ne fois
preft à rendre compte au iour du iu-
gement.
Or tu trouueras cet abreg;é en
vraycs & fimples inftrudions fuî^
liantes, car ie ne m'y eftudie pointa
auoir des mots affedez & falacieux,
maisàfuiurenuëment la vérité.
Tay cnfeîgné dans le précèdent
traiâé que toutes chofes naiflent &
font compofez de trois , fçauoir eft,
de Mercure, de Soulfre&de Sel, &
ç eft chofe certaine.
Mais apprens encores que noftre
Pierre ei^ copofee de deux , de trois
de quatre &: de cinq: De cinq c*ell: à
dire,de fa quintefséce.de quacrequi
font les quatre elemens s de trois af-
fauoir dcstrois principes de^ chofes
naturelles, de deux qui fignificnt le
Mercure double , ^ d\n qui cft le
i^S Les DovzE cleps,
premier principe de toutes chofes,
qui fut produit pur & net de la crea^
tion du monde.^^r, foit faict.
Afin que pprlonne ne fc trauaîllç
à comprendre des chofes, & ne fc
peine à chercher çn vain le fens
myftique,& la vraye expUcation^
îetraideray enpeude mots; Pre-
mièrement du Mercure^ puis du
Soulfre , & après du Sel de noftrc
Pierre^ qui font les principes maté-
riels.
DV MERCVRE, PREMIER,
principe de l'œuure desPhilo-
fpphes.
nRJEmarque donc premièrement
lX^ que nul argent vif commun ne
fer t à noftre ceaurc^jcar noftre argéc
J^if fc cire du meilleur mctail par
Livre II. ijp
art fpagirique y &c cft pur fubtil , re -
luifanu , clair comme eau de roche ,
diaphane comme chrîftal , & lan^^
î au cune ordure : Re Juidts le en eau
ou huille incombuftibie y pourcc
que félon que m'en aduouent les fa-
gcs, Mercure a elle eau au commen-
cement, d^iffbut en cefte huille in-
combuftibie fon propre Mercure ,
duquel a efte fait cette eau , precî-
pite-le dans fa propre huille : Ettu
auras le Mercure double ; Mais no- jij
te que le Soleil après auoir efte puri-
fié félon que îe t'ay enfeigné en la
premiereClef , doit eftre dilToult ^j;
par vne certaine eau particulière
que îe t'ay donnée dans la féconde, @
& réduit en chaux fubiile, félon que
ie t'ay enfeigné en la quatriefme: [2>
Cette chaulx doit paiTer par l'alem-
bic aucc efprit de S e L^ & eftre pré-
cipité dans ceft efprit/&: reduidà
14© Lesdovze clefs^^
fçu Je reucrbcr^en pouldre fubtî-
le, & que fon Soulfre puifle plus fa-
cilement entrer en fa propre nature^
&c rembrafler plus eftroiàemét par
vn amour réciproque, & tu auras
deux fubftances dans vne que loii
appelle leMer cure des Philofophes,
& n eft quVne Naturels: le premier
ferment.
PV SOVLFRE, SECOND
principe de l'oeuure des Ph^lp-
fpphes.
TV chercheras ton Soulfre dans
le mefme metail , il le faut ti-
rer fans aucune corrofion par feu
de reuerbere , d*vn corps purifié &c
diffoult ; & cornaient cela fé peut- il
faire ? ie te l'ay déclaré ne rendifane
mot;&te Tay ^ifez clairement mçn-;
Livre IÎ. î^r
ftré dans la troîliefme Clef: Tu dif- 3
foudras ce Soulfre dans fon propre
fang, du quel il a pris naiflance, ob-
fcruant le poids que îd t'ay ordonné
cnlafixîelmcClef, Tayancfaiét^au- ^if
tas diflbult & nourry le vray Lyon
du fang du Lyon vérd , car le fang
fixe du Lyon rouge eft faîÀ du fang
Volatil du vérd^parquoy ils font tous
deux d*vne mefmt naturelle fang
volatil de Tvn rend aufii volatil Id
fang fixe de rautrôr Et au contraire
le fixe rend le volatil auffi fixe qu'il
èftoit auparauant la folution> entrb
tiens les en chaleur modérée, iuf-
qùes à ce que le Soulfre foitdutout
diflbus ^& tu autas par le commun!
accord des Phnofophes, le fécond
ferment & le Soulfre fixe nourry ia
volatîI,que l'on rire enalembîc par
tfprit de vm , qui eft ro'jge comme
fang : & cfl: appelle Ôr pot able^ que
T-fi Les dovze clefs,
l'on ne peut Gonlolider ^ ny réduire
en fubftance corporeL
DV SEL TROISIESME
principe de l'oeuure desPhilo-
fophes.
LE Sel félon que Ton le prépare a
des effeâis diucrs , rendant le
corps fixe , tantolt volatil , car Tef-
prit du Sel de Tartre tire fans aucun
ingrédient rend par la refolutionôc
putréfaction tous les Métaux vola-
tils^&lcs reduiâ; en vn Mercure vif,
corne te Tenfeignét mes Minéraux:
Le Sel de Tartre auiTi fixe de foy
grandenaent , notamment {i Ton y
adioufte de la chaux viuc auec fa
chaleur , car eftant iointe en femble
ils ont vne merueilleufe vertu fixa-
tiueiSelon donc que Ton prépare le
Livre ÎÎ. i4j
Sel vegetable de Tartre , il peut Se
fixer & rendre volatil y ce qui eft vn
admirable fecret de nature^&vnef-
fed rnerueilleux de Tart Philofo-
phique-
Il fe faîc vn Sel volatil & bien
clair dVrine d'vn homme, qui par
quelque temps n'aura beu que du
vin pur j&ce Sel difToult toutes clio-
fes fixes , &c les tire auec foy par l'a-
lemblc^il ne fixe pas néantmoins , &
bien que cet homme naye beu que
du vin> duquel par fonvrine eft tiré
ce Sel deTartre, Car il s'eft fait dans
le corps de l'homme vne certaine
tranfmutation par laquelle la partie
vegetable, c'eftà dire refprit vege-
table du vin, s*eft chano-ce enanî-
maie, c'eftà dire en Telprit animal
du Sel de Tvrine, comme par exen\-
ple /les cheuaux fe fai(£t tranimuta-
tion d*auoinc, foiii Se autres telles \
î^4 Les dovze clefs,
nourritures , les changeant en leur
propre fubrtance , aflaaoir en chair^
& autres p^irties de leurs corps.
Les Abeilles auffi font du miel des
meilleurs particules , & fur des her-
bes & fleurs; ôcainii des autres cho-
fcs, defquelles la Clef &c principale
caufe girt en la putrefacStioii d où
j)rouîennét toutes ces fortes de fe-
parations &tranfmutations.
L'efprit de Sel commun tiré par
certain moven eue ie t'av monftré
en ma dernier-e intlruétion^misauec
vn peu de l'efprit du dragon, dif--
fout l'or & l'argent , & les tait mon-
ter au haut de rÂlembic ^ tout de:
meffrié comme TA^slc îoînt auèc
1 efprit du Dragon> holxc perpétuel
des rochers & montacrnes , Maîsfî
Ton fend quelque choie auec le Sel
dcuan: la fenaration de VeTprit d a-
ûeclc corps, il eil pluftoft rendu fixe
quedîiToulc. lé te
Livre II. ï^/
îe te dicts dauantage , qucTcrprît
de Sel commun conioinc aueclcf-
prît de vin , & d ilVille par trois fois
auec luy ^ dêuient doux &c perd tou-
te corrofioii &c accrimonie , cet ef-
prime combat plus corporellcmenc
contre l'Or, mais fi Ton le fond fur
la chaulx de l'Or deuement prepa-
iré^il tire fa grande rougeur^ôcfi 1*011
procede^^ com.è il faut y !a chaulx
donne & empreint à la Lune puri-
fiée vne couleur femblable à celle
qua eu premièrement le corps d'où
elle a pris fon origine.
Ce corps peut receuoîr fa premiè-
re couleur , fe mcflant & ioignant à
la lafçiue Venus , d* autant qu il adu
commencement pris auec elle fai
haiflanccdefon fang, ou du moins
de femblable au fien.ôdienc t'en di-
fây pas dauantage.
Nette que leiprit de Sel d^îffouk
1^6 Les dovze glêfs,
aufli la Lune préparée , & la reduîdï:
( corne t'cnfeignét mes inftruâiôsj
cnvne nature fpîrituelle.de laquelle ,
fc peut faire la Lune potable^ces ef- .
pries du Soleil & de la Lune doiuent
eftre .c6lcînâ:s comme le mary àla
iemmc , par rentremife de refpric
du Mercure , ou de fonhuille.
L'efpric cft dans le Mercure /la
couleur dans le Soulfre^Sc la congé-
lation dans le Sel,& ce font ces trois
qui peuuenc reproduire le corpspar-
faî^ 3 c etl à dire , i'efprit du Soleil
fermenté de fa propre huille: Le
Soulfrc que Ion trouue abondam*
ment dans la nature de Venus en-
flambé de fang fixe par elle engen-
dré, Pefprit prouenant du Sel Phifi-
que donné, enfortifiant&endurcîf-
fant la vidoire entiere.encorcs que
Teiprit de Tarie , d'vrine & de
chaulx viuc , auec du vray vinaigre i-
Livre II. 10
àye bien de la vertu ^ car l'cfprîc dé
vinaigre eft froid , & ccluy dé la
ehaulx vlue eft chaud y c*eft pbur-
quoyl'onle iugcàbondroid: cftrc
de nature contraire ^ comme auiîî
Toil le voit par expérience : le viens
de parler en Philofophe, & ne m'eft
pas permis de pafTcr outre , &c mon-
îker à aucun comment les portes
font fermées &c répartes au dedans,
lé te donne encorescecy, pour
dire adieu : Cherche tamatiere dans
la nature mcthalique , faids en va
Mercure , & le fermente d' vn Mer-
cure > puis d*vn Soulfrc^ &le fer-
mente pareillement de fôn propre
Soulfrc , difpofe & mets tout en or-
dre parle SeU tire le vne fois par Pa-
lembic y ôc mcfle le tout par îuftc
poids,&: il viendra vn qui aprîs âuffi
auparauantion origme d vn^hxe le,
&le coaç^ule par chaleur continu e^
i n
1^8. Les dovzë cleîs,
puis le .raultipUc , comme ie t*ay ap-
-um ptis ésdcux dernières Clefs.Scle fer-
mente pour latroiriefmcfois;, &ta
viëdras à bout de ton deflein, quand
àrvfage de la teindure , la douzief-
me Clef t'en a affezinftruid.
PREK4ÏERE ADDITION
continuant les enfeignemens de
i'ceuure fufdite.
POur le pardelTus , îc te veux ap-
prendre que du noir Saturne
Se du doux lupiter fepeut aufTi ti-
rer vn efpritjqui par après fc réduit
cnhuille douce comme en fa plus
grade pcrfedion, qui peut parricu-
lieremcnt &c fermement ofter la vie
au Mercure , Scie rendre beaucoup
m^eilleur, comme ie tel ay cnfeigné
en mes minéraux,
Livre II. x^^
SEC O NDE AD ITION
des oeuures fufdidtes.
Ayant aînfi prépare ta matière
fois (eulernent foigneux à gou-
verner ton feu, car toute 1 œuure en
defpend, depuis le commencement
îufquesa la fin.
Noftre feu n'eft que commun &
naturel , & le fourneau vulgaire y &
bien que les anciens fages & mes
predecefleurs ayent cfcript que no-
ftre feu n'cft feu commun : le te dits
neâtmoins enverîte.que c'eft qu'ils
ont tous cache félon leur couftume;»
car noftre matière eft vile , &c Toeu-
ure que Ton conduit feulement par
le régime du feu, eft aifé àfaîrc.
Le feu de lampe auecefprîtdc
vin n'y eft pas propre , car il s'y fai£t
ijo Les doyze clefs^
de trop grands courts &dcrpcnres 3
Le fient de chcual n^eft que perte &c
jdeflrudion , Ôcn'ortre matière n^
peut iamaîs par fon moyen venir à
perfe6lion.
La mukitiide & variété de four-
nCfiux n'cft qu'inutilité fupcrfluié3&
fupcrfluité inutile , car il ne faut en
noftre triple vaifTeau que varier &:
changer les degrez du feu.
Pren^ donc garde que les trom-
peurs ne te deçoiuentenla variété
des fourneaux^ car le nortre eft vul-
gaire rie feu commun &. la matière
çrt abîeéle à Le matras reflemble en
figure au contour & rotondité de la
tcrre^ tu n'as que faire d^auoir dauà-
tage d'intkudllons , àfçauoir gou-
verner ton feu , ôc baftir ton four-
neau, car qui a la matière trouuera
bien tort vn fourneau ^ & qui a de la
farine ne r^içt o;ueres à trouucr vu
Livre IL i/i
four y & ne fe doibc pas beaucoup
foucler défaire cuire du pain.
Il n eft pasbefoin d'efcrire ample-
ment de ce point , prends feulement
garde àlachaleur, &c faidis que tu
puifle difcerner le chaud d'aucc le
froid, fitufrappissle but, tu auras
tout fai£t , &c feras paruenu à la fin
defiree de Vart, pour recognoiffan-
ce de laquelle foit perpetuellemen t
loue Dieu , autheur de toute la Na-
ture. Ainfi foit- il
COLLOQVE DE L'ESPRIT
de Mercure à Frère Albert.
ÏEf^rit.
Velle eftroccafion.Albert,
que tu m'as tant faîtde con-
iuratiôspourme faire venir
Albert.
ïç te la veux dire , moyennant que
I iiij
|p COLLOQVE,
tumcdonnes^alTeurance pour mon
corps ^ ma vie & mon Am.e , & que
îe n'auray aucun defplaifir de toy.
l'Es PRIT.
II n'eft pas en mon pouuoîr de te
faire du derplaifir.n'y ne fuis pasve-
nu auprès de toy pour cela y mais fi
tu ne quittes ton appellation ^ tu es
des-ja recommande à vn autre qui
te chaftîeratoy & tes femblables, &
iouërabien fon içu au falut de ton
amc^icne puist'auanccrny reculer,
fi i'eftoisvn homme îevoudrois bien
eftre fauue , & pource refpond moy
a mes demandes.
Albert-
ïe te prie ne fois fafche cotre rnoy^
car ie fuis vn bom.me debile^& tu es
vn efprit puiiTant & fubtil 3 & pour-
ce dy moy premièrement fi tu es r
bon ou mauuais :, ou qui tu es,
L Esprit.
CGLLQQ.VE Ifj
le ne fuis nybon ny raauuais.mais
ie fuis yn des efprits des feptPlancc-
tes qui gouuerne la moyenne nata-
re, ils ont le commandement de
gouuerner les quatre differétes par-
ties du monde, fçauoir le Firmamét,
les animaux, les végétaux, & partie
des minéraux , & nous fommes fept
qui par noftre agilité conduifons dâs
les trois parties inférieures Jes af cé-
dans& defcendans3&; opérons ct\
eux^car les planettes ne peuuctpas
defcendre corporellement icy bas ,
mais leur efprit.lequel ayde les cho-
fes qui font difpofées à engendrer
par lavertu des quarreElemens.Ce-
luy qui a cefte in telligence fe poura
difpoferàTœuure.
Albert.
le fuis grandement ioycux que tu
me donncsvne fi belle intelligence,
&;que i'ay coprîs par toy plus que îc
U4- C O L L O QV E
n'ay îamaîs fait d'aucun Philofopîie^,
mais îe teprie accorde moy encore
vne demande, & îe te dîray le fujet
pour lequel ie D ay appelle , & te le
declareray par ordre fi tu me veur
dire ton nom.
lEfprh.
Mon nom ie fuis rEfprît des Pla-
nettes, non pas le Dieu du Mercure^
côme tu me qualifies par tes appel-
lations,&ne fuis pas venu par la for-
ce d'icelle,mais par la permîffion de
Dieu , ie fuis venu fans contraîndte^
aufïi qu*il a elte donc à chacun hom-
me vn efprit feruiable deDieu, mais
il s'eq trouue peu qui s'en rédent di»
gnes^pource n'aye point peur de ma
noirceur.car elle fera pour le cômé-
cernent de ta richefle : Car au com-
msncemÊt de la création tout eftoîc
en ténèbres, &apresraggreable rou-
geur du n^atiu , le Soleil fcleue tpu's:
C O L L O Q^ Ey ï C/
en fâg& feu,{i tu crois à cefte heure
îxies paroles qui ne font pas humai-
nes.mais vne voix raifonnante félon
ma naturelle te veux efcouter amia-
blement &: te donner bonne addrcf-
fe.fors donc hors de ton appellation
6-: m'y laifTe entrer , affis toy à table
&quei'efcrîue auecfoingcc que îe
te diray ^ mais dis moy premîereméc
le fuieit pour quoy tu m'as fait ve-
pir, & ne fois point cauteleux , mais
fimple 5c fuccint à tes demandes.
Au nom du Père , du Fils & du S.
Efprlt, Amen. La tres-faindeSc
yne infeparable Trinite.&infepara-
bie Deité vnlque : Mercure ie te de-
mande que tu medie la vérité ^ fi ce
que les anciens ont efcrit de la Pier-
re desPhîlofopheSjOu de fa tein£lu-
re eft véritablement en la naturc.oii
(iç'çft vne fubtile fpeculatipn.
56 COLLOQVE
l'Esprit.
Sçachcs que les philofophcs pat
preuoyance 6t cfcript diuerfes cho-
ies afin que les îgnpraîiis qui ne ten-
dent qu'a Tor & à l'argent fuflcnt
abufez> ainfi le plus grand fecret de
lanaturc, & les vertus naturelles qui
font à touschercher laverite/e trou-
uera que Dieu à mis dâs la nature,&
que rhomme ne peut pas cognoi-
ftre.fi on ne luy monftre clairement^ ^
&c encore ne le peut-il çoprendre, ai
caufe de fon aueuglemét^ & qu il ne
peut pas fc cognoiftre foy-mefme.
Albert*
Pentends par tes paroles , & bien
qu elles foient obfcures ;, que tu en-
tends Tor très- fin.
l'Esprit.
En partie tu as bien entëdu^ mais il
y a encore vne nuée trouble deuant
tes yeux, c*cîl le plus fin or^mais noq
C O t L o Civ^E. 1S7
pas celuy qui eft affiné dans la four-
naife , mais ccluy que la nature mef-
tîie parfonférultcur Vulcan a affiné
fans fcîence, à la mode de luy eft tiré
le double Mercure , & quand tu au-
ras iceluy tu pourras dîfpuier anec
ton Abbé, & luy dire At^oî & i^nis
'tibifujjîcmnt y II eft donemanifeftc
; qu'il eft plus que le fin or? auquel
Dieu en la création luy a donné cet-
te vertu pour eftre manifefteé aux
hommeS;, afin que chacun 1^ puifTe
auoir^ s'il eft bien illuminé de Dieu
Albert.
Ouy, où fepeut trouuerceftor^
L'esprit.
AudefTous du Ciel, en plufîeurs
montagnes & valees y tous lés hom-
mes Tont deuant les yeux Se ne lé
cognoifTcnt pas.
Albert.
Combien en faut-ilpour roeuurc.
i/8 COLLOQVE'
l'£fprn.
Sîca en as deux onces tu peux à-
chepter la courône du plusgrâdmo .
narque du monde, & garde le refte.
AuecVayde de Dieu nouscntrou-
ueros bien autant,&; quâdon en au-
ra acheué deux onces , c'eft alTez
pour le commencement comme îc
croy que vous dicles.
l'Efprit.
Mais tft ne feay pas le corps comme
moy qui fuis efprit , ie ne parle pas
du corps , mais bien plus de l'erprlt,
comment veux tu pefer refprit, qui
cil: en fi petite quantité^au prix de ce
qui eft tire de fon curps , mais après
envertu fur paiTant en grade quatite
ledit corps, i\ tu veux rendre ceft ef- -
prit net de fon corps corporel , ôcle
tranfmuer en vn corps fpirltuel , tu
pourras dire apes à ton Abbé, Ignis
COLLOQVÈ ij^
& J^iottihifujjiciunt.
Mhert.
Occlcfte parole, comment doy- je
faire cela.
VEffrit.
Solue O^ coàcula j diflbuks & coa-^^
gule.
Jllpen.
I Que tes paroles font fuccînétes &
difficiles a entendre, & mal-aifees à
comprendre j mais toute la fciencc
cft làdedâs.ie doy dîfloudre le corps
de Tor.&par fa diffolution tirer Tef-
Êrîtteingent:c'eft fans doute le dou.-;
le Mercure de Bernard^d'ou eft ti-
re ce corps ce n ell pas le fin or^mais
la teinture qui eft cachée en luy , de
ce la on tire le double Mercure.
l Effrit.
Maintenant le voile cft partie
oftédedeuanctes yeux, tu as bien
entendu , entends maintenaïit quel
i^o CôLLoqvÊ,
corps c ert.
Albert.
Alice qiioy dois je difloudrelë
corps de lorj
L'esprit.
Par foy-mefmc , & ce qui eft le
plus proche de luy.
Albert.
Cette parole ett pefante^voîre plus
pefante que la fcience mefme ; ie te
prie monftre moy cela & me dis le
iiioyen& le tour de main de la vrayé
difTolution.
L'esprit.
^ Moy tout efprit^ maintenant îc né
le puis monftrer, car ic n'ay point de
main, mais fi i'auois vn corps com-
me toy 5 ie voudrois faire toute rceU'-
ûre , cherche foigneurement dans
ton Bernard, tu trouueras là dedans
le moyen &c le tour de main de là i
vraye diflolution^auec toutes les cir- i
conllances
conftances efcrites trois fois , deux
fois vray^ &:vne fois faux, à caufe
des îgnorans.
JUen.
O moy miferablc 1 i'ay tant vcu
Bernard que l'en fuis quafi au mou-
rir^j&n ay peu comprendre cela.en-
I corc que parfon cnfeignemcnt îe
cognois le Roy , mais la Fontaine
m'cft incogneuë.&partant ie te prie
monftre moy qui cil la fontaine.
UEffrtt.
Tu veux eftre trop fçauant bien
toft, îe ne te le peux pas montrer, il
faut que tu aye leRoy premiereméc,
car on n'efchauffe pas le bain,que le
Roy n y foit ; mais toy va chercher
ton Abbé &dis luy qu'il te face pro-
uifio de dix liur es du meilleur 5; % 'f6
M^M d'Orient , tout ainfi qu'il vient
du ventre de fa mère fans feu , après
ie te veux déclarer tout ce que tu
K
t6t COLLOQVE
n'entend pas.fois fecrec^&nc mon-
lire point tonefcrit à ton Abbc fur
peine de lavie.ny que tu m'aye veu,
ofte de toy toutes tes appellations èc
conîurations, &c demeure toufiours
en bonne volonté^ priant Dieu qu il
te donne vn boneîprît, autrement
îe n oferois plus retourner vers toy,
aînfi ieveux eftre ton bon amy, &c
autant de Fois que tu auras be foin de
mon confeil ^ ie me trouueray au-
près de toy.
Jlhert.
Ha / demeure encore vn peu , dis
moy fi îe viuray allez long temps
pour faire la teinture.
L' £fprit.
Ouy tuTacheueras^ mais ton Ab-
bc ne viura pas tant , tu l'auras après
fa mort &:{î tune te gouuernes fa-
gement, elle te caufera de grâds in-
côucniens^&partant prés biengarde
CoLLOQVË î6^
\ àtoy ,&:àquimla rnonftreras, car
celle teîndure t\imenerade grands
aueuglemens , garde bien tonliurc
& ta teindure^afin qu ô ne les trou-
i lie point fur toy , autrement tu cou-
: feras grande fortune^Sc feras mis en
prifon, voire mefmes à la mort , fois
icloncbienfage&: te tiens ioyeux,caif
I plufieurs de grande & bafle qualité
: s'efforcent que lefecrct ne toit point
; manifefté , car ils ne peuuent en au-
tre corps direverité qu'é vnevnique
chofe, qui ell tout en tout pour dire
la vérité, le refte nefertque pour
abulerles îgnorans, &te diray en
peu de paroles la pure vérité , qui ell
ce que tous lesPhilofophes par leurs
efcrîpts font demeurez d accord,dc
cette pierre Se teinture contenus en
la nature,
Alhert.
Drs m.oy qui eft cefts. vnique chofc.
Kij
1(54 CoLLOqVE
Toy qui eft bon artifte & vérita-
ble ^ tu dois auoir appris de ton Ber-
nard, que c eft que i'efprit de foa
double Mercure, &tu es quafide-
iienu fol en ta première matière &
Azot, ru es encore bien loing du
vray centre , car tu cherches la vie
auec les morts & la plus parfaidc
& incorruptible force detoutesles
forces naturelles , dans des matiè-
res îmj arf aides &: dans des chofes
corruptibles, fçaches en vérité que
noftre rouge tein£ture eft tirée pure
&nette de la plusparfaiârc créature^
fur laquelle le Soleil aye iamais ietté
fes y^ux h laquelle vnique chofe par
les elpnts plus parfaits eft de la cô-
porition des infeparables qualitez
des quiitre Elcmxs & par la concor-
dance des fept Planettes ont efté
ioincts enfemble A fans aucune ay-
CoLLOQVE; 1/5/
de oufciencedhommc 3 a efté par-
faite en Ton degré de perfeâ:lon:>le -
quel aufTi par vn incroyable aug-
mentation de fa propre femence a
crté douée naturellement, & fes par-
ties {i bien liée enfemble , qu'il ne
peut eftre deftruit par aucun Eleméi:
fans Tayde de l'art , &c lors cette vni-
quechofe eftfujcûe à corruption:
îe t'ay affez déclaré pour ce coup de
quelle matière lesPhilofophes ont
tiré leur tein6ture,{i tu entéds & co-
gnoiscequieftcoprisen cette vni-
que parole,tu entédras toute la fcié-
cc^ c'eft afTez dit â celuy à qui Dieu
ouure les yeux, on pourroitbien îcy
comprendre ToriMaîs on ne Fenté-^
drapasbîen^ car il y a des créatures
crées plus nobles que Torilerquelles
il faut chercher où la vérité fe tro u-
uera, que Dieu à mis en la nature, ôc
que rhommc ne peut pas connoij
Kiij
lié Exl^Ll CATION
ftre.fi on ne luy monftre tout claire-
ment , & encores ne le peut- il pas
comprendre à caufe de (on aueugle -
ment^ôc qu'il ne peut pas fe connoi-
ftrefoymerme
Louange à Dieu.
EXPLICATION DE
rEfprit fur les quaîîtez de la pre-
rnîçre matière»
L 'Humidité efl: la première chofe
qui anime le compofé , la cho-
fe naturelle ou Thumidite viuifiante
ouviuificatiue, ou TAmcou l'Air^
par vne diiToUution de la terre &:
congélation de refprît.
Car nqllre magiftcre n efl: que
arfaiftement congeler , diiToudrc
le corps §c congeler fefpric.
Et celles opérations ont tçUç ^U
i
DE L Esprit^ 1^7
lîance enfemble que iamaîs le corps
ne fe diffoult que 1 eCpricne le con -
gcle^ & l'efprit ne fe congelé point,
que le corps ne fc dillolue , ce qui
s'accorde à ce que dit Raymond
LuUc y &c autres Philofophes , que
tout le magiftere Se rœuure d'icellc
' n'eft que difToudre & congeler y Se
ceft toute la circulation &c imbibi-
tîon de noftre Eau Mercuriale la-
quelle les Philofophes commadent.
Car fi de matière de terre doit
cftre fait le feu, il faut qu'elle foie
fubtiliee & préparée.
Par laquelle Eau les corps font fub-
tîliez& ramenez enla première ma-
tîcre,& prochaine à la pierre ou Eli-
xîr des Philofophes.
Car comme 1 enfant eft nourry au
ventre de la mcre par fon nourriffe-
ment naturel , par fon fang men-
ftrual^aufli noftre Pierre doit eftrc
Kmj
î6i Explication
multipliée &croiftre en quantité 8c
qualitcz plus fortes^, parce qu'il faut
qu'elle (oit nourrie de fa graille &
propre nature de (ubftance : C'eft ce
que les philofophes ont totalement
celé & tenu cache , comme le plus
grand fecret.
Ceftehumîdkeoitafle, les Philo-
fophes 1 ont appelléefau Mercuria-
le/Eau permanente ou demeuran-
te au feu^&aufll eaudiuinC;, c'cftla
def de toute l'oenure.
Cette eauneftpascauderiuîerc
au de fontaine , comme eft aduîs
aux ignorans ou falfificateurs.
Noilre eau n'eft que vapeur Se
eau qui cft dite mondifiant , ou net-
toyant, blanchllTant ôc reuiuifiant,
èç rejettant la noirceur des corps Ja-
quelleeftappellec eaapUvinte.
Cette eau Mercuriale n eft autre
thofe quç 1 efpîit àçs çprps cpn-
DE L'Esprit. i(^
uertîs en nature de quînt-eflencc.
Cette eau eft appclléc vinaigre
très- fort, ôceftcogueue de peu de
gens : en noftre pierre eft contenu
deux fubftances dVne nature , Tvnc
volatilleôc Tautre fixe, Icfquellcs
& chacune d'icelles eft appellée ar-;
gentvif.
Et c'cft d'oiî naîft la pierre, après la
première coniondion d'iceux , &
non pas deuant,&: faut que les corps
foient tournez en nos corps, ôci-
ceuxenefprît,
FIN,
LES DOVZE SIGNES
du Zodiac qui font cites en cet
ceuure des douze Clefs.
Aquarîus
Pifces
i^
lanuîer.
X
Fcurler.
Aries
V.
Mars.
Taurus
tr
Auril.
' Gemini
n
May.
Cancer
^
luin.
Léo
<fi
Juillet.
Virgo
iip
Aouft.
Libra
£l
Septembre,
Scorpius
W>
Odobrc.
Sagittarlus
+>
Noucmbrc.
Capricornus > Decembre<
Stances 171
STANXES A L'AVTHEVR.
I.
D'f^nc jtdjlance feule on njoitnai'
Jire trois chofeSy
£^t trois njnis enfemhle il en naijl Foj -
nitèy
Dieu ayant tout reduit^arfa diuinitè.
Fit les diuerfite^ que nature a defclofe
II.
yne Effence defoy de nature femhla-^
hle y
Vne chère licteur tirée defon compofly
Dont l*artijiea le f oing y laquelle nom
p forclofty
De tout foing de trauail & de toute
mifere :
îiu
Mais far cefeul moyen dejt faincle
entre f ri fe ,
faut regarder le teps lors quelle n)eut
i^i Stance^.
àoYmÏY
Et dans fon temple fainB luy hailler\
& fournir
VAir 5 le Feu gracieux ^ & ^^JPf^
chemife:
IV.
Deux fpermes nous aurons enn)n
compop remis.
Reunis y adapte:^ au iardin d'excellece.
Ou les oy féaux feront qui auront /^
puijfance
De refueiller ceux la qui ejloient en-
dormis.
V,
Vous qui voule:^ feruir au temple de
Afemoirey
Aye^ efgardau teps àexcellete heauti^
Car le Ciel Crijtalin de très -grande
clarté^
Nous fera voir'vniourle pourpre fan^^
guinaire.
Comme ï enfant qui ejl nourry -de la
Stances. //j
mammelhy
'^1 fions aurons mefmefoingàe ce qjiieji
procreéy
^ Itifc^îiati ternes que le lai& luy ait fîus
auance\
, Son corps y pour luy donner ^viande qui
l'excellé.
VIT.
Lors rohujle en naijfance > & plein de
rnajejièj
! Nous aurons "vn grand Koy qui aura
la pînjfance
Degouu'srner lesjiens ^ & par fa pre^
uoyanc€y
Les paume: &cheîifs il mettra enfant
¥
174
AVTRES STANCES EN
forme de vœu.
u
'AinEle Flamme du Ciel^fage
& fainte conduite y
^ élut d'un rien tout de tout as
f • . fait de fuite en fuite y
Difvofant les humains far njn ejlroit
dehuoir,
Collauder ton fainci nom , ton facré
faincl 'Vouloir.
II
U ordre c^ue tu as mis en l'Jrt & la
Nature,
NousfaiEl ^oir en tesfai^s irne riche
firuBurCy
Que la Terre & les deux qui font
Stances 175
D'^vn fufrefme 'vouloir ta main a or^
III. ( donne :^,)
Et fuis ap res ce corp ou tu as mis
nojlre ame^
Efi agittie toufiours de ta àmineflame]
Laquelle njn temps "viuam recherche le
mourir.
Pour le mortel furuiure en linmor^
tel defir.
IV.
Car la njie & la mort gijl en ta CO'*
gnoiffanccy
§lue l immortalité furuit par fa naif-^^
fanccy
Pourfuiure lesfmtiers de la njie ad--
ueniry
Tu 'yeux que lien Ifiuant foyons preji
a mourir.
V.
Et ïhomme ayant "vefcu félon ta
fain^egrace^'
i/'ô s l'ANC ES
Mourant il furuiura te voyant fac '
à face,
£ fiant receu de toy four fa dernier
fin.
Ou efi tonfainEl Soleil & le lieu Cri
fialin.
FIN.
A Z O t Hv
IV LE MOYEN DE FAIRE
'^ l*Or caché des Philofophcs.
De Frère Baltle Valentm.
!acu>corrigc& augmenté par Mr. L'agneau Medecia.
'/I
hez P I E R B. 1 M o E T, Libraire la rc, proche le
Poni S. Michel a llmacre S. Alexis.
M. DQ. L 1 X.
A Z O T H,
OV LE MOYEN DE FAIRE
l'Or caché des Philofophes,
de Frc re Bafilc Valcntin,
Vremiére Tdrtie.
Adolphe, leVieillare.
Enerable Vîéillarcljbîcri
j^ vous (oit , vous appèr-
^ çeuant il y a ja loiig«
temps y de loing , feul, proche
de cet arbre , pcnfant îc ne fçay
qudy en vous -mefmc , ie ne puis
plus tarder que iene inaprochc
de vous y pour fn informel' du
fujct de eefte mcdîtation.
le Vieillard.
Pour vrajr (ô îeune Adolefceni;
A îj
A
4 A Z O T H
maintenant îl m'eft permis dé
cognoiftre les chofes qui me
fcmbloîent en mon îeunc aagé
încroyablcs,& hors de raifon, car
lorsque i'cftudiois, bouffi d*or-
gueil y îe me prefumois fçauoîr
toutes chofes ^ & maintenant à la
fin de monaage, îe prensplaifir
de rechercher auec grandfoin^cê
grand liurc plein de difficulté dé
la nature, encore que ie voy tou-
tesfois toute occafion & lôgucur
du temps, palier comm^ vnc eau
coulante^ & dcquo} grandement
ie me plains.
Adolphe.
C eft à la vérité ce que i'admî^
re entoy (ô Vieillard ) quand ié
confidere les affedîons (i con-
traires entre nous : car i) tcfcm-
ble que le temps s'enuole deuant
h faifon , & les iours me fembiét
DES Philosophes^ /
aller trop lentement , pour ccfte
f au(e il y a long-temps que îc de-
ilre monter a cheual & trouuer
compagnie plaifante qui me
puifïe olter la fardierie que m'a-
porte le temps coulant (i lente-
ment.
Le F^ieillard.
Certainement , o amy , îe vous
P yoy en la fleur de voftre aage^
d'vne face libérale, partant îele-
rois tres-aife de fçaupir vpftrc
nom,& voftre race, eftîmant que
n'aurez de s- agréable ^ fi tout fou-
pçon de fraude ofté , îe demande
voftre nom , & la condition de
voftre vie.
Aàolfhe.
Mon nomeft Adolphe, &mâ
Patrie Haflie, Taquellc m'a en-
feigne les lettres dés mon bas
aagc ^ Se a^uancç en aage , Vajr
Aiij
^ A Z O T H
jaifTe les eftudes , &z ay appris la
marchandife , & n ayant nyTu-
çeur , ny Guuuerneur :, mefmes
admîniftrant mes biens pater-
nels.i'ay eu enuic d'aller voiagcr,
t&ç YQÎr les terres les plus efloî-
gnces , & certainement deuant
toutes chofes , il me plairoît aller
à Rome ^ maiitrefle de T Vniuers,
auec compagnie^toutesfois ie de-
fire auaut entendre voftre con-
ieil 3 comme homme bien verfe à
Vvfagedes chofes, &: expérience.
le f^ieilUrd
Mon confeil ne vous manquera
pas , pourueu que vous ne refu-
fiez d'obeyr aux bons aduis que
îevous donneray , pourcc que
î'ay moyen de vous en ayder plus
facilement payant lacog-noiiTan-:
çg de ces lieux.
DES Philosophes. 7
retVimc qu'il me fera loifiblc
de vous obeyr à vous principale^
ment qui eftes vieil , & auezTcx-
perience des chofes : de grâce
monftrez à celuy qui erre , & fuit
les chemins obfcurs } vous iuo-c-
rez auoirtrouuévn auditeur do-
cile &c attentif.
le Vieillarà .
Vous dites , mon fils :, que vous
auez defir de voirRome^maîs te-
nez- vous pour perfuadé que Tay
veu véritablement cefte telle de
rVniuers, mais eftant maintenât
fait plus fage par Taage ^ îc fuis
plus aduifç &: attentif aux périls
& dangers. Or fuiuant mon ad-
uîs ^ ne veiiillex conuerferlong-
tëps en ces lieux, car ce lieu là eft
à la vérité , ce que ie vous diray
plus amplement cy-aprcs. Mais
il me dcfplaift grandement que
^ A Z O T H
îe vous voy acculer la longueur
du temps en {i parfakte lante,
bien que vous n'ayez endure la
violance d'aucune maladie ^ellac
en ccftç fleur d'aage. le fouhaittç
donc que vous eftimiez ces cho-
fes deuoir eftre prifées auec plus
de confideration, car vous voyez
que i'ay pluftoft acquis ces cho-
fes en moins de temps y que ic
n'ay paiTé celle longueur de ma
vie : il n'eft licite de pafTer le téps
en oyfiuete , mais pluftoft foî-
gneufement , & auec diligence^
s'addonner à la cognpiflance de
pieu & de fes œuures , & y em-
ployer les forces de nos fens ^ car
nous fommps crée à limage de
Dieu , à cefte fin et non pas à la
femblance des beftçs , qui ont
cfte produites pour noftre vfa-
gc. Nos yeux donc foiçnt ou«;
desPhilosophes. ^
uerts, & nos oreilles attendues
pour louer Dieu 5 fuyr Poyfiueté;,
& employer le temps aux eftu-
des. Adolphe.
Verîtabiement.mon Vieillard^
il me femble auolr defia com-
pris les choies qui me font necef-
faires ^ car i'ay acquis la cognoif-
fance de la langue latine, &lano-
tice^recueillie de la dodrine Arî-
ftotelique. l'appercoybien qu'il
n'eft de befoîn de fe trauailler
tant en ces eftudes principale-
ment quand ie recognois que
toutes chofes font imparfaites &c
vaines^ ôcqu'ihVy aaucunMai-
ftre ou dofteur de l'arc , qui con-
duife les adions en telle forte^
fans fraude Ôc tromperie^ qu'il
puifTc acquérir dextrement la fia
defiree. L'eftude de l'aftrono-
înie , qui deburoit cftre deuanc
70 A Z O T H
tous autres Arts très -certain, &c
indubitable , eft du tout incer-
tain y trompeur &: inconftant , on
fait pareil iugementdelaMede-
cînc. Quieftceluyquiconfiderc
les mauualfes couttumcs & er-
reurs qui fe glifentés efprits fa-
crçzdes Théologiens, veu que
Ton ne doit douter delaSainAe
Efcriturc, de fa fermeté & con-
i^ance , & neantmoins elle eft
prefque prife en diuers fcns de
tous , &n'y a fin aucune des con-
trouerfes^par icelle les vns erpiët
la vie d'autruy , les autres tuent
Tame , les autres pourchaiTcnt les
biens , & n'y a fin aucune de lar-
cins,de rapinesjde debats^& que-
relles ,& chacun a couftume de
lolier, ôc dire ces œuures eftrCjOU
de grande doûrînCj^ ou de pru-
dence , ou de force. Mais encore
DES PhiLOSOPHPS. Îî
que ieune ^ ie ne puis confentir à
ces chofes, bien que îeneftudie
plus principailen^ent à caufe que
ie voy que le vray but ert de cha-
cun prefque delaifTe, & que ces
îours paffez il me [ut reproche
par vn certain Villageoîs.que les
plus doftes font les plus mef-
cbans, S<: les plus pernicieux ; &
aucuns craignent (non fans raisoj
que les docles porteront la pei-
ne de cefte chofe par leur propre
meTait - Et n'y a raifon aucune
pour laquelle nous nous recirons
de la vraye & celefte doctrine/
veu qu elle nous a efté diuine-
rnent delailTée par le Verbe In-
carné, comme ie Tay cydeuant
entendu de vous. Mais pour
mieux dire, la fagelTe humainc&
le cercle inconftant des dodrl-
ms eft imparfait , pc çroy que
Zt A Z O T H
VOUS ferez de mon opînîoncn ce,
LE Vieillard.
Il cftbîcn vray-femblabic, &
ie nV attribue la cognoîfTance de
la langue latine ^ mais la notice
des langues eftrangeres n'a point
de lieu propre^ ny peculier.ôc ne
femblent nçceiTaires aucuncmét:
comme eft la langue HcbraïquC;»
& Grecque;, par lefquelles laçp-
gnoiflance de tous les Arts nous
a çfte anciennement enfeignéc;»
& nous vpyons aulTi que ces lan-
gues étrangères font principale -
ment necelTaires aux maifons des
Princes, à caufedes affaires di-
uers , & eft vn excellent don de
Dieu, lequel pavoift àVexemple
de ceux qui édifioient la Tour de
BabeKentre lefquels y eut confu-
fion merueilleufe des langues , à
celle firxqu efpars par tputçs Içs
DES Philosophes. i^
contrées ^ & parties du monde^îls
ne fc peuflent accorder. Toutes-
fois ces chofes eftoient tellemenc
gouuernées de^Dieu,treS'bon^&
tres-grandiqu'ilsfeferulrent, &c
par la force du Saind Efprit (les
deuots de tous les Gentils araaf-
fez j cefte Tour, baftiment fol, a
èfté conuertîe par le niinifterè
desApoftrcs.cnTemple dcDieu,
faind &: facré , dans lequel font
entendues lesloiianèes de Dieu-
car la confufion ne plaift à Dieu,
comme au contraire leDiab;e eft
Authéur de difcordes ^ & querel-
les, &DieucaTrinicé nous de-
mande la paix , & la concorde,
mefme de toutes chofes ; Cette
cft la paiX;»apparoîlTanc par deffus
tous, enlaque'Je le monde a elle
fait, & reluifent les Gouuerne-
mens des Royaumes en laquelle
î4 A Z O T tt
lefus-Chrift noftrc Sauueur, &
fes Difciplcs , nous ont laiiTé vn
exemple qu'il faut imiter auec
foing.Lt cerces.cesdiores fufErôc
de la cognolffauce des kngues
diuerfes , mais quandau falut des
ames/il n'eft pas ncccfTaire d'em-
ployer fonaage pour acquérir la
cognoiflance des langucs^mais il
eft expédient que nous enten-
dions les fermons facrezdes Pré-
dicateurs , & que nous lifions les
Efcritures Saindes auec diligen-
ce,comm.e ilsfont^és princîpalles
trois langues , la langue: naturelle
eft propofee à tous y de mefme la
r4iilofophie naturelle , &lc foin
d acquérir des biens de fortune.
Mais les fages mondains ^ &les
rufez de ce fiecle prennent che-
min diuers^non contents du gou-
uernement ordonne de DieUi
Des Philosophes, ij
ccrchcnt les eftrangeres & con-
traires: De là le précieux threfor
du temps eft diflipe ^ &les Ames
en grand danger de fuccomber
à la fin du fiecle, que Dieu vifite-
râla dernière Ville de Hierufa-
lem,c'eftàdire,le mondevniuer^
fel^ &lc iugera.-Auffi femblable-
ment paroiftront les trois enne-
mis capitaux ^ & principaux y les
fpîrituels comme ils eftoientde-
uantlavenuëde lefus-Chrift, &c
faPaflfion, mais à fon dernier ad-
uenement leur confeils feronc
vains &: ridicules deuant le Tri-
bunal de lefus-Chrift. Si donc il
arrîue que ceux-là viennent par
cy-apres ;, nous cognoiftrons là
fin du monde approcher ; car en
mefme temps lesdinerfesTeéles
des Pharifîens^ Sadducecs,& Ef-
feens fe Icueront ; fçauoir û les
x6 Àz O T H
Pharîfiens Operateurs neftoîcn't
pas arrêtiez a la terre , occupez
aux ceuures externes , n'ayant co-
gnoidance de lEfprit ;> ny delà
venue du Meflîe.Lés Sadducecns
ne nioîent-ils pas la réfurredtion
des morts ? Les Efleens réplis de
l'Efprît Anabaptîrte ne combat-
roîcnt-ils pas contre la Sain£tc
Trinité ? le premier bbfpherac
contre la puiflance de Dieu , le
fécond contre la mifericorde, &
le troifiefme plein d*iniure con-
tre le iiille & vray Efprit deDieu,
Oncognoift delà que les hom-
mes font toufiours contraires à
la loy de Dieu , &: bien qu'ils fuf-
fent plufieurs en nombre Se dî-
uerfité de fe6les , toutesfois e-
ftoient nommées les principa-
les y lefquelles tafchoîent de nui-
re en la dodrine de la Sainde
Trinité:
Des Philosophes {y
Trinité: car les vns d'Orient, lés
autres d'Occident , changcanc
ieuleaienc leurs noms , multU
plloicnc de iour en îour en mali-
ce , & les lulfs eftoient en petit-
nombre, & y auoit peu de luifs
qui fulîent addonnez au virây
cuit, lefquels menans vne vie fe-
crettté^auec grand foin, ils fuyoient
les emburches de ce monde* Il
faut donc efproaucr tout efprît y
mais qu'vrl chacun de nous s'ef-
prouue foy-mefme par le Verbe
diuin , comme par la pierre de
touche ; que fi ainfî eft , cet Efprit:
enefpluchant d\n chacun la con-
fcicnce , de meurera à toute cf-
prouuéc : Ces chofcs Toîent dîtteâ
de là cognoiflTancè des langues :
& tenez pour certain que la con-
fcruatlon naturelle ;, iournaliere,
& éternelle de ThommepSc fâco-
B
i^ A 2 o T il
gtioiflance ne corififte feulement
à la recherche du corps animal,
(car il n'appartient qu'aux hom-
mes d'errer J mais plultortenlac-
quifition de la perfection de Tv-
ne & l'autre partie , c'eft a dire , tant
du corps que de Tefprit^ au Verbe
Diuîn, laquelle conferuation fin-
iieftîgcition de natute doit fuiure 3
car nous prenons de Dieu noftre
origine, nous retournons à luy
melme^&en iceluy nous nous ar-
rêtons, car le Verbe eft la feule
règle & le fceptre , & la namre la
règle de toutes créatures , prépa-
rant la voye pour Thabitation de
î'ame &c du corps , par lefquelles
chofes on cognoift certainement
lcÇ?€rc, aymantDieu. Ariftote n'a
pas eu vraye cognoiffance de tou-
tes ces chofes , encore qu'il fut de
grande dodtrine , & excellent par
DES PHI LOSÔPHES ïp
deffus tous, cil fubcilicé de raifoii
humaine , car il eft permis dé le
voir aucucrle aux chofes de ce
monde. Il en faut autant dire de
fes fcdtateurs, encore que leurnom
foie en grande eftime & authori-
té cnuers plufieurs. Or deuanc
toutes cliofcs il faut exadlement
confidererle temps, 6c fuîure l'c-
ftude de vérité &: iuftice de tou-
te noftre force 5 & implorer Taidé
du Saind E(prit , qui nous eflargill
la cognoitîance des chofes fpirituel-
les , & virilement prendre garde
que par les vices nous ne tom-
bions dans le labyrinte de ce mon-
de mais fuiuans le bien & équité,
& ne permettans écouler vn iour
ny heure fans trauailler , toutes
nos actions conduirons à la gloi-
re du nom de Dieu, &: au proffic
du prochain.
Bi;
ZO A Z O T H
Vous auex fi amplement par-
le de toutes ces chofes^ mon Vieil-
lard, qu'à peine en ay-je retenu
quelque parcie , dont ie vous puif-
ferefpondre Jevoybien qu'il faut
fuîure le bien en toute diligence
& foin 3 èc n'eftîmc pas qu'il foie
bon fe hafter de rcfpondrc à tous
ks points cnfemble, mais lente-
ment:, Se après y auoir bien fon-
LeVieillari.
Il faut apprendre , mon amy,
les chofcs que vous confeifez
ignorer encore , car le confeffc
que par le moyen dcsfages & an-
ciens ^ îe fçay le chemin facile &
defiré, lequel ne defefpercs pou-
uoir atteindre, pourueu que vous
y apportiez la volonté & diligen-
ce rcquife»
DES Philosophes li
Adolfhe
Certes i'ay grand defir d'en-
tendre de vous toutes ces cho fes,
&c employeray tout mon eltudc
& labeur pour fatisfairc âmondc'^
iir, principalement quand ie co-
gnois que toutes ces choies fon v el-
les & honneftes.
Le ï^ieillarà.
Deuant toutes choies cftâcon-
fiderer auec beaucoup de raifon
la noblcffe &:excellence des fept di-
gnitez, lefquellcs ie vous mettray
par ordre maintenant , qui font,
la fante heureufe , & la charge foi-
gneufe du temps j laquelle ell tri-
ple y maïs cft à rc jetter le foin de
la bonne grâce, de Tauthorité ôc
eftîmatîon humaine , comme
auffi de la force , & de lapuiflance,
& des richeflfes , & de fa propre
commodité, car ces quatre fonç
%p A Z O T H
dons defquels ont accouftume
les hommes d'abufer , fans y pren-
dre garde. Q.ie fi Dieu tres-puif-
fanr, & trcs-grand^, ne nous vîfi-
toit à caufe d iceux dons par af-
flidlions &: tentacîons, ôe qu'el-
ques fois par mort foudaîne , auf-
fi ne pâtientoît ( comme par ma-
nière de dire ) de chaftlcr leshu--
îiîaîns ( car deuant luy il n'y à point
çfgard des perfonnes, confîdera-
tion de dignité, ariftarque refpric
de l'homme , ignore ce qui eft , &
le fait foir & matin ) nous paruien-
drons facilement à la contem-
plation Se çognoiffance de ces
biens. Mais vn chacun de nous a
auiTi foin, après le falut del'ame,
de i'eterneî & pe^-petuelle fan-
té, de la paix durable , de Tangelî-
que beauté , de la force & celefte
fâpîence ^ & d€§ direfors de la
DES Philosophes z$
j gloire , lefquelles cliofcs nous
lonc proQVires,.& en attendons le
fruiâ: & cotnmanication par no-
ftre Sauiicur lefus-Chrlft , mais
non pas en ce corps corrompu &
galti. Si nous perfeuerons iufqucs
à la fin de cheminer en fes voyes
& eafeigacmens , & îufques à
l'arche vraye de confideration.
Car qui obeyra à la volonté Dî-
uinc , defcouuerte & demonftrée
au Uure de vie , fon nom ne fera
efface de ce liure de vie , car nous
fommes tous appeliez. Encore
que véritablement îe deburoîs
dire quelque chofc de la gloire
de ce monde, laquelle eft vraye,
toutes fois eft nulle , & du tout
morte , comparée à la gloire cele-
fte, encore qu elle foit vn threfor
trcs-precieux , car îe la recognois
Bt •• •
UIJ
14- A Z O T H.
telle y finon qu'elle eft caduque &
vaine, non pas perpétuelle & im-
morcelle comme la gloire celc-
ftc, lefus-Chrift. Or heureux &
vrayemcnt heureux ceux , refprît
defquels Dieu illumine par les af-
fliârons, Ôc les conduit iufques là
où il femblc que les chofes tem-
porelles n'ont point d^efEcace,
car alors le débat fpirituel, la lut-
te & les armes , paroiflbient à ceux
quienvfent: Maisic fuis d'accord
que ceftc force defpçnd du feul
Verbe de Dieu, & eft concédée
aux hommes à Tarticle de la mort,
mais non pas à cous : de la aulli
prenans les chofes au rebours
qu'elles ne font , & falfanc peu de
conte de la vie celefte , nous me-
nons vne vie du tout pyfeufe &c
voluptueufe j eftimans que nous
muons qu'à combatte la natu-
DES Philosophes. s^y
re, bien qu'il en aille autrennenc,
d'od vient la fcuerité en toute la
vie de l'homme , qqi fait office de
tyrai. Ds là eft euldent que Tef-
prit de l'homme eft aflujetty aux
pafTions &c tourmens , auiîi comme
leTprit a le premier pechc , il a
confommé les péchez en fécond
lieu par fon corps. En la mefme
façon le chagrin perp etuele & Taf-
flidion précèdent la mort , & la
fait paroiftre à l'homme plus hor-
rible que toutes les chofes, ôc
principalement à ceux qui ont
mené vne vie fale , vilaine ^ & des-
honneftc, alofsle remords de con-
fciencetrauerfe les âmes des hom-
mes de mille tentations. Pleuft à
Dieu que nous congneuflions
vrayement la gloire diceluy au
tcm.ps de la grâce offerte , & que la
peuflions comprendre des yeux^
%i A Z O T H.
& des oreilles, comme conllîtueTS
au précèdent, &: a Taducnir , par
fon verbe , dans le quel font cachez
les threfors celeftes & éternels , hç
qui demeurent après la fin S^de--
folation de toutes chofes , bien
que toutes chofes foient remplies
de la Majefte Diuine, & que d*i-
celle toutes les créatures & œu-
ures de fes mains portent témoi-
gnage au Ciel , foubs le Ciel , en
terre , &: fous la terre. Car en tou-
tes ces chofes , il eftoît Toifible de
contempler Dieu fouuerain^ &: mai-
lire en la puitTance de fa vertu , &
en fa borné : Que fi nous confidc-
rons cela auec dilicrence, nous
trouucrons qu'il nous conuient
contempler les çrrands threfors
de la fageiTe, affin que outre la
cognoilTance de Ion verbe , trem-
blons deuant fa face > à caufc de
I
DES Philosophes. 27
iltiibcciricé de noftre eTprit, nous
puilîions acquérir iceux threfors
( qu'à grand peine pouuions nous
jamais efpererj quand nous confi-
dcrons Dieu très grande: tresbon,
auoir crcc toutes chofes par ordre,
bon, & décent en noftre confidera-
tion.Carl homme cocemple vraye-
ment Dieu en Erprit,& peut fe ref-
ioiir en iceluy^quand il fçaît qu'il eft
en Efprit l'Image de D!eu, &
flu'il veut conduire les actions de
fa vie félon laloy de lelus-Chrift,
premder Adam^, & precmTeur des
actions , à Pvtilite du prochain.
Or en la vie future & parfaîdle ,
nous aurons cpgnoiffance entie»
re de la gloire diuine, fans aucun
trauail &c peine nous appren-
drons ce que en ceftc vie nous-
fommes contrain£ts de deuorer:
en cefte vie là, Vhonncur & la
tS AzOTH
gloire du nom de Dieu fera par-
iaidt , &c demeurera à perpétuité,
car nousauons apperçeu fa miferi-
corde rcnouueler tous les iours,
& fa gloire ne pourroit eftre af-
fez cliantée p^r la voix des Anges ,
êc ne pouuons nous autre liom-
mes aiïez diligemment rechercher
êc loiier les diuins myfteres, fi le
Saind: Efpritnenousaflfifte. Or les
melchans qui ne regardent qu'à
leur profit particulier , ont touf-
jours deuant les yeux l'afflidion
perpétuelle de ce feu éternel ; la
faim & la foif les accompagne^ la
vifion des Diables , la froideur &
chaleur intolérable qui mefmc
affligent &: tourmentent les Dé-
mons , encore qu'ils ne puiffent
fentir les palTions élémentaires
mais feulement fentiront les peî-
îles éternelles &: fpiritue les ^ def-
Desphilosophes ip
quelles chofcs nous ne pouuons
rien dite de certain, finon ce que
nous auons efpuifé dans les my-
ftcresdu Verbe Diuin. Auflî que
nous deuons confiderer &c exami-
ner leternite , 6c la durée du temps,
qui fera à iamals, & prier Dieu
tous les iours , & à tous momens ,
alEn qu'il nous deliure de |^ennc-
my y qui tafchc de nous opprimer
par infinies tentations & maux,
en toutes nos voyes ôc fentîers
comme aufli les autres créatures
&c leselemens , les corps celelles &c
les efprits qui s'efforcent de nous
nuire , fi Dieu en cefte partie ne
nous aydoît. Oc fur toutes chofes
eft necetfalre la prière feruentc,
par laqu elle nous demandions l'ai-
de &fecours du Saind Efprit, af^
fin qu'aydez de fa grâce , nous
entendions &c apprenions fans
/© Â Z O T H
relafche la parole de Dieu, paria-
quelle parole nous auons con-
fiance en Dieu, qiii eftla règle &
la pierre de touche de noftre vîe^
quand luy mefme dit ; faites cela ,
&c vous viurez. Et en autre iieu^
qui a pcchc fatle pénitence, &nc
pèche plus? car il ne fe ref-jouyrt
pas de la mort du pécheur, maïs
veut (a conuerfîon, & quil vîue.
Mais pour ce qui touche la co-
gnoiffance de noftre chair, ils en-
bleroit de prime face qu'il n'y a
aucune puiifance celefte, la colè-
re de laquelle, &c Ces peines, fe-
roîent à craindre , quand nous ne
pouuoDs voir de nos yeux, &c en-
tendre autre chofc, flnon chofc.^
caducques, mortelles, & terre-
ftres, & non pas la volonté Diul--
ne. Mais les chofes font bien au-
trement, car nous auons Moyfc^,
tJEs Philosophes. 5/
& les Prophètes, &c la voix qui
crie aa delert, qui annoncent la
parole de Dieu^ Ôc fa volonté^ &c
préparent la voye , de laquelle
nous* foyons cftimez dignes en
ce grand lour de noftre mort, Se
vniuerfel iugement 5 quand tou-
tes les allions des hommes feront
examinez félon la reigîe du liurc
de vie , & !e tefmoignag;e de l'ef-
prit, &c la fentence fera donnée
contre toute chair viuanre , car à
lors les Infidèles verront celuy, du-
quel Ils ont perce le collé, quand
ils ne lont voulu vo^r inuliiblc^
ment en efpric, & par foy, s'ils
n ont mis les doigts aux playesa
. luy faites par !es Lufs , confideranc
^pluftoll: les chofes qui conuiea-
nentà la nature de<:e monde, que
celles qui font attribuées au Roy
Celcfte
jt A Z O t H
Adolphe.
il me fembioit certainement
entendre la predicatlôh de quel-
que pafteur , bien que ie ne puis
nier que ces chofes fpirituelles
me font à charge, & quil n'eft
pas permis ordonner les actions
de ma vie félon celle reigle, mais
paraduenture & aucunes -fois on
fe plaift d'auoir appris ôc parfaiéfe
ces chofes. Cependant toutesfoîs
îe m*esforceray faire toutes ces
chofes diligemment , & autant
quil me fera poflible, & que les
forces de noftre imbecilite hu-
maine le permettront^ & d'autant
que vous auez fait mention du
threfor de ce monde i ay grand
defir de fçauoir de vous qui cft
ce threfor m-ondain jcar il me fen-
ble f auoir il y à Tong- temps con-
gneu, & qu'il n*y en ait autre quei
les
DÈS Philosophes. Jj
lesbiensôcricheflesde ce mon-
de , que s'il y en à vn autre con-
traire a mon opinion ie fouliaî--
te grandement en fçauoir dcvous
la defcription & entière cognoif-
fance.
Le V^ieilUrâ.
Sçauoîr fi i eftime que tu de-
flre la cognoiiTance entière de
Ce ; quand tout le monde bruflc
• de le fçauoir; Mais ayes cela pour
aiTeuré, que ce trefor eft l'éflence
fpirituelle & plaine de vertu non!
feulement abondante en richcf-
fes mais aufli en fience de méde-
cine; &certesd vn telbreuuage
médicinal , par lequel les hom-
mes font deliurez de maladies in-
fuportables par la faueur & grâ-
ce diuine ; Aufquelles maladies
mefmc vn autre médecin ne
peut donner foulagement. Or ce
a
3^ A 2 O T Ht
myftere furpafle de beaucoup
toute l'excellence de l'or & de
rargcntj&efguillonnela raifon
humame^& elt plein de myltcres
qui femblent aux autres incroya-
bles : de toutes ces chofes vous
pouuez lire lareuelatiôHermetî-
que deTheofrafte/ie ne vo^vcux
pas dire maintenant quel il cft^
car ce miftere eft vn fecret caché
dés le commencement du mon-
de, iufques icy > & eft telle la vo-
lonté de Dieu, & ne vous reuo-
Icr^y plus amplement ce fceau
de Nature, à la façon des anciens
Philofophes ; &: Tes fecrets font
afTczappertemcnt &: au longdc-^ |
clarez par les authcurs, mais par
prouidcnce diuine il a cfté con- .^
cédé que ce myftere foit rcucle I
aux pieux & deuots fedtateurs de
ceft arc , car des le commence-
DES Philosophes ^/
ment il cognolft toutes les cho-^
fes futures , &c telle eft la prouU
déce diuine , aux pieds de laqueU
le les hommes doiuent ietter les
faifleaux d'oro;ueiK
Adol^hco
Encore que vous vous fôyèi
efforce iufques îcy de cacher cc^
choies par vne couuerture pur$
fpirituelle, toute-fois cognoiflez
êcentédezinaintenât ce que vous
voulez inférer de là, car ce mifté-
re etVla vérité & la pierre des
Philofophes mentionnée en léiirs
efcrits, compofée de la première
matieretfçauoir eft^deSel^Sôufre
& Mercure. Tous les liures font
mention de cefte pierre Philofo-
phique &c tous les iours ont efté
mis en lumière plufieurs écrits ^5e:
mefmes ay cogneu quelques vns
dui addonnez à ceft art , & m'^tt
Ci)
se A20TH.
ont confcré,&:ont accouftumé de
môftrcr des efcrits, lefqucls moy
mcfmeay changez en quelques
lieux. Et encore qu'à la vérité ils
foient roigneufenient&artificîel .
lement trauailiez y toutefois font
corrôpus^&malicieufemét chan-
gez d'iceux Délàllmprimeur &:
le vulgaire, i^rnorant, le font tro-
pez& le guain eft pour et feul
rapetâceur , d'où le rccognoîs vn
grand fcandale. Outre ces chofes
BOUS ne voyons d aucuns la fin &c
Veffctt de l'arc. Et les artillcs font
femblables au rare & noir Cîgne,
qui ont trouué fon vray vlage,
aujGfj qu*à plufieursés efcolesles
préceptes de l'art fonttenuspour
fable^ôc fornettes:» ce que i'ay en-
tendu des plus docleS;» qui difpu-
tzi auec les artiftes, les ont appel-
iez rapperaifeurs, impofteurs , &c
raipudens^ à caufe du peu de cer-
Des Philosophes 5/
ticude &de côllance qu ils ont en
leur art, &c iamais ie ne croîray
que CCS excradteurs de lart puif-
fent produire de l'or &c de l'argéc
des autres métaux inférieurs^ ou
bié ie penfe qu ils les font» ou par
la vertu diuine, ou par enchantc-
mens , ou par le myftere des dé-
mons , principalem.cnt quad i'ay
entendu que plufieurs eftoient
foupçonnez, nô fans caufe, auoîr
familiarité auec les démons. Mais
ie defîre entendre devons ( home
vénérable ; plus foîgneufement,a
caufe que ievoy quevQUs en aues
la certitude jbîé quevous refufiez
de me reueler les mifteres orînci-
paux de l'art : Mais ordonnez de
cet art , & donnez plus faîn iugc-
ment de la transformation des fc-
crcts de nature , fç^uoîr fi ce don
cft concédé aux hommes de
Piçu^ trcs-hon^& très grand; c^x
X
jSi  Z O T H
quand l'y penfe ; ie luis grande
Rient eftonné quand principal-
lenientil me fouuient auolr leu
quelques chofes fur ce fubie6t,&
mç fcmbloit moins pouuoir en-
tendre leur fens, & que les trom-
peurs de l'art ont acoutlumé dV-
fer de manière de parler, caché <Sc
différant des autres , de là procè-
dent les defpences yaines de taiiL
d'anées^de fraîs& de labeurs îm-
mefes, qu'il n'eft loifible de crie
que Tefperance eftdutoutdou-
teufç incertaine & tfompeufo
qui nourrit les enfans de Tarr,
prîncipallement quand le vray
çffedtdeceftartiVellveu en au--
cane part. Le Vieillard,
Mais, ô amy , îe vous monftre-
ray ia fin & le vray effed de cell^
art.affin que vous fçachiez la cer-
titude d'iceluy, & que ie la polTe-
^c Yrayement, mais que cela faiç
DES Philosophes. 5^
ék de lapierre^&vous perfuadez
que i ay vrayccognoillancc de la
racine de cell arbre ^ enfemblc
auec les chofes neceiTaires à ccft
çftude, laquelle racine toutesfoîs
eft încogneuë de tous les autres,
& du vulgaire. Ne vous laflez pas
quand vous verrez que ic feray
plus long que de couftumc quâd
ie difputeray de ces chofes:car la
raifon de ceft art le requîert,&le§
chofes principalles prcnaicrcs &
excellentes doiuent procéder en
après les terreftres. Or îe repon-
dray cy après auec plus de lon-
gueur &c auec queftions que vous
m'auez propofées demonllreray
éuidemment auolr dit chofes
vrayes. Aàol^he.
le defireroîs dcuât toutes cho-
fes fçauoir l'a raifo pour laquelle
nous nç cosîioiffons aucuns ar -^
4P A Z O T H.
tiftcs qui ait acquis la perfection,
&:fçacheexaâ:cmcntjatranfmu- !
cation des métaux ^ au contraire
cet an eftmefprire des plusdo-
â:es, qui toutefois àbon droit eri
deburoient îiuoîr l'entière co-
gnotfîancc , quand principalle-
ment iln'eft fans frui£t & vtilité, |
bien que le n aye entëdu y ny veu
enaucuniieu, aucun qui ait ac-
quis par ce moyé les richeffes de
Crefus. Et encores veu que vous
vous attribuez la cognoilTace de
cet art ^ vous eftes pauuremët vc-
ftuenHermite! Maisfii'auois la
cognoiflance de la procédure de
cet art excellentôc porte richefle,
ramafferois de grands trefors, &-
les rîchcires du monde, & achep-
terois des eftats & dignîtezfigra-
ocs.que les pluspuiiTans Roysda
monde s en efpouaantercisnt, èc
DE3 Philosophes, ^r
en auroient enuîe, car les artîftes
faux en promettéc de mcfme aux
autres, tputesfois ic délire enten-
dre voftre opinion de ces chofcs.
Le y leiliarà.
Il femble que voftre opînio foît
fcmblable à celle duvulo-aîrede
ce monde , & de tous les fols qui
cherchée auec foin les trefors des
rîcheffes corruptibles, 6c les alle-
chemens des volupter, rintentio
des philofophes & leur aduis eft
blé aucre^car ceux ne font dignes
du no de philofophes, qui cour et
après telles folies, mais ceux qui
s'adonnent foigneufemét à la co-
gnolifance entière des myftercs
diuins , & employent leur eftude
& labeur au feruice de Dieu, très
bon & tres-grandj chaflans d'eux
la vanterie, l'ambition , ôcle foin
d'amaffer dcsrichcfles tcrreftres,
encore que neceffaircs , & que
4- A Z O T H
Dieu nous les eflargiffe mîfcrî^
cordleufcmcntpour cette vie, les
çftudesdccefecret font bien au-
tres, Pintentlon eftbien différen-
te qui s'occupe en la feule acqui-
fitîoa laborieufe de l'argent &
rîchefTes, & au fuperbe faftdes
dîgnitez en haine defquels les
Pliilofophes ont de couftume
voiler ces myfteres de Tare , de
peur d*encourir la violacé, &:op-
preffion de la famille de Nem-
broc. Et ett mefme raifon pour-
quoy ces fecrets font cachez iccs
bafteleurs, & joueurs de paiTe-
palTe , car ils'enfuiuroit en la pu-,
blicarion de ce myfterç vne gra-
de confufion & trouble de cha-
que ordre de ce monde, veu quq^
toutesfois la dillUiitioa des or-
dres a efte eftablie de Dieu ^ &
qu'elle foiç çrcs-necçlTairc pour
D ES PHILOSOPHES, -^|
entretenir les hommes en paix
(?s:concorc}e:carDieutres-bon&
cres -grand a tellement efpars cç-
rtc dillin£tion d ordres &c degrez
entre les humains, que les vns
ferulroientaux autreSj&les çon-
ferueroit en paix iufques à ce
qu'ils fuflent conjoints les vns
des autres , tout ainfi que le Phi-
lolophe Artiile fepare Tvn de-
î'autre ; Tame.le corps, & rcfprît,
&les conjoints femblablemenc.
Or cefte diuinc fepatîon de
Dieu trcS'bon& très-grand, ne
doit eftrc faite d'aucun y s il n a le
commandement du Verbe de
Dieu, de reprimer les mefchants,
pource que feul il eft rvniqueve-
rité& iutVice , &: ce qui eft hors
cela j ce n eft que blafpheme &ç
abomination deuant Dieu. Car
de li le Magiftrat qui çicnt la pla-
44 A Z O T H
çcdcDieu^a pris entière puîffan^
ce diuîne^ aufli fera !a punidon&
vengeance de la loy contre celuy
qui refpand le fang humain con-
tre ce precepte^carDîeu n'accep-
te perfonne. Or ceftc feparatîon
diuîne eft aucc diligéce confide-
rable^ôc en grande cftîmc. Mais
îl femble que ces chofes foîent
dittes hors de propos^qui toutes-
fois apportent grand profEt &
ytilité au genre humain, & pouir
çefte caufe il m*a femble bon Tad-
joufter, & a la vérité au liurcd E-
sechiel le Prophète, il eftfaiét
mention de quatre vêts, qui fouf-
flerentles os morts y qui cftoîent
enuironncz de chair par iceluy,&;
làmefmceftparlédel'efprit, qui
a détenu ces ofTemençs, meCmc-
mentde la diflipation & retour
des vents. Nous voyons aufîi en
DES Philosophes 4|
Tagonie de la mort toutes les
parties des hommes cftrc fepa-
reeslVridc l'autre, car alors les
quatre elèmens J'efprît^&l'Ame^
lefquels font manîfeftez du nom
d'etprlt , font de {partis , & fc fe-
parent Tvn de Tautre : En leur
lieu , Teau & la terre élémentai-
re font conjoinrs y &c vn autre ait
aufïî & feujfont crpaiffisX'e'fprÎE
aftral de la vie, l'homme interné
& inuifible, retourne au Ciel,
& eft efleué fur les éléments, Ta-
me va aufeîn d Abraham, fui-
uant les promefles de Dieu, &
repofe fur Tautel , iufques a la
confommation du monde , ôc
que toutes chofes foient ac-
complies. Nous voyons aufïî
comme la terre nous four-
nît de viandes iournalieresy
dans lefquelies eft caché cet
^6 A Z O T H
efprît des Elcmcns , comme la
nourriture, & aufli celell:c eflen-
ce y en pareille raiton nous auons
aufli la nourriture de Teau êc du
feU:» par lequel nous conferucros
le tempérament du corps terre-
lire, lequel contiét le feu & Veau
fpirituelle, pour reforcer Tefpric
intérieur. Car comme la terre a
ces deux cliofes en foy , pareille-
ment le Ciel , qui elîdit quinte
eiïencc, car il eftbien plus noble
que les elemens , &c eft la viande
de refprit ; comme le Verbe de
DJeueit la nourriture desames^
& eft fait corps , afEn de dôner la
béatitude celefte au corps , àl'a-
me , &c à Vefprit y encore qu'il ne
foit viande & nourriture corpo-
relle , mais le lien & fceau de la
promefle, & du liure de la vie,ca
tefnioignage de la vérité , à caufiS
DES Philosophes, ^f
de noftre foy petite , & de la co-
gnoifTancc foible de la diuinitc,
tant Dieu siyme grandement les
chofes naturelles & rpirituelles,
& veut que toute fa créature foit
en riiomme , & en la conjonftio
dcIefus-Chrift^par lequel les pe*
chez font pardonnez. Car com-
me le Verbe diuin eft le principe
de toutes chofes , pareillement
aufli eft le ptincipe de l'image de
Dieu.car pour cfcouter le Verbe
de Dieu: de cette fleur du Sain^t
Efprit commence la foy.de la fc-
mence de cette fleur naift vn ar-
bre des bonnes œuures, encore
que les bonnes ceuures, ne méri-
tent le falut éternel ^ mais la foy
au verbe de Dieu, ce que nousdi-
fonsimpoffible. Enfemblé cftrc
foldeuanc noftre face, ce verbe
eft vn amour magnétique parle-
48 A z OT H
quel il nous attire àluy aucc les
bons ôc ne peut cftre fepare de
perfone^nY a pareil amour Aftral
magnétique, ôcla nature tcrre-
ftre l efquelles chofes on doit c6-
fiderer auec la balance tres-exa-
étementjcomme eft grandement
à confiderer en la cognoiflance
de nature , ce que l'homme inté-
rieur fait en la nature, lequel ho-
me interleur eft inuifible &c celé-
ftè, mais Pam,c eft fupei;naturcllc
éc fuperceiefte^^defquêlles chofes
nous ne fçauons rien que ce qui
nous aeftereuelédc Dieu. Or la
nature propofe les efprits natu-
rels , encore qu'ils foient grands,
& ont !e foind^vne confideratioa
fecrecre, & l'homme corporel ne
peut entendre les chofes fpiri-
tucîles fii'efprlt de vérité ne luy
ércoit releué par le Roy des ef-
prits^
DES PHltOSO^HES. 4p:
prîts , & le Saind: Efprît, par icc-
îuy tous les arts , la fapicnce èc la
fcîencc font examincz^ceft cfprit
excite aux Chreftîens vn feu fu-
percelertiel d amour^ &c vnefprîc
magnétique de fapience, Se nous
enflamme &c nous laue de pure
eauë, &t nous rend nets, afEn que
nous fafïîons pénitence pour nos
péchez, Se que ne mourions tous
les iours en noz offences / d ou
vient le récit fréquent de l'eauë
& du feu.du fang Se dé Tcfprit dé
Teauë , qui eft celuy qui donné la
vie , car noftre péché eft de cou-
leur fanguine , Se la recompcnfe
du péché la mort noire , la croix
& Tafflidion , mais des deuots Se
pieux la robe blanche Se là cou-
ronne de gloire. Ceschofesam-
plément dictes fuffifcnt maîrite-
mnt : vénôiis à rexplication des
0
fO A Z O T H
(^ucftions de vous propofees^
lefc|uellcs ievousdkay par ordre,
&c nionftreray ia certitude de
cell: art par la chcfemcine , en
telle forte que vous n'en pouicz
douter. Or quand à ce qui ap-
parcient à l'autre objet par le-
quel vous tenez que plufîeurs
dodles ont vne cognoiiïance fore
petite de ceft art, fcachez que
ceft la volonté de Dieu^, & que
cela eft faiâ: pour quelque cofifi-
deraiioa & certain profEt , car
Dieu leprouue toute fuperbe &
anabîtîon & donne ce trefor aux
humbles & panures & non pas
aux grands Se aux cnfans de ce
monde ^ lequel trefor Thommc
doit mettre à charge félon la loy
du Seigneur pour fon honneur
êc gloire, & pour foulagcr les
panures^ de peur que plains d*©i-
DES Philosoi^hes. fi
fiuecé ne delaliïlons lacbarge de
noilrevie.mais que nous fallions
les œuures de rïoftre vocatiort
fuyuant la volonté de Dieu. Que
ifi ce trcfor fe donnok a tous;
1 qu elle confufion ( îe vous prie)
iferoît ce entre les mortels : Et
1 ne voy pas par quelle raifon fe
lipouroit verifierle dire de Sirac:
ilMon fils , (î tu veux plaire & fer-
luir à Dieu préparé toy au iour de
^ Tafflidion ? ce qui eft dit vérita-
blement de la pauureté^ diferte
& imbecilité humaine y comme
vous pourez facilemét conîeâru-
rer de vous mefme , & n'eft auffi
baillé aux hommes dVfer de ce
threfor comme bô leur femble,
car la nature de lliomme eft ma-
litieufe & deprauée. Or ne reuC"
lez ce fecret à perfonnc y&: ne le
dôncz a Vame tuperbe auarîcièa-
£> i) ^
ji A z o t ri
fe & ambitieufe , car c'eft l'huit-
neur &c la feule gloire de Dieu,
maïs fais ainfijfi la fortune te fa-
uorifc^garde-toy de t*enorgueîl-
lir^ û elle tourne garde-toy dé
fuccomber^ car Dieu eft Tarbitrë
de Tvne ôc Tautre fortune , & les
modère comme il luy plaift ^ &
n etl moindre vertu deuâc la fcî-
ence acquife y la rechercher auec
foin que la tenir fecrcttc quand
on la fçait , car fi vous Tauiez re-
uelee autrement qu'il n'eft per-
mis y cei\ art très- grand percld
nom & dignité d'art^De là vn cer-
tain Phllofophe dit. Gâche ceft
œavvc deuant les yeux , de tous,
comme laoarolc en talangue , &
le feu en :es yeux^ mefmc ne difr
puce entoy mefme de ceft œu-
ure , que le vct ne porte les paroï-
Us à vn autre^lefquelles t'aportéj
DES Philosophes, /j
roîenc de rincommodité.Ic vou$
ay fideleméc aduerty de ces cho-
Te^ceft à vous d*y prendre garde,
afîînque vousne foyez tourmen-
te de corps Se d'anie. Or Tabus de
CCS dons tres-excellens de Dieu^
eft tref-grâd^ lefqucls Dieu don-
ne de fa propre grâce Se libérali-
té, aufli elVce vne grande îgno-
mîme &c lafchete de ces dos Phi-
lofophîques foycnt reiettez &
foulez aux pîeds,& que les fcîen-
ces foycnt gaftez mefchamment
des îgnorans.pour laquelle igno-
minie aufli ils ne pourront vok
cette lumière. Or le crime d'aua-
rice & de luxure, a tellemét creu
4s cœurs des enfans de ce mode,
quelaFoy Se la luftice n'eft pas
gardée à leurs domcftiques , &
tous droits font fubuertis.Ie vous
en reciterayvn exéplejequel i'ay;
/4 A 2 O T H.
yeu de mes yeux , Il demeure t\%
certaine ville vn homme tixi- ri-
che & regorgeant de biens , perc
de plufieurs enfans auare, chiche
&ne fe fait pas du bien à foy-mel^
me â caufc de lauarice , il amaf-
foît de grands trelors à fesenfans,
lefquels nourris par la mère en
toute abondance de chofes^afleu-
rcz des richeiTesde leur pere,paf-
fanc le temps en oyfiueté, luxure
& des-bauche y &c comme ils-
croiiloyenc en aage , aufli leur '
mefchanceté &c vie multipUoit &c ^
comme le père fuft decede 3 tous
les iours defpençant prodigalle-
ment en felVms & banquets leurs
biens paçerncls, plongez dans les
yicqs & mefchancetezj attendoy- ^
ent^uifenfez qu'ils eftoyent^laç-
çroîiTementdes richelTes ( com-
TAQ il auo.it elté auparauant fait j
DES Philosophes, /i
mais en vain; fcntant deiour en
iour la diminurion de leur bien
6c richefles reduîcs en grande
pauurcre, ne lailToienc de com-
mectre de grandes mefcban-
cetez; expofez au des-honneur
èc à rignomînic , le refte de leur
vie. Or toutes ces chofes ont efté
la caufe qu'ils ont eftémalinft-
ruids y bien que premleremét ils
culTent efté enfeignez en la co-
gnoiiTance des meurs&des fcî en-
ces. Car en ce reluit la volo nté
de Dieu , qui veut que les ordres
& degrez des hommes foient di-
ftînds & fcparez, & que les vns
feruentles autres: Aufïl tous les
hommes en leur vocation & or-
dre font ferfs &: merccnaîres:Car
noftre Sauueur Se Seigneur luy^
tnefme à fait des œuures feruiless
§c ^laué les pieds dé f es difciples^
S& Â Z p T H
maïs rhonncur des vns eft mom-. |
dre; des autres plus grand^&nous 1
fommes comme ilplaift à Dieu
nous benîr. D'où la reigleaeftq
ordonnée du père de familleDieu
très bon & très-grand , en la ma-
niere quetulcruiras en ta voca-
tion \ demefme ic te recompen-
leray. OrDicuenvnîourdiftrî-
buc tellement les grands trefors
(des richefTcs^qu'ils femblcnt fur-
pafTer de beaucoup les richefles
des plus puîiTans Rois , & toute-
fois fçs trefors ne diminuétpoint^
mais au contraire, tant plus il au-
ra donne \ tant plus il abonde ^ &
ceft pourquoy Dieu doit eftre
aymé deuant toutes çhofes & fur
toutes chofes. Nous voyons ar-
iriuer fort fouuent des humaines
richeflfes que celuy qui amaffe
à^^ bieqs par auariçe , mourant
DESPlîlLOSOPHEç. J7
laifle vn fuccelTeur libéral prodi-
crue y fuyuant le dire des dcdlcs :
Que les richefles adiouftent des
cornes au pauure, & précipitée le
plus fouuenc celuy qui les pofle-
de ça extrême malheur , & aux
tourments éternels de Penfer.
Car fi quelqu vn a eu en abon-
dance les biens & riche (Tes de ce
pionde^a grand peine fe foucie il
de la vraye fante , & ne penfe à la
paix celefte, &c ne s'elludie par li-
béralité d'aider les pauures , au
contraire met toute ui diligence
& tout fon foin pour faire amas
de grandes richefles, & cependac
oublieDieu^ôd les ceuures de pie-
té. Or les leunes hommes font
en grand danger en ces allcche-
mensdu nK)nde, encore que la
prudéce fupplee au deffaut quel-
quefois de Taage , mais les pieux
5^ Â Z O T H
font contraints de boire le caîica
des afflîdions.les mefchans eltas
referuezaux peines d'enfer. Mais
ce qui cft plus à déplorer c'eft
que chacun le mocque &c fc rie
de ces chofes , & que tous les en-
fans de ce fieclc ne trauaillent
qu'à laiifer des richefles &c des
honneurs aleurs enfans fans con-]
fcience , qui leur raconte fans
mocquerie au il faut chercher
deuant toutes chofes la fapîencc
diuinc ,fans laquelle rien ncpeuc
fubfifter en ce monde, d'où vient
que le ver delaconfciéceronge
les cœurs des miferables de di-
uerfes tentations en lagonie de
lamort: car les hommes n'ont ac-
coaftume de chercher le falut de
leur ame en vraye Se parlaidlê
huriiilité.
DES Philosophes, j^
Il lemble que les chofesque
vous venez de dire foîent con-
traires entleremenr au but au-
quel vous prétendez, bien queîe
j ccognoitle que ce que vous aués
die foiten ma faueur : toutefois
adioultés dili2;eniment le refte,
car l'en actens la finbien attentif.
Cependant i'ay deUr defçauoir,
comment ce fait que ceft art &
les miileres des Philofophes ne
font reuelez auffi aux autres , &c
qu'ils ne les cognoiiïent, veu que
nous voyons tous les autres arts
fouuent eftre fçeus du peuple,
&c quelquefois en y penfant exa-
ctement i'entrc en grand foub-
fon fçauolr ii cella etl vray.
Le VietlUrcL
Vous auez entendu par cy de-
uant qu il a efté impofé filence
aux enfans deTart^ affin que cefte
ép A Z O T H
fcicncc fut tenue cachée à caufe
de la puifTance des tyrans de ce
rnôde^ & des mefchancerez des
paillards fuperbes, des vfuriers,
des luxurieux & des autres fce-
lerafts. Car tous les Pbilofophes
cachée lavraye cognoiflance de
cette fcience aucc grand artifice,
d'autant que aucuns ayant acquis
la poiïeirio de cette diuine (cien-
ce, en ont mal vfé, ont perdu fon
vfage&peruerty les commodi-
tçz, aucuns ayant efté vexez par
vne lï^ort fafcheufe , & les autres
eftans preuenusde la mort. Or il
cft befoin que l'auditeur & le
poffeffeur de ceft art foit hum-
ble, pie îx, taciturne, &deb6naî-
re.Quâd Dieu donc vous aura ef-
largy la fcicncc & polTeffion de
ceft art y gouuernez - vous en,
cette forte.ôç ne râliez vendre ça
DÉS Philosophes 6i
ôc là , maispluftoft employés vo^^
à foigneufcmcnc & auec grande
dilîgécé àla cognoiffance plus fc-
cretce des chofes, & auec œuures
de voftre vocation,& fais du bien
à ton prochain & a ton ènnemy,
caria loydu Chfiftîanifme nous
oblige à cela : îl faut aufli refifter
de toutes nos forces aux enne-
mis de la foy 5 & foîgneufcsnent
s'efforcer en cela.afîn que les au-
tres préparez à louer Dieu , ils
chantent auec nous fa mifericor-
de , mais à caufe de l'ingratitude
plufieurs chofes font cachées 3 &c
rignorance engendre beaucoup
de maux , la fciénce au contraire
augmence les biens, &: eft le rayo
de la lumière, Il y en à plnfieurs
qui s^effor^ent &r employent à la
recherche de ceft arr ^ mais ils ne
s'cftudiét aux vertus neceffaires^
6z A Z O T R,
Se principalement a le tenir fe-^
cret. Ils tombent en vne mefme
infortune que ce Phaiftô duquel
parle Ouîde, lequel ne fçeut cô-
duire le chariot de Phœbus Ion
pere^ auffi conulent auec grand
foin garder ce threfor. Que fi
rhomme aconfideré feullcmenc
les paraboles et les mitleres, qu'il
penfe etlre abondamment fatîs-
faît:, quand il voit en la nature lé
fçeau et image de la diuine bon-
té eftre imprimée, car !a nature
parfait toutes chofes diligem-
mët y&c certes plus partaiteméc
que l'homme mefme , qui toute-
fois eft la tres-nob!e créature &
plus proche de Dieu , raifonnaï-
bîe & aymée de Dieu , d'où pa-
roift l'excellence de ï homme fur
toutes autres créatures ,&: pour
eefte caufe Dieutres-bon &c très-
Des Philosophes 6^
grand luy a au ffi propcfe les pré-
ceptes Se la vie éternelle,
Adolphe.
le conf efle à la vérité qu'il faut
îey confiderer de grandes chofes,
i'attends toutefois bricfuemenc
voftre opinion des paraboles,
prîncipalîement quand vous a-
uezdit fouuent qu il les conue-
noitbien efplucher.
Le V^ieillard.
Mais pour n^ieux dire il les
conuient confiderer deuant tou-
tes autres chofes, ôcpourcc l'en
ay fait mention telle que i*ay laif-
feprefque les autres chofes fans
en parler^refquclles font infinies
& no pas neceflaires.Car qui a eu
cognoîffance de celle œuurc , il
cognolft par foy- mefme qu il ne
faut donner occafion aux opini-
ons errantes , car ces mocqueurs
(4 A z o T H
s'efforcent quelques fois vendre
ces chofes au {impie peuple
foubs le facré nom de la bible,
lequel a de couftumc les prendre
a grandes brafTécs , cîufli eft-ce
chofe impie & vn blafplicme de
parangonner autre œuure a la
diuine puiffance , car le verbe de
Dîeuell refchelle de lacob; Et
Îeius-Chrift cft feul médiateur
& la reigle^par lequel toutes cho-
fes font miles au îiure de vie , en
mefmc raifon nous voyons en
noftre œuure naturel ^ la vie & la
niorcjla refuredîonSc la création
de tout le monde, les nombres^la'
mcfure & le poids, l'accroilTe-
ment , les forces &c efficace des
Éftoîlles & des Elément, en pre-
mier lieu du Soleil & de la Lune ,
car par le Soleil la vie defcend
félon ce qu'il plaift à Dieu , &c
poùif
DES PHlLOSOPHES.lfj;
pour cette caufc eft comparée
nu Soleil ^ &: àppellée de fori
nom , car touc aînfi qu'il eft
en haut :, ainfi il eft en bas ^ par
lequel les merueilles font acco-
plies. AulTi le Soleil purpurin,
rouge & doré^ell malle & femel-
le, & feruiteur de tout Tymuers:
contenant en foy les rîcheflesv-
nîuerfellcs. 11 eft befoin noter
deux chofes encecy^come d*vnc
chofe& de deux^ car Dieu trcs-
bôn & très grand^à crée quelque
chofc de rien, Or ccfte chofe e-
ftoit vne chofe de laquelle tou-
tes les chofes tant celeftes que
terréftres sot produites , car Dieu
a dit y foit fait , & il eftbit. Quand"
doc toutes chofes ont eftc crées
par fon verbe, & après îceluye-
ftoic la nature vniuerfelle feparée
de lachôfe tSc bôrind en fon ef^
E
66 A Z O T H
fence cftoic après Dieu ^ & cftok
fonbonplaifir, car il eftoîcrres-
bon , mais il s'cftoit retiré quel-
que chofe foudain de luy , & n a-
uoir duré iufques au temps du j
grand monde , & à caufe de ce, il
ertoit requis vne autre chofe^car ij
par vne chofe il ne pouuoit du- i
rer , comme 11 aiioit efté fait dés
le commancement à caufe de la
créature la plus débile ^ laq[uellc
Dieu dcfiroir enfemble.ôc difoît^
croiffez & multipliez ^ alors on
mukiplioit tellement ;, que rien
ne pef ifToit a la fin du fieclc ^ cat
c'eftoit la bcncdiâiion du Sei-
gneur ;, laquelle par fon verbe il
départit à Vhôvnc, &: toutes cho-^
fesfonc paracheuées iufques à la
fin par très-grande oberiTancc^ &
font conduites par le Saind; Et
pic > de m^sfme en eft-il à Ada^&s
DES PHlLoiOPHES 0
à Eue , au malle & à la femelle. Il
faut obfcruer icy comment k
creatîonfe parfai£tparrvn,&pat
rautrej'augmentation^multiplï^'
Cation, & conferuation , & par lé
troifiefme radminiftrationj^com-^
me par refprît , ces chofes doiuéc
eftre examinées diligemment.
Louange & honneur à Dieu eil
Trinité. En outre Dieu comman-
Idoit & dcftendoità l'homme in-
continent quand à Teflence ; Se
luy aflujettiffoit tout fans aucun
défaut , &luy donnoitpuilTance
de manger de tousles fruidtsdu
Paradis, excepté le fcul arbre de
fçîencc^dubié &: du mal, le fruift
duquel luy auoît et^é deftenda ^
parauanture à caufe 4e la malice
du Diable à la volonté duquel fi-
nablement il fc foubmie pat
h def-obeïfTancei car il faut ce'-
I
6i ÂZOTH
gnoîftre feallement le bic^i, êi.
fuir le mal ^ par lequel le chemin
eft donne à l'cnnemy , car Dieu
crt feul Seigneur qui conduit & ;
adminiftre toutes cbôfes j &c les
créatures luy font toutes fujectes;
le commandement à introduiclc ,
péché quand les hommes ne s'en |
prenoieittpas garde^parl inftind: ;
& fçauoir du Diabie, & de fa
propre voîcnté ; car le premier
pechc cftoit le blafpheme & TI- ,
doîatrie ^ obrcurciflant par igno-
rance toute fcience^mais pour di- ,
re mieux, conuertifnint en fcîen-,
ce , en cognoiiTancô du mal , iuf-l
ques à maintenant , &c en tous
vices, mefchancetés & arts du
Diable , aufquels on renonce
au Sacrement du Baptefme > fça*
Èoîr en la régénération &c feno*
ùatlon de noUre vie :, aunouueau
i TfES PHiLOSOHPESr é^
Adam, comme au bois de vie, quî
a efté ofté à nos parens au Para-
dis terreftre de la vie cerreftrc,
toucesfois promis cnlafemencc
d vne femme , Chrift qui eft
■l'arbre de vie &c fpirltuelle & cor-
porelle , par lequel non feule-
ment Pâme reçoit lavie^^mais auf-
file corps. Car tout ainfî qu'A-
'dam chafle du Paradis ertoit en-
uoycau monde, iardinde ténè-
bres & d' afflictions, pour la mor-
tification du fangôç de la chair j
de mefme (i nous entendons la
manne, c'eft à dire le pain cele-
fte, le verbe de Dieu ,& que nous
viuions félon ^escomandemens,
& que nous croyons le verbe le-
quel a efté fait chair , par iceluy
nous reprendrons la vie,&fcrons
tranfportez de la maifon d'igno-
rance au Paradis celeftc , & cooi-
5q a z o t h
me la mort emportok & rauifr»! \i
Toit Adam 5 aind elle nous con-
traint de demeurer bon g-vé mal
gré par le feul verbe de Dieu, le-
lus-Chrift , duquel toutes chofes
font :, car nous mourons auvicit
Adam :, & nous refufciterons cq
lefus-Chrift nouucau Adam , co-
rne il nousa précédez, ceft pour-
quoy il eft Tarbre de vie duquel
nous deuos magerbânis en cefte
maifon d'affliâ:ions,&à la vérité,
corne ai] premier Àdâ a efté deP-
fendu le f rui6t du Paradis par vr^ ïi
certain moyen , aufli pareilleméc o'
çftimons n'y auoir autre règle , S
commandement , ou voye ^ ni a | !
droit nv a gauche outre le verbe
'^/fi^o^/^v^tû^àc Dieu 3 compris au Hure de vicjj
lequel fermé de fepc féaux lefus-
Ghriftaouuerc. Mais (i nous dé-
lirons cognoiftre chofes plus
grandes ^ oc manger du fruiôt d^
D E s P H l L O s O P H E s. yt
\ nrbre de fcience du bien & du
mal , Ton dira que nous vou-
lons feruir à deux malftrcs ,
c'eft à dire , à Dieu & au Dia-
ble , prenant le menfonge pour
laverire ^ &:reprouuant la vérité
comme menfonge :, auflî nous
receuons recompence digne de
nos oeuures , & a elle fait que nos
premiers parens ont efté chaffez
de la prefcnce de Dieu viuant:
car Dieu n'eft pas femblable à
l'homme , mais les hommes ont
elle faids à fon image , afin qu'ils
obeïflent à fes commandemens^
& qu'ils n'y diminuent ni adiou-
ftent : quand nous font propo-
féeslafapîencc& la fcience qui
nous font concédées en viande^
du verbe Diuin, duquel l'homme
vit , £nc font tirées du liure de vie
jardin fpiritud. Car toute chofç
?% Â Z O T H
bône cft dlceluy, & par îceliiy
toutes chofcs font faites^lerquel-
les il elVpcrmîs comprendre des
yeux & des mains , carltt-vifiblc
ell:faî£l de rinuifiblc , de mefme
la foy prend fon commécement
de Touye de laFov, les bonnes
^ œuurçs c eft à dire de Tinuifible
levi{ible,& du verbe le Chre-
ftiened engendre. Or les chofes
font telles afin que l'homme de
mefme raifonagifle & operc^no
pas qull fe forn^e des queftions
oifeufes ■& fyiuolcs de la tou-
te puîfTance dîuîne ^ car c'eft le
vouloir de Dîeu,& la toute - puif--
fance qui a auffi baille à Thom-
me fçmblable patron &: exem-
ple /mais Thomas incrédule ne ^
pouuqit paruenir à cela , quand il •
cognoîfloit feulement la nature
humaine & la fcience , & le Ciel
Des PHILOSOPHES, 75
elcmencaire inférieur. Se en pre-
mier lieu les chofes intérieures
comme l'eau & la terre , qui tou-
tesfois soc réceptacles &c prifons
de la mort . Or celle Philofophîc
eft reprouuee de S. Paul, en la-
quelle ilny a nulle perfection,
car la feule Philofophie celefte
ertconfommee par la foy , efpc-
rance & charité. En ce lieu il eft
à noter y que comme toutes cho-
fes font conferuees par le verbe
de Dieu, & que nous deuos croi-
re à la parole quieftforde delà
bouche deDieu,aînfi lefus Chrift
a déféré cet honneur à fon Père ,
que rien n'eft acquis fans foy ,
mais la plus grande partie des
hommes ne croyçt les chofes lef-
quelles ils ne voyent ^&c ne confî-
derent que Dieu lePere,DieuIe
Fils 5 & Dieu le S.Efpritnepeut
74- Â Z O T H
cdrc veu de nos yeux chargez de
péché y comme auiTi les rayons
de s6 vifage qui furpafTe de beau-
coup en fplendeur le Soleil ; Les
hommes n'ont peu voir à caufe
de la nature pechereiTe , quand il
çftoît auec eux en forme vifible \
&lors qu'il eftoit enccmonde,
encore quelefus-Chrîft nous af-
filie corporellcment & foie à la
dextredeDleu, c'eftàdire en la
facrée fainde purîté &Deîté,c6-
nie il a accompli la volonté de
fon Père &ell: allé aux enfers , &
a monté aux Cieux en chair & en
Efpric,& parachcué tout entout.
Qui eft d'entre les hommes ce-
luy qui puilfe trouuer en cher^
chant la grandeur & fageffe de
Dieu, nous fçauons qiie le Ciel eft
fon {lege.&îa terre î'efcabeau d<s
les pieds. Nous ne pouuons nous
DES Philosophes. //
informer des chofes celcftes , ni
iognoillre (inpii celles qui ne
fontJcnnés du verbe Diuin , 6ç
lefquelles S. Paulaveues ,& n'a
tenu conte de dire ^ mais nous a
laifle le Verbe ce celefte pain
comme vnleau dans lequel con-
fiftc le faluc de nos âmes , fçauoîr
1 a volonté de Dieu , vray arbre de
vie, afin que nous beuuionsfon
fang & mangions fa chair^, & que
nous croyons fermement que
toutes nos chofes font , filcspa-
rolles de Tinfiiitution font dîtes,
x^infi la parfaite nature demon-
rtre plufieurs merueilles en va
feulmirouer , de laquelle femble
auoir parle allés quand les chofes
de TEfcriture fainde font afles
cogneuës par îcelle. Or celuy
qui fait la volonté de Dieu voie
toutes chofes ôc les cognoit;,com-
"76 A Z O T H
me aufTi certains d'entre les fagcs
Paycns & Ethniques ont cogneu»
Adolphe.
Vous auezefté filoneenvos
parolles que Ten ay oublie la plus
grande partie ;, toutefois le defi-
re entendre cela de vous,fçauoir,
{iceftœuure de nature ne con-
tient pas en foy vn efprît qui fok
caufe dp mutation , pource qu'il
ine fcmble que vous auez fait
mention du fécond nombre qui
eîl multiplication , il eft requis
pour ccft cffcd vn efprit vital.
Le V^ieillard,
A la veritë refprit vital mine-
rai eft en cefte œuure qui fe par-
fait après qu il eft prépare, fuiuac
la dignité par TArtifte : car Dieu
par fa bonté infinie a conftituc
rhomme feigneurde ceft efprit,
afin que dlceluy il formaft autre
DES Philosophes 77
chofcfcauoirvn nouucau monde
par la force dut eu , félon Tordre
& cômandement donne de Dieu.
Et à caufe de ce l'hon^me ne pa-
racheuera rien du tout , èc eft re-
quis que toutes fes chofcs fe fa-
cent en la crainte de Dicu.par vn
nioyen honnelle &c vnc pure *î*
confcience Que s'il y en ad*entre >—
le vulgaire qui ne paruiénneala
fin de ceft art, qu il ne foit à fcan-
dale, encore qu il foit deuant les
yeux des hommes^ que chacun la
voit 5 &c fouuent elt employé à
d'autres fins, toutesfoisp'ufieurs
îo;norcnc fon vray vlage , ne fça-
chans pas que ce çrrand threfor
éft atcouré de ces ténèbres , d'où
fouuent c'cft or crcfpur cnuiron-
néd'efpefleobtcurité&derouil-
leure , eLl lai(fé dans la boue &c l:a
"^/llenie ^ lefquelles chofes fonc
JS A Z O T H
ainfi faîtes parle droit ordre da
Nature. LesPhi^olophcsplusfa-
ges ovant feulement le nom de
Mercure cognoiflent ce threfor
èc font deuant les yeux , bien
qu'il foit inuifible &c fpîrituel ,
tGutesfois il eft matériel ^ & cft
vne vierge trcs-chafte qui n'a
point cocrneu d'homme, fubftan-
ce frao;ile , d*oii on l'a nommé
laî6tvîrginal,le mielrerrcftre des
montagnes ^laiâ: , vrinedes en-
fans y & femblables autres noms :
& en toutes ces chofes plufieurs
Artiftes l'ont recherchée mais ils
ne font trouuee ^ car elle eft pré-
parée de matière métalliques &
très bonne.
Adolphe.
L'or n'eft-îl pas cefte matière
à caufe de fa noble fle , &c qu'il eft
le plus parfait riietail ? il me fafr
DES Philosophes. ^^
ble que toutes vos paroles ten-
dent là.
Le Vieillarà.
Non à la vérité ^ mais il eft be-
foin que vous entendiez de moy
auparauant autres chofes , car
vous vous arreftez trop ardem-
ment encore aux threfors de ceft
or terreftre , &nauczpas afTez
conçeu ce que i*ay dit , fie vérita-
blement ie vous mettray par ef-
erit le dernier & principal mîfte-
iede ceA art ,& bien que en ce
prefent difcours il me femble y
auoir quelques douces ^ il n'eft
pasvtile toutesfois de les expli-
quer plus clairement ^ 6c vérita-
blement ce threforn eft pas ceft
Or m.onckin commun ni TArget,
Mercure, Soleil, Antimoine, Ni-
tre, Soiiphre, ni autre chofe fem-
blable^maîs ceft l'cfpritdc TOrSc
^6 A Z O T H
le Mercure , qui eft nommé dès
Phllofophes la première de fecÔ-
de matière propre & feul de la
nature & de 1 a proprieté.Or treC
pur Oriental n'ayant fenty la for-
ce du feu, fur tous excellent, plus
ïiïol & aifé à fondre que l'Or dii
vulgaire? H eft vray mercure de
Ter & antimoine^ attirant fes
qualitez des corps s'il eft liquifié.
Sa préparation n*cft autre chofe
que le bien lauer& le mettre en
menues parties , par l'eau & le
feu , corne toutes les autres cho-
fes font en la mefme façon pré-
parées : afin qu'ils foyent agréa-
bles à Dieu & aux hommes. Il
conuient exaétement co^noî-
ftre qu eft-ce que fublimation,
dlftiliation.feparatîon.digeftion;,
purificatîon,coagulation;,& fixa-
non^ & rechercher diligemment
cet
DES Philosophes. 8j
cet œuf de nature , defiré de plu-
ficurs dés le commenccmeric.Dc
cccy il y a pluficurs efcrits y & en-
tr'autres du Comte de la Mar-
che Treuifanne Bernard y &dés
autres , lefquelsietemonftrcray/
à la fin y & adioufteray plufîeurs
paraboles.
A D Ô L P H E.
Quand ic confidere que rvfa-
ge de cet art doit eftrc acquis par
beaucoup de fueur,& que fa pof-
fcffion en eft perilleulc ,&qu'iî
èonuicnt faire la vocation ou
nous fommes appeliez de Dieu ^
le plaifir que i'àuois pris âupara-
uanr me rend plus humble quand
îe voy que i*ay efté trompé de
vainc efpcrance.
LE Vieillard.
Eftimez vous qucic vous ayé
dit CCS chofes comme par manie-
F
$S A Z O T H
rc d'acquit ^ qu'il faut trauaîllef
gtandementj&: qu il faut exercct
les œuures de miierîcorde enuers
les pauures ^ non pas enuers tous
les pauures , maïs ceux qui le font
vrayement.&auoir foin des or-
phelins, & des veufues , pour la
gloire & l'honneur du nom de
Dieu. Or Thonneur eft deub à
Dieu plutloft qu'à nul autre , à
lors les ccnfolations font deman-j
âécs du Verbe diuin, car le Verbe
de Dieu précède grandement la
nature,ccmme le fcruiteur fuit le
maiftre ^ & le pcre excelle en di-
gnité la mère > Il faut donc faire
ea forte, comra.e (i de cela il ne
nous en appartenoit rien du tout^
mais pluftofl trauailler diligem-
ment félon noftrc vocation pour
rvtilîtédu prochain , &c le profit
de:U.RepuHique,& deftruirc les
maux qu^apporte Pignorancc^car
1:11
II
tl
Des Philosophes. Sj
fans relafche la raifon & le corps
doiuét faire bien, car Toiliueteelt
loreiller de Sathan, & etl dcffen-
àd'é fous grieue peine, d'autat que
de U prouiennêc toutes les enor-
mirezja luxure,rauaricc,rhomî-
cide Je menrongC3les impoftures
& traudes Jmitas en cela leur na-^
ciiremefme. Or nollre œuurc îa-
mais n eft oifif , mais trauaille &
opère fans céflc iour &nuid:,iuf-^
qa*àce que le temps fixîefme de
fes fepmainesfoîccompleC:,&que
Ton fabatli approche ;> car alors il
rcpofe & honnore fon Seîgneur>
rhome^auquel il doit feruir félon
le comandement de Dîeu^ obeïf-
fans a fes loys. En la mefme forte
les homes doluent trauailler > îuf^
qu'à ce q; no^ entrios auRoyaumc
éternel de Dieu.Voîrc mais toutes
ceschofesfe iôt^Nature prefque)r
§4 Â X O T H
contre- difanc^ 6c nous fafchoril
quand nous entendons qu il faut:
trauailler aflidueilement pour lé
viure , îufques à ce que nous re-
tournions en terre ^ de laquelle!
nous fommcs faits , à caufc qu
roy{iucte& le dcfu" de comman
der plaifent à tous égallement
qui eft l*occafîon que nous fom
înes parefTeux & fêtards en nos
oraifcns &- prières , bien que Ton
doibue prier Dieu pour impetret
toutes chofes : nous nncfprîfons
les vas comme pauures , à caufc
qu ils ont pèdt reuenu , cepen-
dant auaricieux^ôc que nous fom-
înes obligez de bien faire à nos
ennemis , toutes les mefchance-
tez ont pris place en nous j com-
me font la colère, Vauarice y là
hainej inimitié j lami^taelledcs-; i
fiance^ ôcàcaufed*icellesletrcs;^
D E s P Hl L O s O p H E si 85
sxcellét bien nous eft ofte , com-
me aulTi celle fciencc de médeci-
ne qui eft cachée en ce bien, eft
' incogneue des autres Médecins
plus dodes : Car ce threfor ne
\ s'apprend pas es efcoles des Mé-
decins , mais caché demeure dc-
uantleur yeux , en la mefme fa-
çon que l'cfpric interne de la
Sainde Efcriture eftoit ccléaux
Pharifiens.quieftoitie vrayMcf-
fie , & la médecine de l'ame^en-
core qu'il fuft au milieu d'eux i
Aufli il rendit grâces à Dieu fou
Pcre de ce qu'il auoit caché ce
ttefor aux Sagcsdecemondc,&:
l'aurok déclaré aux petits : De
mefme auffi eft dit de noftrc mé-
decine naturelle , que la volonté
de Dieu doit précéder quand el-
le eft demandée par ardente ^ c^m 0
prière , coignae en toutes les ^u-
fù A Z O T H
très chofes mondaines , cefte vo^ltA
lontediuine difpofc toutes cho-rlfc
fes ; & de là s'apperçoit la vanité
de ces niedicamens de (impies &c
{irops^quî courét entre les mains
de ces faifeiirs d'vnguenc, auec la^
perte de la renommée, Se eftima-.
don des médecins, au grâd dom
înage des malades. Mais qui plus
cft y ces firops font beus par vn
îres-certain endommagement5&
mort d iceux.&les defpences fai-
tes par les malades font conuer-
ties pour entretenir la fuperbe oc
luxure , comme il ny à pa^ long-
temps qu vn pauure homme le
plaignoit auoîr elle trompé dl-
ceux, & auoîr employé prcfque
tous fes biens, &pcrdu fa fublran-
cej^fivn homme de petite & baffe
fortune ne luy euit aydé. Ainfi
lious voyons que plufieurs onç
DES Philosophes. 87
feulement ce foin :, qu ils veulent
crtre en recommandation à la
Poftcrite y comme Dieux^cepen-
dantilsnecrlio-entdu tout le foin
S: diligence d'aider à leur pro-
chain , d'eftudier les bons liures >
par lefquels la cognoifTance vnî-
uerfelle de cet art s 'acquiert. Il eft
de befoin doncques à tous de fe
peiner ^ en ce qui peut feparer le
bien du maLc'eft à dire.qu ils co-
gnoiflentpar modeftie, patien-
ce ^ & humilité , la vertu & les
fruits du bon arbre ,auec la raci-
ne triple; dcmefmeauffi hono-
rent les fruits de l'ame ^ la Foy ,
rEfperance , & la Charité , afEti
que nous fçachions que c'eft que
vérité & iufticc , tant de famé
que du corps, c'eft à dire^du bien
cclettc & corporel. Et affim
<jue nous puiffions facilcnient
2 g  2 O T H
côprendrcccftechofe.Lafcîencç
Theologîque & Juridique nous
cft donnée deDieu pour ce qu'cii
îcelles confifte la pureté &c fain-
âicté de nature , & la vertu Tœu-
urç (Je la vocation,ôc la luftice eil
fxriguliere fapîence , lumière > &c
philo fophie , à caufe de laquelle
Salomon furmontoit de beau-
coup tous les autres hommes. Et
a la vérité Dieu jnefmc a ordon-
né à vn chacun les œuures de fa
vocation , & a commandé à va
chacun de nous , de conduire fes
actions prudemment , pieufc-
mcîic , & îuftemenç en fa voca-
tion & debuoir de la vie , félon la
règle du Verbe piuîn^ comme
feruiteur deDieu^ &: qui rendra
conte de toutes chofes douant le
Tribunal du luge de toutes les
nations^, & dcuant lequel tous ks
1
PEs Philosophes. s9
faits des hommes feront r cuelcz.
Or tout bien vient de Dieu, en- O
(emble d'iceluy dcfcend le fn^e ^^^
&le fol, le riche & lepauure , le ^t^^
fort &: le foible;&qui mefprife
lepauure&imbecille,ilmerprî- ^
fe celuy quil'acréejcartoutbîcn ^
eft de Dieu, & tous les maux vîé-
nent du Diable, comme fontaine
& origine de tout mal. Mais par
vn particulier confeil de Dieu, le
mal en cefte vie tyrannife& don-
ne de la fafcherîe aux pieux 5ç
gens de bien : & bien que le Dia-
ble par fapropre malice s'efforce
de dreffer le mal aux détriment
des hommes , toutcsfois tout mal
fert de bien à Dieu &c aux deuots,
carleDiable mefme eft contraint
de feruir malgré luy à la gloire
Diuîne. Et noftre pèche eft feul
loccaûon pourquoy le mal eft
^O A Z O T H
mefle auec le bîé en cefte vîe.no^
tt nourrilTant cej>endanc la bonté
^ & mifericorde diuine 3 & à mef-
^-♦^vme finies dix commandements
nous font baillez de Dieu , afEn
que nous feparions le mal du
' • bien y pour fuyr la damnation
Eternelle. Maïs facilement peut-
• ^ on voir qui cft la face du monde ,
& le foin ^ & les larrons auares
qui fe difent Chreftîens , parle
Sacrement de Baptefme, imitent
par les exacliôs immodérées d'v -
fures la perfidie & pillerie des
luifs.quand ils penfentauolr fait
la volonté diuine, lors quils ont
rauy les biens des Ethniques &
eftrangers^ ( par lequel nom ils
ont accoullumé d'appeller les
ChreftiensJ & que le Sauueur du
monde menace de peines Eter-
nelles s ceux qui offenfanc leur
DES Philosophes. 91
prochain par vfures & exaâtîons^
dépendant leurs biens en fetlins
& banquets/comme ceux qui fai-
[ans bonne cherc , prennent par
fraude les biens des orphelins &
des veufues ;, & à la vérité ces
deux genres d'honneur ;, auari-
cieux y & luxurieux, doiuenteftre
conjoincts & mis en miefme ba-
lance. Mais la vie de ces riches
Patriarches, Abraham, Ifaac , la-
cob Joreph,& Iob;,a efté precieu-
fe^iuRe, & pleine de modcRie &
d'obciïTance enuersDIcu , car ils
preferoient Ihonneurde Dieii a
toutes autres créatures, &che-
minans en pureté de vie , &c en
iutVîce y ïh prîoient Dieu auec ar-
deur & efficace. Et tout aîn-
fi que plufieurs en Tancien
ïeftamcnt pOiîedoient de gran-
des richcflfes ^ conjoîndes par le
ft A Z O T H
lien de conftancc^ De racfnie h
pauiuxté a accueilly plulicurs
Adorateurs de lefus-Chrift au
nouueau Teftament , toiitesfois
il eft requis femblable conftan-
çe^crainte & amour enuers Dleu^
E)e toutes ces chofes i'eftime que
vous auezfulEfamment entendu
rpccafion pourquoy ce myfterc
& fecret a efte cache déformais
deuant les yeux de plufieurs,
quand le Diable peut facillement
deftourner de la voye droite , par
les vaines voluptés de ce monde,
car il nous feduit en la cognoif-
fance de tout mal, &c m-efchânt,&
fcelcrat , a feduit Adam noftre
premier parent 5 le plusfage de |
tous ; mais pour dire mieux y par
fa cautelle tous les Saindts font
tombez en chofes mauuaifes , &c
pour nos péchez > Et pource Tire
DES Philosophes; p§
de Dieu a efté efpanduë fur nous,
& toutes chofes font vendues aui
mortels par grand labeur, foin &
follicitude :car c'eft leCalîce de la
Croix,dans lequel nous beurons
du fruiâ: de vigne auéc noftrc
Sauueurlefus-Chrift.iufquesàce
grandjpiir de Sabath , & repos
Eternel du fiecle aduenir , ou
nous demeurerons fous vn au-
tre efpece , & pafFerons à celuy
qui pareillement nous aduance
& fe hafte de venir à nous ^ à la«
quelle félicité nous conduife
Dieu très bon Sctres'grand par
noftre Médiateur & le Saind Ef-
prit , auquel nous fommes con-»
joinâ:s par alliance de filiation^
& auquel nous fommes tenus
obéît . en falfant les bonnes œu-
ures,&foalant aux: pieds les mau-
tiaifcs^ afin que nous luy offrions
p4 . A Z O T H
de nouueaux luifs , vn efprîc ton-
trie & rendant à Dieu les vœu^
que nous aiions faits. En ces cho-
fesrEfpric de Dieu opère , parla
Foy , Erperance^Sc Charité , tout
ainfi comme le defirbruflant &
lacoullume parfait beaucoup de
chofes en nature qui femblent
incroyables ^ & il y à peu d'hom-
mes qui s'eitudient d'acquérir
patiemment la cognoiiTance de
Dieu , mais pluftoll fuiuent les
biens morcels,terreftres,& cadu-
ques , addonnez aux voluptez, à
raaibicion,& a la puiflance mon-
daine. C'cft pourquoy lefus-
Chrift fepare fon Royaume du
monde , & rejette de foy le foin
des chofes mondaines y encore
qu'il avecop-noiffance de toutes
chofes, &:qu1l foit la mefme fon-
taine & fource. Ces chofes toute: -^
D E s P H I LO s O ï> H E s, 5^/
fois mefprifees ^ il a annonce le
Royaume de la fapience diurne ^
lequel il faut rechercher deuanc
toutes chofesA moy mclmc lor-
donne: mais ie defire fçauoîr vo-
ftî'e opinion îa deffus.
Adolphe,
Certainement la vérité me con-
traint confelfcr que routes ces
chofes font aînfi difpofées.&que
môaduiss'accordoit de pointent
point auec l'opinion des enfans
decefte lumière : Mais d'autant
que i'cntends chofes du tout con-
traire à ma croyâce, il Tafaudroît
changer. Or ie ne doute point, &
me fembledu tout indubitable^
que cemyll:ere&: fecret ne peut
cftre reuele &: comunîqué atous^
principalementquandentousles
arts qui nous font donnez 3 tant
de lanaturcqu'enfeignezpar va
I niaiftrc.Ie cofidere que Tô y doit
;f6 A Z O t H
tenir vn mefme chemin, car peut
en acquérir la cognoifTance ^ la
grâce diuine ejî requife^ l'indu-
Itrlè.la diligence, £c ardente etlu-
de conjoinâ: auec grand labeur^
comme ces chofes Tont defirees
en toutes les autres neceflitez de
la vie. Or en ce qui m'appartient
certainement parlant de ceftc
vie voluptueufe/i'endurerois pa-
tiemment la compagnie de ces
entre -metteurs , de ces bien-en-
tendus , de ces gourmands , & de
ces defdaigneurs (quand i*ay veu
aduenir à quelques-vns vn grand:
heur & félicité fanstrauaU ) &c
employerois Tvfagc de ce thre-
Ter à la puiflance Se ambition , Se
a acquérir de grandes richeiTes.
LE Vieillard.
Et quoy vous ignorez que la
puîlfance eft donnée aux Rovs &
Princes
bÈS PHILOSOPHES. 0
Princes de ce monde ^ afin qu*ils
réprimer la malice deshommesi
au lieu de Dieutres-bon&trcs-
grand, & honnorent la luftice y la
ventes pieté, &obeiiTaiice^ ôcles
multiplient affin que toutes eho-
fes foyent ordonnées en ceftc vie
prudemment. Et tout ainfi que
le luge politique a de couftumé
de punir les mefchans par le glai-'
ue feculier : Aînfi les Feras fpiri-^
tuels & magiftrats Ecclcfiafti-
ques gouuernet le peuple Chré-
ftîen par le glaiue de rEfpric , du
Verbe de Dieu , &c de fescorh-
mandemens . &: après auoir ap-
porte les playes par la malcdî-
aionde laLoy, ils lès oignent dé
Thulle de luftice & guérifTent^fî
ce n'eft que les tranfgrefTears re-
jettentla hoîé&c cure des playes;
toutesfois cesblefTures de îa cort-
^g AzoTri.
fcîencc ne doyuent cftrc guarîs
par les Ecclefiaftiques par le glaî-
ue temporel.comme nous voyos
Aaron , Moyfe y &Iofué, auoir eu
les offices feparez iufqucs à ce
qu'ils encraflent en la terre de
promiiTion.&eft aulTi comman-
de aux fuiets d'obeïr au luge &
Magiftrat ordonné de Dieu ^de
peur que enflez d orgueil, ils ne
s'attribuent à eux mefmes les
Mngillrats par deuoirs , &: rauif-
fent les digaicez par presés, frau-
der joupuifiances^s'ilsncfontlc-
gitîmcment ap^-ieUez i car qui
2:'cfleuerapar deffus les autres, il
fera humilié , pour ce qu'il pro-
vient d ambition & arrogance a
laquelle Dieu rcfiftc grandc-
înent: car la fuperbe cft vnc
Idolâtrie exécrable iur toutes
chofes, à eaufe que Dieu cft
DES PhiLÔ^OPHBS. ^^
fcul grand & puiiTanc , & lequel
înllitue & goiiuèrne félon fa
volonté & bon plaifir tous les
ordres & degrez de la puiflan-
ce feculiere , cognoiiTanc plaî-
iiemcnt toutes chofes dans la
lumière & ténèbres , créateur
& authcur de tout ordre de
luftice , & àcs créatures ^ em-
pefchant les arbres &c les mon-
tagnes monter plus haut au
Ciel , refrénant les fedes ra-
uiflantes , Ôc reprimant la for-
ce Se cruauté des Geans &
tyrans : car ceux qui refiftcnc
à Dieu & font contraires a
ceux qu il a choifis , au lieu de
bien ils n*ont que du mal,bien'
que le Soleil commun leur cf-
claire , Dieu raulffant la for-
te de leur puiffance miracu^
j ^ îcufcmént par vn tourbillon
JTOO A Z O T H
de vents, de laquelle chofe ncu|
îrcndent tefmoignage les exem-
ples iotirnalieFs. Outre ces gens
il. fetrouuént certains qui me-^
nent les grands efprits y ayans
quelque Icience des arts médio-
cres y mineurs & petites des
Gentils ^eflcuant la puifTance de
Dieu très bon &c tre^-grand , &
menans vne vie Epicurienne. Il
fe faut bien donner de garde
d'eux% ptincipalemcnt qu'ils foni
de nature encline a mal , bien
que nous ignorions comment
le monde a eftéfait par le verbe
de Dieu, & eft procède refprit de
ce verbeuse que l'Image de Dieu
cft cachée: cequeMoyfevoyoîc
par derrière en la roche y & qu^
en ce temps-là le fus -Chrift ne^
pouuoîc cftre veu des yeux cor-*
besPhïl osohpesp lat
Adolphe.
Vous faites d'eftrangcsdîgrcf-
fioSy & bien cfloignees de ce que
vous auez commencé , voulans
cfclaîrcir les queftions fpîrîtucl-
les. Tay grand dedr déformais
d*cntcndrc la defcrîption devo-
ftre propofition , encore que il
me femble en auoir entendu
quelques chofesde vous^lefquçl-
Ics ie ne prenois pas garde^quel-
les deuoienc eftrc diligemment
balancées.
Le Vieillarà,
L on doit chercher d'vn mef-
mc pas la cognoifïance des biens
dîuins & humains , d'autant que
les biens & externes donnent en-
trée à la félicité temporelle vne
feule fois , & que la volonté de
Dieu eft immuable , afin que îour
èc nuid nous méditions fa loy:
iC2^ )
^ffer- A Z O T H-
car d'îcellc le falut deTamc prp-'
uient^ôc rhommc cognoift que
toutes cliofes doiuent eftrc de-
mandées par prières de ceftç
fontaîne de biens ^ qu'il faut rc-
jetter le foin des chofes terricn-
ties , & les biens qui nous font
doitnez , les conuient garder en
humilité & modeftie , car aulïi
la puiflancc & aftuce du Diable
paroift tres-grandc fur toutes
cliôfés y &C pcrfonne ne pourroit
cfuiter fa f prce & fa rufc , fi lami-
fericorde de Dieu ne nous p;ar-
doit .Que peut eftre eftimée la
félicité ,1e profit & Texcellencc
de Vhomme y encore qu'il foit
remply de biens & de richefles,
fi les maladies de lame ne font
guéries ,5c ne font oftées ? C'c-
ftoit le plus grand bénéfice que
Dieu nous ayc laiffç qu^nd le-
DES PHILOSOPHES /©j
fus Chrîftnoftrc Sauueur coîoî-
gnoic touiioursla remîlfion des
péchez àlaguarisô des maladies,
Adolphe.
,Ces cbofesfontàlayVentétrcs-
çertaines : mais plufieurs ne le
confideréc comme il faut , ce qui
m'arriue bien fouuent , & princi-
palement quand ic fouille moa
ame de cupiditcz & voluptez
mondaines. Mais puifque l'vfage
& pofleffio des richefles; comme
aufïî ceft oeuure ne répugne àla
voîotede la nature Dluine^Tay
bonne efperance que i'y pourray
profiter felo le coaiandement &;
volonté de Dieu très -bon & tres-
grâd.Toutesfbis outre ces chofes
l'aucuglement dcsPliarifiensmc
détient quelque pea,qui ne vou-
loîent croire s'ils ne voyo'cnc
les miracles & figncs de le-
Q m)
104 A Z O T H i
fus Ghrîft^cncorcque ie ne doute
point que la foy nVeft donnç par
la grâce de Dicu^necelTairc au fa-
lut de l'Âme : mais pour côfirmer
ma foy des iniracles diuins , & la
cognpiiTance des paraboles de ce
tres-cxellçnt thrcfor, i'attés plus
exaâ:e expliçatiô de vos paroles,
Le y^ieillard.
Tayracote toutes ces c4iores aîn-
Il amplemét ^ afin que vous ente-
riez que ce threfor ne s'cquîert
paç att magique , comme queU
quesvnseftimetppuuoir açque^-
rir autres chofes par Içdîc art y au-
quel Une faut mettre fa confian-
ce, ni aucunement adîqufter foy.
Mais *4fin que iç vous demonftrç
Tocçaïion vraye pour laquelle
elle doit eftre cachée des enfans
delafcîencc,& qu'elle ne doit
çîlve dpnné à vn feul ; car toutes
DES Philosophes. 10/
chofes ne font données à vn feul,
D*ouell tirée l'excellente para-
bole de ncttre Sauueur lefus-
Chrift^ dans S. Matthieu , fixîef-
me;Que perfonnene peut fer-
uir à deuxmaiftres. Et afin que
nous voyons que Dieu s'eft de-
monftre apperternent foy mef-
nie es œuures de la Nature^afin
que fes œuures admirables foiét
cogneuës de tous* & veritable-
méc cela fe fait par diuer s moyens
& par contraires fortes de tenta-
tions & affligions , non pas en la
fange des voluptcz ^ & comme
nous voyons Zachee auoîr efté
rcceu de Dieu , lors qu il tcm-
boit dans le vice de lEfprit, en-
core qu'il fuft petit ôc de baffe
ftature, toutesfoîs il a voulu lo-
ger chezluy^pource qu'il auoîc
vn amour magnétique cnuers
Zaçhce^ qui eftolt aufli donné eft
îo6 Â Z O T H
cfcoulant aux autres : Maïs pat
vnc commune tache de narure
humaine ; nous no^ enorgueillif-
fons refprit,& fermons la fonraî-
ne delà douceur , cômc fi ce dont
nous cftoit donne pour noftrc
feule vtilite y quand pluftoft nous
deuons faire de bonnes ocuures,
& exercer les œuures de mlferi-
corde enuers les pauuresrmaîs les
fedateurs de ce monde , ces far-
ceurs & bouffons fe mocquent
aifement de toutes ces chofes :
car les rlcheffes changent les
homes & leurs meurs , &: les per-
uertififentaffin qu'ils facent cho-
fes du tout contraires^^ oftent le
mords de luftice.Ics rîcheffes ont
elle appellees de Icfus-Chrift,
Mammon. Dauantage les richef-
ics donnent la Sapiencc , & la Sa-
gelTe des panures cft de peu d'c-
illme quand la bourfe fonne ^ &
desPhilosohpes.' 707
l'argent parle, & pour ceftc caufe
il eft difficile cjuvn riche entre
au Royaume celefte , mais Dieu
cognoift &: nourrit les pauures
Sages, doux ôchumbles^reduifant
l'abondance des riçheilesen pau-
uretéf pource qu^lls eftiment n'a-
uoir befoin de perfonne (& mon-
ftre auiTi que la fagefle de ce mo-
de n'eft que folie deuant toutes
chofes : ainfi très ioyeux cher-
chons le Royaume de Dieu , Se
priôs auec le Prophète oauid que
Dieu nous donne nos neceflitez
félon fa volonté & noftre pau-
ureté , affin que nous ne nous de-
ftournions du vray chemin à cau-
fe que la voye de ce monde eft
grandcmét lubrique, & dâgereu-
fe. AulTi SalomonRoy demande
laSageffedeDicu^affinqu ilpuif-
fe régir & gouuerner le peuple
/o8 A Z O T H
de Dieu , à fon honneur & louan-
ge,&:toutesfois receuoîr de grads
threfors de Dieu , comme Salo-
moiîluy-mefme die y que la Sa-
gefle criant en la voye fourchcue
inuite vn chacun à fon amour &:
çrtude : car la gloire Diuine eft
grande &eKcelieî:e,re demoftrant
i nous en tous lieux &: partout^
& nous y inuitanS;^ mais il y a peu
de gens qui çonfiderentces cho-
fes auec attention en cefte vie
mortelle, laquelle s'enuolant bien
vide, femblc à plufieurs néant-
rnoins fe retirer négligemment.
Le miftere de Dieu doqc eft grâd
enuers ceux qui le craignét , & la
lumière efclaire cntçnebresaux
bons, par la mifericorde & luftî-
cede Dieu. PfaL //z. Afin donc
que nous n employons ce thre-
for précieux du temps , & nps
DES Philosophes. 109
forces de refprîc & du corps à ac-
quérir ôc amaiïer des richc{reSj&
imitions les ambitieux ôcfuper-
bcs y faifons toutes chofes en 1^^
crainte de Dieu pour le profit &
vtilit é des bons ^ bien que împru^
dens.
Adolphe.
Êîen queie confeffe ces cho-
ies eftre vrayes, toutesfôis î'ay vri
(crupule en TAme, quand î'en-
tends Tadùis des rhilofophes
eftre ^ qu'il faut demander touc
par prières , ce threfor deDieu,
& le requérir.
Le Vieillard.
Il y a long temps que vous
lii'auez ouv dire eu il faut cher-
cher deuant toutes choies Ici
Royaume de Dieu , que Dieu
nous adiouftera & donnera à
; fouhdt toutes ch©fes , & que
jib A z b a ri
riiôme ne peut pas viurejde feul
pain , mais de tout verbe procé-
dant de labouche de Dieu. Or en
la mefme raifon que le Diable a
tente noftre Sauueur , de mefmc
iufques àauiourd'huy il a de cou-
fturnc nous tenter , principale-
ment au temps que nous aaons
befoinde quelque chofè : car ou
la foy & la parole de Dieu ne
nous aflifte , nous dèfefperons
en nos affiliions ^ 6c fommcs
du tout abbatus , & pour vray di-
re, quand la fortune nous rir y le
mefme nous arriue : car nous fui-
tions le Diable mefme &c l'au-
theure de tout mal,& luy deman-
dons aide ; iceluy nous promet
hs chofes qui ne font pas en fa
^uiflance , Se nous précipité
aux ténèbres d'ignorencé:^ pré-
férons donc le pain celefte I
DES P H ILOSOï'HÉS- il î
la manne cerrcftre de tant que
nous pourrons : Ce que difenc
lesPhilofophes , qu il faut prier
Dieu, en la recherche de ce thre-
for , c*eft vne chofe vrayc & bien
dite car Dieu feul nous le don-
ne 3 pourucu que nous luy de-
iignions les mornents du temps ^
& le moyen , & que ne prc.
iumions pouuoir refifter a fa
volonté : car il eft feul la véri-
té, laSageife & la luftice ^ ren-
dant à vn chacun félon fon mé-
rite par le falnt Efprit , com-
me aufli il à etlé efpards par-
my les Apoftres AuiU pour
cefte caufe il nous eft com-
mandé de démander tous
les iours en foraifon Doml-
iiicaîe , noftre pain quotidien,
car nous ignorons les chofes que
iious deuons demander à Dieu,
iu A Z O TH
€c fouuent nous demandons les
chofes qui tourneront a noftrd
dommage , bien qu elles nous
foycnt concédées pour nous ten-
ter. L'aide et fecours feulduS»
Efprit ;, la fanté heureufe et les
commodités delà Paix doyuenE
cilre demandées de Dieu : car
diceluy defcend toute fcicnce 5c
fagelTe ^ tant naturelle que fpirî-
tuelle, Ec Jefus-Chrift defu-oic
ardemmét le faluC dès hommes,
& de là ie dis que fon Royaume
n'ertoit point de ce monde , Se
qu'il cftoit venu au monde afEn
de {auuér les hommes : & les re-
tirer des ténèbres d'ignorance &
des richertes terriennes y iufqucs
finalement à en auoir côduît au-
cuns au Royaume celefte , &
pour cefte fin il nous a baillé par
tradition ccfte oraifon que nous
appelions
bus Philosophes hj
Dominicalle , & nous a enfeîgnc
; comme nous deuons drelTer nos
prîcresàDieu fonPerc , duqllel
I nous fommes enfans par adop-
kîon.quandcy deuanc nous che-
minions deuantluyfoubs les cc-
fcmonîcsde la Loy en crainte ôc
peur feruile. Outre ces chofes
u'etlimeque vousfçaués que les
chofes naturelles fontforties des
fupernaturelles. Se que leRoyaii-
medeDieucft Eternel ^ duquel
procède le Royaume temporel.
N'eft-il pa^vray-femblable que
le Ciel &c le firmament a efté erï
premier lieu preparé^&apres Vê-
lement, ôc le dernier de tous la
terre : après icelle a efté fait l'ho-
me y nouuelle créature & petit
onde. Car Dieu comm.encc
remlerement en Thomme pour
feftre en terre, comme centre du
îi~4 A z o t H
cercle , cornmc aufli il auoît pris
€Gmmencemenc du grand cen-
tre , &i après la vie Tame fut
mife au corps de l homme, la vie
êc amc éternelle 5c immortelle :
car cela ell fuperceleftiel &côme
Ciel diuîn Aftral;,&commc efpri^
efTentiel de toutes crcaturesviuâ-
tes naturelles :, ont efte aupara-
uant y Scpuîs après le corps ele- !
mentaire comme en corps feul^
centre de la terre , touché au'
doigt de lefus-Chrift quand il la
nommé Tel de terre ; car le fcl
conferue toutes chofes de pour-5
rîturc ;, comme Ton cognoift de
rOcean y Mer naturelle du mon-
de , quelle contagion fortîroîs
de telle puanteur , {i Dieu ne prc^
feruoît par ce fel ceft Océan ^ Si
aufli s'il n'y auoit mouuemenc^
î>auantagc on confère les vxg
DES Philosophes.' xïj
ftcurs & mînîftrcs de la parollc
de Dieu au fel qui conferue
de putrefadion les membres
qui leur ont eue commis pat
la prédication du verbe Diuin,
& le faifid Efprit , en cefte mer
du monde. AufTi noftte pre-
mier père Adam auoîc entière
cognoifTance de routés créatu-
res , 5c nous fuccefTeurs d'icc-
luy , poffedons à grand peine
quelques parcicularitèz y ôc rc-
cognoilTons mèfmè que cefte
noftrc côgnoiflance eft impar-
faite : Auffi aux derniers temps
plufieurs feront congfegez ca
plufieurs y au lieu d\n feuï
Adam , & dit-on que tous lés
arts deuanc le dernier iugement
feront reueles apertemét. Jamais
il ne fut donné tant de fcience&
dé cogîïoiifance qu'il en a cft^
H ij
lî^ A Z O t H
concède à Adam noftre prcmîéf
Père , ôcà Icfus-Chriftnouueaa
Adam , laquelle fcience il alaif-
fee à fon Eglife ^ îufques à ce que
BOUS encrions en la vie éternelle
en laquelle toutes chofes nous
feront cogneucs &c reuclees y &
fera donné à vn chacun fa deuc
jrecompenfe ; car en ce monde
nous lommes tourmentez par dî-
uérfes tentations fafchcries &cn-
nuîs.à caufe du péché par lequel
le genre biumaîn reçoit de gran-
des incommoditezparl'ennemy
Satan , car ayant perdu la fimi-
lîtude de Dîeu.nousfaifons touf-
jours le contraire de fa volonté.
Outre ces chofes vous confidc-
rerez aufTi ce que difoit noftre
Sauueur quand il commande de
chercner les thrcfors qui ne font
fujecs à la pourriture ^ni à la pille-
DES PHILOSOPHES. lïj
rîe des larrons & voleurs ^ mais
des threfors fpîricuels^dcffcndans
les confclences des homes quand
ils font extrêmement tentez,
quand aufTi l'efprit & le corps
cherchent en vainlelecourshu-
piaîn , la crainte & peur oftez:
car en ce moment de temps l'ar-
mure celeftc cft grandement re-
quife,& alors la force qui eft des
vertus Cardinales de ces mon-
dains , defqucUes nous nous ap-
puyons au temps de la grâce flo-
riffante 5 fçauoir eft de la beauté,
fagelTc 3 richefle & puiflance. La
force femble toutcsfois caduque
& fragile , coparéc à la gloire di-
uine , laquelle. conuicnt recher-
cher en lefus-Chrîft feul & fa pa-^
rolle. Que fi donc en ce temps de
noftrc pérégrination vcillans &
priansjixousfaifonsparoiftrc nq-
H iij
)fi2 A Z O T H
iftrc Foy , Charité , Eff erancç,
Modertic, Humîlicé & Patience ,
comme rEfpoufeclcIefus-Chrift^
afHn que nous foy on s confor-
mes à noftre Efpou:^noftreSau-
ueur lefus-Chrift y nous monte-
rons au fe;în d*Abraham & dlfaac
par Tefclielle delacob^ôc verrons
la gloire & la pierre de la foy,
auec le bien ayme Difciplc de
Djei|faipi5tkan, qui regarde le
Soleil comme l'Aigle volant en
haut , c'cft à dire , la gloire &;
clarté de Dieu, laquelle a efté ca-
chée à lacob , de laquelle glpl-
re certes les trois Dîfciples ont
veu quelque efclat fur la mon-
tagne de Thd:)or. Mais toutes
ces chpfes que i'ay defcrites ne
font a autre fin que à leui:
exemplQ , mefprifans les rU
îfhei|e5 mondaiues , & fuyuam
DES Philosophes, n^
îe fcul verbe Dîuin , & fa
Loy , nous implorions l'aide 5c
feeours du faîncl Efpric , & que
nous marchions deuant Dieu en
Foy, Efperance, Charité vHumi-
lîté &c Patience ^ recognoifTans
tnermemenc quelque gouft de
cefte cclefte Hierufalem , &
du Paradis , car nous appre-
nons CCS chofes du feul ver-
be de Dîeii , non pas par les
allechemens de ce monde ,
car il eft feul lufte Ôc miferi-
cordieux. Qui dcfire donc la
rcftauration en foy-mefme de
rimage Diuine , s*employe aux
œuures de mifericorde &c de
charité j pource| que nous fom -
mes plufieurs ^ vn corps en le-
fus-Chrift , & feulle cft fon
Efpoufc. Tay eu défit de vous
£z6 A Z O T H
propofcr toutes ces chofes nccef-
laires :, encore que tous lesiours
vous en retirez ou puifTez quand
vous entendez la parole de Dieu,
afin que entcntîf à ces chofes
plus ardemment^ félon le dire de
S.Paul, vous teniez pour certain
que c'eftvn grand reuenu fi quel-
qu*vn honnorant la pieté , ne de-
fire chofes plus grandes; car nous
n'apportons rien en ce monde <>
& fortant de ce nionde 3 nous ne
remportons rien des biens de
fortune. Que (i Dieu nous a
donné les chofes neceflaires a la
vie^ & au vcftemenf.II eftraifon-
nablè que nous viuions contans
de ces dons : car ceux qui cher-
chent trop foîgneufement les ri-
cheiTçs mondaines ^ ils font ordi-
nairement tentez &c tombent
dans les rets des cupiditez ^ mf-
DES Philosophes, ni
ques à ce que par îcelles ilsfoîçnç
reduks en extrême malheur,
car l'auariceeftla racine de tous
les maux , & ceux qui l'ont dejfire
il fe font deftournez de la foy,
plongez en extrêmes calamltezo
Fuis toutes ces chofes dilicjem-
ment, ô homme deDîcu , &: en-
fuy la luftice^pieté^la foy Ja péni-
tence ScThumilîte, combatant à
propos5& conçoy celle vie éter-
nelle,pour laquelle tu es faîâ:3&:
laquelle tu as confefle deuanc
tous. Enfeignez les riches de ce
monde qu ils ne s efleuent par
orgueil ^ & ne mettent leur e fpe--
rance aux richefles incertaines^,
mais pluftoft en Dieu viuant qui
donne & fournit toutes chofes ,
afîîn que les riches facent bien
aux autres, & remplis de bonnes
csuures ^ acquerent pour fonde-
lit À Z O T H
ment, tant les threfors que la vie
éternelle. C'eft tout le fommai-
rc& l'argument de toute noftre
refponfc , déclarez déformais fi
longuement , affin que i'adoucif-
le vn peu le defir qui eftoit en
vous , des biens &: richeffes ter-
riennes : car ces paroles pro-
cèdent du centre celefte du So-
leil de luftice , & des rayons du S.
Efprît par le vaifleau efleu de
Dieu. Mais à dire vray, la vie &
béatitude celefte furpaffe de
beaucoup la terreftrc y laquelle
il nous eft de befoin defirer &
cnuier en cefte chair , afiîn que
nousfoyons vnc chair fpirituellc,
laquelle fabftîénc de tous attraits
de ce monde ,ay ans guerre conti-
nuelle auec les ennemis de Dieu,
& les mettant foubs le îoac de
Terprît,
DES Philosophes, iij
Adolphe.
le fuis s^andemcnt efmeruell-
lede VOUS voir parler des myfte-
ics de la doctrine celefte , ôcdes
chofes fpirituelles _, àcaufe que
ii y a peu de c^ens adonnez à
ce fecret qui ayent accouftume
de contempler ces chofes, & aues
efcric ces chofes fi prolixemcnr
[y ôcobfcuremcnt que chaca plus ai-
fcméc defireroitles rîchefles que
la faînde Efcriture. Quand eft de
mov , i'ay pris grand plaifir d en-
tendre ces chofes , encore que
l'en aye ouy plufieurs^defquelles
îufquesàce iour ien'ay pas fait
conte , &c comme nousfommes
de nature enclins a mal , aufli
fommes-nous moins attentifs à
bien dire& à bien faire , ou aux
chofes bien dites &c bien fai-
tes.
/ïf A z o T rt
Le Vieillard,
Nous deuons donc pluftoft
prendre garde à ces chofes à cau-
fe que ccftœuure naturel elt très-
plain de la gloire Diuinc y en pa-
rabollcs & images , outre Tabon-
dancc anffi des richeffes terrien-
nes. Mais ie fuis fafclié voyant la
vie des hommes , & de plufieurs:
car peu {ont dignes de ce myfte-
re,& cnmaieuneflTe, ayant be-
foîn de toutes chofes, mocque de
tous , à la fin difficile , receu dVn
homme debien/mfques icy tour-
mente par grand fpin ^ fpUicitude
&: de grandes dinerfesSc fafcheu-
fes affliitîons^à grand peine fina -
lementi'ay leué la telle ,& confi-
derant , en difant profonde-
inenc par ces chofes l'aueugle-
ment des hommes > ie tourne
nies oreilles &: m,es yeux obeïf-
DES Philosophes, nj
fant à Dieu noftre Sâuucur > le
priant par vn veu folenncl qu'il
iTie deliure ^ & les autres des a- -«^
ueuglemens mondains ^ & fem-^'^
ble que cela aille de mefme pied
en ce que nous voyons plufieurs
d'entre les doftes , riches ,&les
autres tous prefque cftre à mef-
pris , enflet de trop d'ambition
ôc d'orgueil^ quand toutesfois au
dernier article de la vie les rî-
chefifes & ambitions ne leur peu-
uent confokr ni alder^&aufquel-
les forces font tellement defaiU
lies qu'à peine peuucnt-ils chaf-
ferles mouches. Sçauoîrdonc fi
l'ambition & la fuperbe , & la pa-
relTe n en fon pas feuls les caufcs
pourlefquelles nousfommcs cn-
uoyez de Dieu en celle lumière,
non pour conferuèr les fruid:s;
Sçauoir , fi nous ne deuons cm-
14^ À Z O T il
ployer noftrc foin & follîcîmjè
en la manière que nous acqué-
rions la SagefTe Diuine , laquelle
eft , à la vérité y chaffee de plu^
fleurs nîiefcharnment , &c n'cft
pas reçeuëenlamaifon, comme
le: temps paffé elle fut reçeuë
d'Abraham ^ de Loth , ôc de la
Vierge Mère de Dieu , car en
îeeux elle demeura , & fe prépa-
ra en leurs eœursvnc habitation
ferme & ftablc. Ceftc fageffc eft
refpritde Dieu , & pour mieux
dire 3 c'eft Dieu mefmc. Ge qui
a-Teuré quelle chofc peut eftrc
îe Verbe de Dieu , qu'il entend
dcbuoir habiter en nous , car
c'eft la parfaire SagefTe. Or il
n habite pas en ceux qui fontfu:-
perbes ôc orgueilleux , &c qui ne
recherchent la fagclTe , car elle
Recherche ceux Icfqucis elle ay-^
t)Es Philosophes. îzf
me , fçauoir lesdcuots&lcsrai-
fonnablcs , laquelle deuotion eft
commencemcns delagcflc, d'où
procède ladiuerfité des cftats des
hommes, tant es ehofes fpîrituel-
les que temporelles y comme
font la Théologie , lurifpru-
dence , Médecine , lefquellcs
font appellees arts mécaniques
& libéraux. Par celle raifon
les manufactures font réduites
à bon & îufte ordre par ces fept,
le bien eft feparé du mal , Li
vérité eft difcerncedu menfon-
ge. Car c'eft la volonté dé
Dieu que la lumière vraye rc-
luifeen nous y le mal eftantfc-
pare du bien > quand après le
péché du premier Adam par
la colère Ôc fineffe du Diable y
toutes ehofes furent fubuerties
%i troublées j & k nouueaii
IIS A ^ O t H
Adam nous fepare de toute ta-
che & fouilleure , comme celle
Eue régénérée diuifetebicnd'a-
uec le mal, ramené la vie ôcle
nouueau monde par foy-mefme
6c fa parollc fainâc, affin que dé-
formais le corps & Tame ne foiéc
féparezl'vn de Pautre, mais de-
meurent ftables en l'image de
Dieu : car c'eft la volonté de
t)îea , & en cefte façon demeure
auec nous iufques à la fin du mo-
de. Mais le monde eftant opînîa-
ftre il s'aueugle Se metdcuant luy
les obfcuritez Judaïques à caufe
qu'il a demeuré éz fentiers du
vieil Adam , & toutesfoîs ne le
fait mourir ni VopprefTe par la
foy au faind facré Baptefme^
pourcc que la fainâie opération
du faînâ: Efprit eft telle , par le
tcrbe en lafoy, &c fans le v erbe il
DES Philosophes, ti^
nj a rien : eau c'eft le verbe méf-^
me de Dieu. Or qui ne croît pas
en Dieu , il cft dans les ténèbre^
de la mort auec ce vieil Adam ^ &c
na pas efperance en la vie éter-
nelle : car il ne peut perfifter en
fa foy fans fondemens ^ & eft pâ-
yen &c mefchanc heretîqué i
qui ôffenfe la pierre angulaire
demonftrce de faindl lean , car
Dieu nous à propofé plufieurs
moyens par fa grande mifericof-
de, par lefquèls , félon fa volonté
nous foyons preferuez de très-
grands maux & de tentations : 8c
peuffions fuir l'cfprit maudit Se
la doélrîne mefchante , lequel
nous procure enfemble, la ruiné
de Tame &c du corps. Le deuoir
du Magiftrac politique eft arrîué
iufqués là , par lequel le magi-
ftrat cHaife la force 6c audace dos
- 1
îjÙ A 2 O T H
rnefchans , des cerucUes des bons
& pieux, entretient la p'aix& con-
corde ,deftourne toutes les frau-
des & tromperies , &c rend le
droi£t à qui il appartient , non
pas félon defir & volonté des
hommes , mais félon la règle de
laluftice &c dé la volonté Diuinc,
Il faut eftiruer le femblable du
Médecin &c de la médecine qui
dompte toutes les fortes de ma-
ladies Se infirmitez , & les chaffe
au loin. Car ceft efprit malin en-
iioye à l'humain lignage , toutes
fortes de maux ^ de tentations &
d'afHi étions ^ comme font les
tromperies ^ la malice , les înîmî-
tîez , les haines , les menfonges^
Icsaduerfîtez , les calomnies, h
pauurcté Jcs perrecutîons^rincô-
ftance.&les autres diuerfes efpc-
ces de tcntacions^combaf ans cqd^
DES PHILOSOPHES Iji
rre laFoy,rEfperance& laCharî-
té^comme Uparoift : &l'Apoftre
S. lean.S.Pierre&S.Paul^lefquels
cependant que noftrc Sauueut
lefus-Chrifteftoît emmené cap-
tif au iardin , demonftroîent ma-
nifefte exemple de la fragilîré ôc
inconftance humaine. Il faut d6c
cnfuiure de tout noftrc ccèur le
verbe diuin , ôcl'auoir fiché dans
hoftre ame, & l'alTeurer par le
feau desSacremicns^afin que nous
foyons alTeurez en cefte vie , &
que nous entrions en la vîd
éternelle malgré les puiffances
înfernalles. K4àïs îc vous prie
que ces chofes que îe vous ay
récitées fi longuement ne vous
énnuyent point , &c qui à Texoplé
.deTobie vous rcjettiés lé foin des
chofes mondainès^eftant contant
si% A Z O T M
de la viande iournaliere y &c met-
tant toute voftre efperance en
Dieu vous ferez des aumornes
aux pauùrcs , lailTant le reRe à la
volonté de Dieu. Mais affin que
vous entendiez plus amplement:
ce que i'ay dit , k vous offre ce
prefent y par lequel vous feront
déclarez plus longuement &c a-
bondamment ces parolles^ Ôc par
lequel vous acquerrez le gage &c
ample tarefor , affin que vous
faciès plusheureufement en ce--
ftenouueauce de vie , & en con-
tinuation d^eftude pour le proffit
ôC vtilite du prochain , &c pour la
gloire du nom de Dieu. C'eft ve ~
ritablcment le mefme thrcfor 3 û
moyennant laide de Dieu vou:;
cnanez lacognoiflance, qui ne
fetrouuepas dans les liures des
doéles.ny dans les boettes des fai^
DES PHILOSOPHES.' 75J
eurs d'ongucns, caché deuant les
yeux: des vfuriers & desbordez,&
ne peuceftre prlfc d'aucun hom-
me , car il eft noftre cau,& noftrc
feu paroilTant aux bons pour
leur vcilité ôc proffit , & aux mef-
chans à leur ruïne, quand les mef-
chans en auront abufé par les
voluptez mondaines y &c leur pa-
refle , car les humains n agîflent
les chofes lefquelles ont accou-
ftumé eftre cherchez auec peine
& labeur. Mais (i vous eftes hum-
ble patient, modefte y & dVn ef-
prit docile , vous aurez ce threfor
du vray repos &c richefTe , &c pour
feruîr auec vtilité , Dieu & voftre
prochain» En premier lieu 5c
metcray les paroles de ce fagc
Roy & Preftre Hermès Egyptien
&c fa table d'Emeraude^ & adjou-
ftcray le fymbolç de frerc Bafile
Y • • •
JJ4 Â 2 O T H
Yalentîn du compte Bernhard^
& les efcritsde Theophrafte^la
teinture desPhilofophes^moyen-
nanc que premièrement vous me
déclariez qu elle eft voftre opi
pion fur cç fujec.
Adolphe.
Voîcy finalement la fin de mon
dciir , lequel i'ay attendu défor-
mais auec grande conuoitife &
ardeur. Or fain(î^ement ie pro-
mets que i*empIoyeray ce thre-
for au profit &: vtîiké du pro--
chain, & à la gloire du nom de
Dieu, &c conduiray mes adions a
cefte fin qu'il ne paroiftra iam*ais
que ie le poflede , & mon anie ôc
efpriç u'eftant fouillez de vices S^
mefciiancetez, îeneferay fcan-
dale à aucun 3 autant certaine--
ment que la fragilité humaine mQ
le pet mettra, '
pEs Philosophes 13 |
Le V^ieillarâ.
Sçachez auffi que celuy peut
commodément exercer les oeu-
ures de mifericorde qui fe con-
tente de peu ^ &: f e relioliit de
petite fortune 5 & certainement
vn bien fait proucnu d'vii pau-
urc eft grandement approuue
de Dieu. Mais pour dire vray,
quand i'ay confideré aflfeslongue-
ment la pureté & candeur de vo-
ftre ame.ie me fuis rcfolu devous
donner fur la fin de ce propos le
myftere caché du manteau des pa-
raboles : ôc voftre deuoir fera de
trauailler à la lecture de ces pro-
pos , & des autres qui tiennent
cachez^Sc enferment le fccrer dç
ce myftere, ôcobfcruent laprc-
fence commémoration efcritc à
caufe de vous , & du refte remet-
tez-vous du tout à Dieu très -boa
& très grand.
't$è A Z O T H
Adolphe,
Gcrtainement( vénérable vieil-
lard ) îe vous remercie autâc qu'il
ni eft pofliblc,& que ic puis con-
fentir eamon ame^du grand bien
^que i ay apris de vous , ce pen-
dant ie vous promets faindemet
que i'eftudieray & employeray
en la leâure de ces liures efcrits
auec lefangSc demanderay l'ai-
dç de Dieu très ardemment , &c
mexieray telle vie , que îe feray
aux autres l'exéple des vertueux ,
& maintenant îe vous çonfacre
&: vous offres toutes mes eftudes
èç ma peine à voftre vtilité.
Le F^ieillard.
Dieu vueille que toutes ces
chofes foyent aînfi par la bonté
de Dieu -que fi Dieu très- bon &
très- grâdypus donne lacognoif-
fancç de ce myftere :, lois-luy
Des Philosophes, jj^
agréable jcndât à luy fcul loiian-
ge & gloire , luyuant ce que dît
Hieremic 9. Le (âge ne fe glori-
fiera en fa fageiTe :, ny le puifTant
fe fiera en fa force^ ni le riche en
fesricheffes.quife glorifie, en ce-
la feul fe glorifie , qu'il cognoift
oue îe fuis leSeigneur^mlfericor-
dieux & iufte, dit le Seigneur ton
pieu. Ainfi foit-il.
fin de la première partie.
13 s
SECONDE PARTIE
P^E L'ES i^R IT CACHE'
fecret de lOr des
Philofophes,
Seconde partie, i^p
CONTENANT
la Pratique générale de l'au-
• ure desfages & an-
ciens.
ATLAS.
E porte fur mes ef-
paules le Ciel Se la
Terrc^ôc ie les obfer-
ue exadteméc & fon-
damentalemerit, & recherche dç
près y premièrement prudent,
puis demeurant fimple/iurques a
ce que ie rapporte le falaire deu,
Celil art & myftere ne doit
eftre reuelé plus apertement
gu en paraboles , lefquelles or^
/-fo Seconde partie
doit cxactemement con{idcrer&;
pefer ; on doit aufli fçauoîr les li «
ures , &c voir les efcrlts des autres
Philofophes. Pour parucnir donc
entièrement à cet arc: Iln'eftre-'
quis grand trauail ny peine,& les
dcfpens font petits, les inftrumes
de peu de valeur : car c'eft Art
peut eftre apris en moins de dou-
ze heures , & de lefpace de huid:
iours , mené à perfcdîon, quand
il y a en foy fon propre principe ,
encore que aux autres arts il foie
requis le cours de (ix ou fept ans,
afin qu'ils foyent rédus parfaits,
quelques- vns toutçsfoisont em-
ployé trente ou quarante ans à
grands defpens ,& iamaîsnonç
îicquîs la fin de ce myfterc :
Mais les artiftes aufquels la fin
eft cogneuë , tafchent de cachet
ôç teait grandement fecret ceft
Seconde partie. ï-fî
artifice , ce que véritablement
ont de couftume d'admirer ceux
qui s adonnent es chofesdu mon-
de & fes fuiuans. Mais toutes ces
chofes fontmifes en lamiferîcor-
dede Dieu, & feulement eft re-
quis à noftre œuure Lazoth^
& le feu qui ï\ci\ autre chofc
qui lailTer cuire, diffoudre.pour^
rîr^coaguler &c fixer:& ces chofes
peuuent eftre faites tant du pan-
ure & fouffreteux que du riche ^
&nellbefoind'efcrireceft arti-
fice ^ crainte de ne s'en fouuenrt.
Maïs peut eftre enfeigne par
condition de viue voix. le ne puis
plus clairement à la vérité décla-
rer ces chofes , à caufe de la force
miufte de quelques-vns : Mais îe
dy a tout le moins &c commande^
Prenez de Teau Lunaire ou eau
^'argent ^ en laquelle font les ra-
Ï42, Seconde partie.
yons du Soleil pour ces artifices
parfalre,& cecce opération, com-
me difent les anciens ^ conuicnt à
la vérité aux femmes, encor qu'il
fc trouue tant d efcrits & liures
tompofez à ce fujet ^ & qui fi
grand nombre de peuple &c de
grands le recherchentauecgrands
aefpcns 6c labeurs : mais en vain,
car la nature a mis v ne barrière à
trauers le chemin. Apres ces cho-
fès ou paraboles vous font propo-
fez auec la table Smaragdine
d'Hermès Pbilofophe très-ex-
cellent pour plus grande & plei-
ne coguoiiTancc,
/
s EGO NDE PARTIE. I45'
Les parolles £I:fermes an
Timandre,
E Pimandre d Hcrmci
Trimegiftc dit : Comme
vne fois entre autres îc
pentoisàlanaruredéschofcs, &
cfleuois la fubtilitc de mon efpric
au Ciel , ayant lors mes fens cor-
porels affoupîs, comme il aduîeat
communément à ceux qui à eau-
fe de trop grande repletîon ou
ènnuy & fafcherie font opprimés
de fommeil ^ le Latin dît ^ §luen-
dam -pœn^i miid mmÇura indéfi-
ni ta , foudain il me fembla voîf
vne fort grande ftatuc corporel-
le^quim'appcUant par mon nom
me demanda que veux -tu ouïf
êçsoK^ qu'cft-ce quemfouhai-
J4f Seconde part îb.
te Pimandre ôcdefire cognoîftrc>
alors îc luy demanday qu'il ettoic^
ie fuis , dit'il Pimandre, la pcnfeé
dé la diuinc puîffance , ie feray ce
que tu veux , & fuis aucc toy
par tout, lors ie luy dis que ie dc-
firois fçauoir la nature cffence &c
reflbrt de toutes chofes , & prin-
cîpalementde cognoiftreDieurSc
il me dit , aye bonne mémoire, 5c
îc t'cnfcigncray tout ce que tu
'veux apprendre; comme il difoit
ces chofes il changea de forme,
& tout en vn inftant toutes cho-
fes me furent reuelées en vnmo-
ment.
14
SfiCdiîDB PARTIE. ï-f5
La Table Smaragdine d'Hsr^
mes utiles paroles desfecrePs
a Hermès.
EcY eft vray ôcefloî-
gné de tout menion-
ge que ce qui cft de-
fous cft fcmblabic
à ce qui eft dclTus ^ par ce-
cy s'acquièrent èc fe font les mer-
ùeilles de loeuurè dVne feule
chofe, & comme toutes chofes fè
font par vn, & Méditation d'vri;
ainfi toutes chofés font failles
d'vn par coniondion ^ le So-
leil en cft le perc :, & la Luné U.
Mère, le vent la porte en fon vén^
îrè, la terre eft fa nourrice, lamc^
ré de toute pérfeâ;ion, fa puif-
K ^^
ï-f^ Seconde Parti fi.
fance eft pdrfaifte fi elle eft chaiv
gée en terre jfeparez la terre du
feu y le fubtU d'auec refpoîs êc
groS:, & prudemment auccmo-^
defl:ie& fageffe > 11 monte de la
Terre au Ciel, & delcéd derechef
du Ciel en la Terre , & reçoit la
puîfTancc y vertu &: efficace des
chofes fuperieures &: inférieures-
Par ce nioven vous aurez la crloi-
Seconde partie; 147^
re de tout; Tu repoufîcras les té-
nèbres &c toute obfcurîce & a-
ueugjlemcnt: car c*eft la force des-
forces qui furmonte toutes for-
ces & chofes fubtiles y Se pénètre
les chofes dures & folides> en ce-
fte façon le monde aefte fait&
les conjonctions & effeéls admi-
rables d'iceluy; & c'eft le chemin
par lequel fesmerueilles font fai-
tes ; & pour cefte caufe ie fuÎ5
nommé Hermès trois fois grand,
ayant les trois parties de la fa-
g^ffe & philofophie du mondé
vniuerfcl,&eft parfait ce que i'ajr
dit de l'œuure Solaire.
Ces paroles emportent le prix
fur toutes celles qui ont efte rap-
portées de cefte matière, comme
aufli Theophrafte a laiffc ce qui
fuit parlât de cet art. Le principal
de fes dits côftfte en cela^, prenez-
K îj
14S Seconde partie.
la Lune du firmament, changé
la du lieu fuperieur cneau, & la
réduits en terre, & alors tu perpé-
treras vn miracle efmcrucillablë
à tout le monde. Si vous condui-
fez l'opération îufques à la fin>
& de fon principe la iettes en
terre facee, laquelle en noftrc arc
eft comparée à la terre boueufc,
purgez & la nettoyez de cette fa-
Iccé, alors elle reluira d*vn rayon
plus clair &: fplendide : mais Çi
vous la voyez changée & trîfte^
ou comme pafle , lauez là au bain
de bien feancc ^ & Tornez de vc-
îlemens de fplendeur pcrmanen-
te&: de terre creuë de laquelle el-
le fe refiouït grandement , $c
qu'elle demeure en c'eft cftat
îufques au temps à elle propre-
car alors elle y demeure perpc-
aiellcment , par lequel auiTi w
Seconde partie, i^^
peux la dcliurec des lies du tom-
beau. CeftlemylleredclaLung
rcnuerfee , que fî tu en viens à
bout tous les fecrets de l'art te fe -
rontreuele^.
Le Symbole de Fr. Baz^ile
Valent tn.
A pierre de laquelle cft
extrait noftrc feu fugitif
n eft pas des plus precieu-
fes , & de ce feu la pierre mefme
cft conftruîte de couleur blan-
che & rouge , & toutcsfoîs n'çft
pas pierre, en celle pierre là na-
ture opère & produit vne fontai-
ne claire &: lympide laquelle fuf-
foquc fon père fixé ôc renglou--
m iufques à ce que l ame luy fok
y/0 Seconde parïte.
finalementrenduë, &c que la me-
re fucritiue foîc faite lemblablc
dans le Royaume : cefte piene
aulîi acquiert de grandes puif-
fances & vertus^elle eft plus vieil-
le que le Soleil , la mcre préparée
par le fçu , et le père engédré par
î'erprit, l'Ame pareillement , le
corps et refpi'it cofiftent en deux
chofcs j desquelles toutes choies
font de c'eftVn, &C'cft vn con-
îoinél le fixe & le volatil ; ces
chofes soc deux et trois et vnjquc
fituîo;npreslacoo;noi{râce d'au-
cun diceux 3 tu feras fruftré de
leffeâ: de l'art : Adam demeure
dans le bain , dans lequel Venus
trouue çhofe femblable à foy , et
ce bain iuft préparé parce Dra-
gon antique^ quand il euft per-
du fes forces et fa puî(fance;et ce-
cy n'eft rien ^uti:e chofe ^ dit Iq
Seconde partie. î/r
Phllofophe,cjue le Mercure dou-
ble en cela , fon nom eft caché,
lequel fe doit rechercher aucc di-
ligence et labeur alTidu.
L(^fin ^rowH les e^eéts.
Le Symbole Nouîieau.
E fuis Decfle cxccl-
l lente en beauté et de
grande race , née de
noftre Mer pro-
pre 3 çnuironnant toute la terrç
ïj-£ Seconde parti b.
noufiours mobile , fe iecte de me^s
mammellcs le laicl & le fang,
cuits ces deuxchofesiufquesà ce
qu'elles foient conuercis en et
& en argent ^ furrnontant les au-
tres; renrichis çeluy iqui me po{-
fede.
O fondement tres-prccîciix
^^. tres-excelient^ duquekoutes
Seconde partie. î/j
cliofes font produites en ces ter-
res , bien que tu fois de premier
abord vn venin orné du nora
d'Aicrle fu^rîtif. La première ma-
ticre & la femençe blanche &
rouge de la bénédiction diuine^
dâs le corps de laquelle la feche-
refTe & les pluyes font cîofes que
toutesfois font cachées aux im-
pies à caufe de rurnement & ro-
be virginale efpars par toute la
terre; tes père & mère font le
Soleil & la Lune , Teau & le vin
aufli opperent en toy, Tor pareil-
lement &c l*argent en terre , affin
que l'homme mortel s'y refiouyf-
le en cefte façon. Dieu tres^bon
& très ^ grand eflargit fabcnedi-
çtion & fapience auec la pluye,
& les rayons du Soleil à la loiian*
ge éternelle de fon nom. Mais ô
homme confidere icy qu'elles
ÏJ4- Seconde partie,
chofesDieu tcdônc par ce preset^
tourmente fort T Aigle iniques à
ce cju il baille les larmes, et que
le Lyon Toit débilite, et qu'il de-
firelamort en pleurant: le fang
d icciuy c eft le threfor terrien
conioînt auec les larmes de TAi-
gle. Ces animaux ont de couftu-
me de s'engloutir et tuer iVn
l'autre et fe pourfuiurc paramour
mutuel , et prens la nature et
proprietéde la Salemandre:Mais
s*ii demeure fans ell:re offenfé
dans le feu , il confomme les
grandes maladies àzs hommes,
des métaux et des beftes. Et a-
près que les anciens Philofophes
ont eu la cocrnolffancc de ce fi-
gnc &d-e ce myftere^ ilsontre-
cherche auec diligence le centre
de Tarbre qui eft au milieu du
Paradis terrellre , çntrans par Içs^
Sbçonde partie. I/J
cinq porces contentieufesjla pre-
mière d'ieelles aefté lacognoif-
fance delà vrayc madère , car en
icelle naift le première cruel c6 -
bac Ja féconde eftla préparation
comme la matière doit eltre pré-
parée affin detrouuer les cendres
de l'Aigle & le fang du Lyon : fur
celle patrie s'eflcuevn aigre cô-
bacrcar le fang Se l'eau s'acquiè-
rent & vn corps fpirituel lucide:
la troifiéme porte c'eft le feu qui
meine à fin de maturité : la 4. la
multiplication^ en Icelle , le pois
cftnecelfalrement requis: la5.&
dernière porte cft la proîedlion
fur le mxcal. Or celuy eft glo^
rieux , riche & grand qui occupe
fcfte 4. porte, car 11 acquiert la
médecine générale de toutes les
maladies, icelle eft le o-^^nd ca-
radcre du liurc dç la nature.
xj6 Seconde partie.
duquel fort tout l'Alphabet: ce
myltcre le plus ancien de tcus
fubriftc des le commencement
du monde &: de la création d'A-
dam, & la fcicnce de nature îaf-
piré de Dieu très -bon ic très-
grand par fon verbe , puifTance
admirable, feu de vie, bénit ruby
très- clair & luifantor rouge. Se
la benedidion de celle vie : mais
à caufe de la malice des hommes
ce myftere de nature eft donne a
peu de gens , encore que tous les
îours elle foit deuant les yeux de
tout le monde. Se quelle vît
comme fe voit en fa parabole
ïuiuante.
SECONDE PARTIE.' 2$7
Qi^atiere Première.
E fuis Dragon enucni-
me eftant par tout prc-
fent& à viîprixjlaeho-
fe fur laquelle îe rcpofe, & qui fc
repofc fur moy fe trouuera en
moy^ qui recherchera bien & di-
ligemment mon eau &mon feu
dcftruifcur ôc compoicur-
tfS Seconde partie.
Tu extrairas de mo corps le lîoii
verd Scrouge, que (i tu ne me co-
giioîs exactement tu prens les
cincjcensde mon feu ^ il fort vn
venin de mes nafeaux trop toft
mur, lequel a apporte domageà
plufieurs, fepare dôe auec artifi--
ce le fubtil de TeCpois, fi ce n eft
que tu te refiouïfTes de l'extrême
pauuréte. le t'eflargîs les forces
des malles 5c pareillemét des fé-
mellesj Se au 111 des Cieux & de la
Terre, les myfteres de mon art
doîuent éftre traidez courageu-^
fement & maananimément, fi tu
defires que ie furmonte la force
du feu , auquel affaire plufieurs
ont perdu le temps, les biens & la
peine. ïe fuis Pœuf de nature co-
gneu des fages feuls, lefquels
pieux &modeftes en engendrent,
de moy le petit monde prépare
Seconde partie.' j]^
de Dieu très -bon & très-grand
aux homes , encor qu il foit dôné
à peu de gens (plulieurs toutes-
fois en vain le defirât j affin qu ik
facent du bien aux pauures de ce
mien threfor^&qu'ilsnc mettent
leur efprit & ne s'adonnent à Tor *
qui doit périr : les Philofophes
me noment Mercure , mon mary
ert Tor Pliilofophic/ie fuis le vieil
Dragon préfet par toute la terre^
ieTuis père & merejeune&vieil,
fort & débile , mort & vif, viiible
& inui{ible,dur & mol.defcendât
en terre & montant au Ciel , très-
grand & très-petit, tres-leger &
très pefant ; l*ordre de nature eft
fouucnt changé en moy en cou-
leur , nombre , poix & mefurc,
contenant la lumière naturelle,
obfcur & clair , for tant du C'el 5i
dé la terre , cognéu Se n'eftanc"
î^d Seconde PARTI!.' ^
irien du tout^c'eil à dire de ftablc^^
toutes les couleurs reluifent en'
moy^&: tous les métaux par les ra-
yes du Soleil, le rubis folaire.ter-
re très noble, clarifiée^par laquel-
le tu pourras tranfmuer en or le
cuîure , le fer ^l'ellain & le plomb»
QY'X^'
Seconde pÀrtié. lèi
Opération du myftcn
^hilofephic.
E fuis vieil débile &ma-
lade , mon furnom éft
DragontPour cefte cau-
fc le fuis enferme dans vne foiïej
affin que ie fois tecompenfé dé lai
Couronne Royalle,& que i*enri«-
chlffe ma famille^ eftanc en partie
culier Heu feruiteur fugitif: Mais
àpresces chofesnous ppfTedero^
tous lés threfprs du Royaume , le
feu me tourmente grandement ,
& la mort rompt ma chair & mes
os iufques à ce que (ix fepmaines:
palfent^Dieu vucille que îc puif-
fe furmônter les ennemis. Mon
L
liz Seconde partie;
ame & mon efpric me delaiiTcnt
cruel venin , îe fuis comparé au
Corbeau noir, car c cft la recom-
pence delà malice, le fuis cou-
ché en la poudre Se en la terre ^
pleuft à Dieu donc que de croîs
vne choie (e fift , affin que ne me
delailTiez ô mon ame & cfprît, &
que ie regarde derechef la lu-
-mierc du iour , bc que de moy
forte ce héraut de la paix lequel
tout le monde regarde ^ en mon
corps fe trouuent le Souphrc, Sel
&Mercure^ccs cliofes foyentbîen
à propos fublîmées, diftillées ^fe-
parées.pourries, coagulées, fixées^
cuites & lauées , afin que les fc*
ces bordures foyent nettoyées,
Seconde ï-artib. xj}
Figure Seconde o
V s fi donc CCS cou-
leurs, qui font plu-
(ieurs,fontchang^ésj
t< que ce hcraut a|)-
parôiffe rouge;car c'cft le fils très-
pui{rarit& petit, ou lémoindre^'
n'ayant pointdeséblableen tout
le m6dé,&qui aies forces &rcfB-
cacc du Soleil & de la Lune vain-
queur deto^ror rôugc^lacognoif-
L i;
lé^ Seconde rARTïÉ,
fai ice duquel tu acquerras, fi cou-
tesfois il eft purgé 7. fois par le
feu aprcs ces cbofcs produits le
dans la populace enuleufc , & qui
porte haine à la recommanda-
don de c'eftœuure. Mais cfçoute
ce qui fuit*
Seconde partie. i6$
Figure TTroifiepne.
Ix hommes tcrrafTcnt
\ ce héraut & le tuent^
^ toutcsfoîs il leur par-
donne & leur remet
ceft^ merchanceté ^ quand après
ces chofes il refufçitc en cefte vie
& ferefiouït éternellement; par
iceluy la plus grande partie dl-
ceux r^uiuent aufquels il com-
munique fa fubftance , la ville
toutesfois eft afliegee de tous co-
ftcz.ou il faut qu'iceux endurét &
mcurét, 8c fontîncontinét perdus
au premier regard : Or les ténè-
bres aflaillant la Lune & le Soleil
et Pafteur fuccombc , & toutes-
fois ne peut cftre fcparé à caufe
(6^ Segonde partie:
qu il n'eft pas feniblable à la pre -
jniere terre , & les ennemis meu-
rent pareillement auec luy , s'ils
veulent eftrç fait^ participans de
riionneur &: gloire. Or de la pu-
re grâce ,1'Arc-en-Giel apparoift
quand le Roy les fauorife , & a-
lors il faut chanter fes loiian2:es
& les efleds.
Seconde ^ARTiEr i^j
Figure ^luatriefme.
AiNTENANT les en-
nemis du Roy font
I gchennez , &: cognoif-
iant kur malice , tom-
bent par terre tous cnfemble-
ment , & qui eft dauantage , ils
fonc déclarez coulpable au fécond
chef ^ & leur ville afliegee par les
ennemis , & par le feu première-
ment , à la vérité &c fpîrituellcr
ment , & maintenant corporelle-
ment&de mefme fin auecla pre-
mière , ils tombent tous. Mais ce
héraut comme vray Roy les
zyàc & afllfte à caufe cju'iceux
font feulement vn , & prefquc
réduits à néant a caufe de ceftc
Eclipfe du Soleil de laquelle
les Corbeaux tres-noirs con-
fument toute leur chair ; &:
iH Seconde partie.
bleflcz de l'ame & de refprit font
proche de leur chair pourrie ^ &
le Roy eft nettoyé de pourriture 3
& pour cftre caufc l'amc , l*cfprit
&]e corps font conjoints afEn ^
qu'ils demeurent en eux , & die
pareillement habitent en luy : or
le fixe réd ceft autre fixe pareillc-
ment^affin que diceluy forte vne
lignée nouucUe & blanche : mais
çonfidere plus aur.ni: les couleurs
de l'arc-en Ciel demoftrant qu'î-
ceux font dignes de la robe blan-
che nuptiale , que s'ils Tembraf-
fent amiablement ils gaîgneronc
la robe pourprée & dorée 3 & le
repos du Sabath 3 auquel ils ren-
dront à Dieu IcurCreateur Thon-
neur deu : défia la Lune obcïf-
fante baille le iour du Soleil re-
luifant , & cefte amiebîen aymée
( largentj foit coiiuertc de vcfte- .
Seconde partie, i/f^
mens blancs comme neige ; m^i$
toy ioyeux comprçns le refte.
g fîS;g%^ Ait^ftU jÉJ^^réii rJSftUA A^f^rf^ AfS '
#^gff «ptj^jjip '•vï^fv 'tjjsif' ^%ti^^ ^m '
Cinquiefme Figure
C ES TE heure îc fuis;
irefTufcite du fepul-
chre & apparpis ^
mes frères mon ef-
poux m'embraffant y par lequel
aufîi îe rendray mon frerc coti-
sant fpirituel êc blanc en le tai-
tro Seconds PARTrE^
gnant encore qu'il foit débile &
& imbecille , afSn que ic luy re-
uele la force & puiilance du Roy,
lequel vainqueur me doit fuîure
en bref , & nous rendra fembla-
bles au Soleil, d'autant qu il a ref-
fufcitéenmoy , ie fuis donc pa-
rangonnc à la mer criftaline.fixe,
& ie déplore amèrement la mali-
ce & imperfedion de mes frères
par laquelle fe retirans de moy
conjoints aux pierres & à la pou--
cire terreftre ; ils perdent toute
force , abbayans après les chofes
terriennes, &mefprifans les celç-
ftes 3 car fans aucune remilTio n ie
plore&iettedes larmes defquel-
leslabenedidiofort ôcapparoift,
& ne m'eftudiç pas à la vanité &
impudence comme ma fœur
Venus touflours attentiue à fes
raqndanitez folatrçs. Toutes-
Seconde partie^ r^f
fois elle pourra acquérir mon
veftement^ lequel ie deuois di-
llrîbuer à cinq , pourueu qu'ils
fouffrent viure auec moy , maïs
mon fr^rc Mars ce mefchant
& çelerat trompeur après qu'il a
eu mes larmes &c pleurs , il ren-
uerfe ^ tue plufieurs innocents,
&c enflammé de colère rayon-
nante, il mefprife dutoutlaSa-
gefle , modeftic , & paix. -Mon
irere Saturne eftauflide mefme
efprit, quipreflfédepaffion mé-
lancolique & d'auarice , ren-
uerfc le falut de plufieurs y
auiTi il a la face trifte : Ju-
piter doux & clément appro-
che de la Couronne Roy aile,
feuerc , craintif , & plufieurs
fois fubie£t aux paiTions d'in-
cpnftancc , comme la plus
grande partie dçs hommes eft
17^ Seconde partie,
fujctte , encor que tous les hom-
mes doyuent cftre aflemblez &
conîoînts en vn ; mais mon fierc
Mercure le plus ieune bien que
vieil par prudence , ilrompt les
liens de concorde , il pleure & rit
tout cnfcmble abondapiment
quand il cognoift eftre fembla--
ble à la Salcmandre i il eft merce-
naire & operateur d'œuures ad-
mirables , fcmblable à celuy qui
courant de toutes parts par le
globle vniuer Tel de 1 a terre fe re-
fiouitde la compagnie tant des
bons que des mefchans &: en
fort : Si donc ils îmitoyent m.'? c6-
Ilance ^ le Roy celefte nous eflar-
gîroit de grands biens ou le So-
leil fe plaift dans les pîuyes ^ &c
après les pluyes il donne de gran-
des richeffes , comme le père de
famille ayme ou pQurfuit fa fen^-
Seconde partie, jff
nie àvn amour ardant , rciettant
les difcordes 2ccontentions entré
eux 5c mo y ^ îe dorineray ceinture
à rargéc.reduifant mo Roy enot.
Figure Sixiefm
Elvis ANTdeéran-
v^^ de clarté, i*ay vaincu
p,^^ j^x^P TOUS mes ennemis,
K^^^^ d'vn plufieurs & de
'.^,
/7f Seconde partie.
plufîeurs vn defcendude gène»
racion cclebre^dii plus bas il mon-
te au plus haut , la plus bafle for-
ce ell jointe en ce monde auec la
plus hauce , ie fui^ vn, & plufîeurs
font en moy , multiplié par dix^îé
$!;uarls autant de fois mes fix amis
pourueiiqu'ilsm'ôbeîflentprom-.
ptement , en la fufion , à Texem-
plc de mon amie la Lune. Tay
{ix robes nuptiales , ëc fix cou-
ronnés doréds ^ chacune def-
quelles feront données à Vri
chafcun , affin que femblables
aux Rois ils régnent auee
rîïoy y dominans fur ceux qui
m'ont mcfprîfé & mon amour y
ils feront defcouuerts par le feuV
d'autant qu ils font foigneux
de monter de la terre , s'ils ont
efté vrayement ioyeux , blancs,
d^ couleur faSnguinc 6c purpurez^
Seconde PARTIE, i//
donnans de grandes richefTes ^
tout ainfi que de Dieu fout tou-^
tes chofes hautes & baflcs ^ com-
mencement & fin : car ilcft Ai
& O : prcfent en tout lieu , les
Philofophes m'ont orné du nom
d'Azoth y les Latins A&Z, des
Grecs et & û) , des Hébreux K^Jhtt
Aleph & Thau , tous lefquels
nomsfignifient&font AzoTH r^
îecté dâs le feu corne par colère [^^
l'oprelfe Teau^&lesfix autres mé-
taux louent grandement mon
nom, d'autât que ie les introduits
au Royaume du Soleil ^ de la ils
m'appellent vniuerfcl quand ie.
Icstrârmuëentres-purOrJequel
ne fentirâ îamais aucurî domma-
ge par eaUjfeUjterre ouvenîniDa-'
uancage il fert de remède aux
maladies des hommes 5 le fuis
h vray thrcfor Royal doon^
i/^ Seconde PAàtiE,
fculemét aux pieux. Si donc Dîcii
trcs-bon & très-grand redonne
lacognoiffance de ce threfor vis
mo^ctlemcnt auec toy > afBn que
te re{ioui{ra:nt en la compagnie
des merclians , tu ne tombe en
grand danger &c affiiârion : car il
•lu "^cïï a plufrears qui fous couleur
d'amitié machinent des embuf-
ches à ton falut , Sclareuelatiori
doit eftre<îe Dieu.
Vor'Uure "vnimrfel des
l?hilofophes.
^â^'É vieillard cft le prc-
\$^ ^^^^mier prmcipe reuele
i6.VnV/^ptir l'art de Hermès,
car le fouffrç , fcl & Mercure y le
l>as comme le haut , Taftre du
Soleil
Seconde partie. ///
Soleil abondant en couleurs ^ lé
feu,raîr, Peau^la terre engendrez
de la génération de Diane Scd'A-
ppllon , le feu liiafculin &c Tair
lœminin (ignifiec la terre &reau,
de pois pelant & léger ^ ftablc ,
conftant & iugitîf , defpouillé de
h robe tçrrelïre , &: le prépare*
nud y eiiferme4e dans vn bain
chaud^cuits-leàla chaleur de s va-
peurs iour & nui6t iufqucs à ce
qu'apparoifle Teftoille i autour
de laquelle courent fept autres ,
parlafphere , ôcfoitCuffoqué en
leau ; le noir Corbeau premier C(ry(^i
Oifeau voltige à lentout des
corps morts iufques à ce que de la
Colombe blâchc lorte vn oy fèau
rouge la fuiuant^eftains donc fpi-
rituellement le Corbeau nôir>
afin que toutes les couleurs pa-
roiffent : mais la Lune corporelle
u ^
ijS Seconde ï>artïe.'
fubfiftant la Licorne fc repofe ;>
ôc prépare le chemin au Roy?
lardent blanc fort et le Roy
fuit de près rouge encores foli-
taire : mais tres-pur , que (î tu le
menés auec fa mère par tous les
Royaumes il multipliera fon prix
de dix , et donnera de grandes
richeffes et commoditez à fcs
frères. Heureux trois voire qua*--
tre fois ^ heureux celuy qui a ac-
quis l'entière cognoiifance de
ceft arc.
Seconds PARTIE. "ï-;^
Déclaration çf expUcatioii
d'Adolphe.
M \}
/8o Secondb î>ÀRTEÊ.
[^ P R ES que moy A -
fj^^ dolphe euft délibéré
félon la cupidité de
mon efprit d'aller à
Rome^ , affiii qiic \t peuffe plus
diligemment rechttcher les fe-
€rets des arts , vne certaine nui6l^
cftanthorsdu logis contraint par"
la folblefTe de mes forces fiddeuc-
nu pefant par le fommeiU&gran-
demét affoibly à caufedcspluycs
&tem^^éfces quilauoit fait tout
le long du iour y i'entraydans vne
certaine cauerne fous terre ydef-
quelles lé nombre eft affez: grand
à Rome , & ayant fait ma prière à
Dieu tres-bon&trcs-gr ad^împlo-
rat fon ayde^cftant à ieun.ôc fom-
meillant^îe me luis endormy .maïs
a caufe de rincorttodité du lieu îc
m*efueillay à la minuit , confîde-
f ant la eauerne de monhoftelle-
S'ÊGONDE PARTIE. î8t
rie elleuanc mont efprit aux œu-r
urcs admirables de Dieu très bo
Sccres-grand/ocexaminant atten-
tiuemenc les rniferes de la vie hu-
maine, finaleiiiiGncauiri balançant
. cxadtementles fpcrets& rœuure
des Philofophé ,- il me fembla
ouïr quelque bruit en ma ca-
uernc , qui toutes fois au mefmc
inftant ceflbit ; qui me fit auoîr
grand peur ^ partant queccfuft;
foreiers ou larronneaux : Mais
implorant Tayde de DieUy î'adui^
fay vne petite luniîere loin de
moy au plus profond de ma ca-
uerne , laquelle s'augmentant
petit à petit s'approchoit après de
moy,&: delVituéde force ie hefi-
tois & lors ie vis vn certain hom^
me tres-lucide , comme aérien
recompenfe d'vne Couronne
Roy aile ornée par tout d eftoilles
pr comme ie le regarde acte n il-
ucçnent conlideranc toutes fe^
parties înrcrieures, Tpa cerucau
ainfi que l'eau criftaline f^^niou-'
uok fpy mefme comme les nues,
& le .cçÊur aind quVn rubis rou-
giflant çntre ces chofes ie va-
%^l^^
Seconde partie* /gj
yoîs fes inteftins ; le poulmon
le foye , le ventricule^ la veffie,
îerquelles cftoienc toutes pures
claires & lucides comme verre,
oc toute sfoîs poijit de fiel , la ra-^
ce , & les autres inteftins auffi
apparoilToyent , or ie ne puis
exprimer par paroles^fa clarté ôc
pureté , &c comme cour m enté
par fonge & vidon y à la fin îc
m'efcriayô Seigneur mon Dieu
deliure-moy de tout niai : mais
ceft homme approchant de moy
me dit , Adolphe fuy-moy , îc
te monftreray les chofcs qui te
font préparées affia que tu puif-
fes pafler outre les ténèbres à la
lumière, lors ie dis l'ignore qui
tu es, refprit du Seigneur du Ciel
&: de la terre me conduifc , Se
U me dit fuy-moy : car d'au-
tant que tu m'aimes ôc jnon
}S4 Seconde partie.
Seigneurs tu feras aulTi pareille-
jnent ayme de moy y & toy tu
lolieras le nom duScigneur gran-
dement y ces cliofes dites , fi-
nalement entre au profond de la
cauerne.confiderant plus attentî-
uemcnt toutes ces chofes y ievis
en fa couronne vne foit reluisâtc
te eftoille rouge,les rayons de la-
quelle penetroicnt tout mon
corps ôc mes entrailles , fa robe
ertoit de lin blanc parfemce
de fleursde dîuerfes couleurs J:i
couleur verde reluifant fort au
dedans, outre ces chofes vne cer*
taine vapeur toufiours mouuan-
te montoit de fon cœur au cer-
ueau & du cerucau au cœur : en-
fin donc il esbranla de la main la
rnuraille par vn fon grand & ef-
datant, & fe rçtira de deuant mes
yeux^dçcecy derechef les gran-
Se^CoNDB PARTIE; i2f
des ténèbres , la follicicude & la
craîncc faîfident mon ame , & le
Soleil fe leuanc ayant allumé vn
çiero-e . cherchant diligremmcnt
lededansdelacauerne,ie voyla
muraille esbranlee & trouue vn
cofl:re de plomb y lequel ayant
jouuert ie voy le liure aux fueil-
Icts y duquel , qui etloyent de he-
ftre y eftolt mife en efcrit comme
pour mémoire , la figure parabo-
lique du vieil Adam,& ie la tour-
nois iour & nuid de la maiq îuf-
ques à ce que par vne feule voix
ce fecret me fut reuelé , par le-
quel i'ay cogneu entieremenc
pludeurs chofes admirables. le
regardois au Mîdy où font les
chauds Lyons, & es lieux fujets
aux Poîes & au Septentrion ,
dans Icfqucls lieux le"? Ourfes
fpnt^ &c chantois par hymnes &
%sS Seconde partie;
louange le nom du Seigneur j&
cognoilToîs le myftere de ce liurc
cacheté de la nature Jequel fecret
comme auparauant, il auoitefté
adioufté y ie le mettray aufTi en ce
lieu.
Le Symbole de S^^
turm.
Dam eftant char-r
gc de vîeillefle , n'a-
yant pas obeï à la
Lov de Dieu auec
fa femme , auôit tourne fut
foy la fentcnce de maledidîon,
& tous deux defcheus & rem-
plis de crainte , fuyans fe font
cachez dans les builTons & efpi-
Seconde partie. 18/
Dcs , & meus de honte & de
vcfgongne à caufe de la nudité
de leurs corps ;, ils fuflent aufli
morts miferabîement, fila mi-
fcricorde de Dieu le Créateur
tres-bon & très- grand ne les
eull réduits à Taduenir en leur
premier eftat : car deuant qu'ils
fuflent renouuellez ils engen-
^^"' drbyent des enfans imparfaits ,
& comme ils fe furent eux mef-
mes rendus indignes de la
pofleflion de ce jardin ^ &
aufli qu'ils deuoyent eftre re-
uelez à tout le monde , ils fu-
rent icttez de ce iardin de
délices par vn rayon de feu,
& conibien que vrayement
ce iardin abondoît de dou-
ceurs & de délices toutes-
fois Adam auec fa femme
h furpaflbit de pluficurs
7 88 Seconde pARTt'k
générations. Il y- a au Latin le
iiiuliis parafangisi , cjBÎ {ignifie
trenteixades de tci'revMais com-
me ils fuirent îetrezihors (i'îccluy.
Eue femme meue d'inconftance
fortîtpremieremeûc Adamhonv
ine conilant& magnanime , ne
vouianc céder qu'après auoir
r s
rcceu hxp.a}<'S; mais Eucrece-
SEeONDE PARTIE^ 289
iioic le fang qui s'efpandoît de
fes pbycs , & le gardoit le tirant
du iardin de pareille force aiman-
tine , car il eftoit afïoibly de ces
premières forces , qu'il ne pou-
uoit recouurer iufques à ce que
lauez enfemble dans vn melmc
bain^ &:s'aymantmutuellemcnt>
ils defiraflent la mort tous deux ,
Scdercchefreffufcitaflent en vn>
& après la mort ils cngendraffent.
vn enfac d'effence fuprémeMais
ceft enfant defirant pareillement
la mort a reiTufcitéafïîn qu'il pe-
netraft toutes chofes, & doit eftre
multiplié par dix : car fes frères
imparfaits &c débiles le comba-
tent &c rartaquenc : car fi cela
n'eftoit tout le labeur feroicvain
& fans profit. Or après ces chofes
ils meurent tous enfemble auec
Iuy,àlafin reffufcitant Se regnans
1^6 Seconde partie,
àuec luy reluifans & rayonilans
Comme le Soleil de la terre : car
leur volonté eft obeïflante au
Roy, de cecy ayant acquis des ri-
cheffes éternelles qui feront dix
fois y cent fois Ôc mille fois. A
Dieu feul duquel procède tou-
te fageffe foit honneur &c gloire»
Âinfi foit -il au Mercure , lequel
bien qu'il foit fans pieds court ^^
comme Te au , ne mouillant
îcs mains ^ et opère tout métal-
liqucment.
I N.
^Pl
POEME.
P H I L O s O P H ^I C-;
SVR L'AZOTH DÈS
PHILOSOP HES.
Par le fieur de N V i s e m e nt»
W Art fournît créer Us frin^
cipes des chofesi
Comme il feut accomplir les
f>tiijfirn.esencl6fes
Etftincipfs crées ^ <sr les muU
tiflier-;
l*^4ture aux pieds de V Art yi en droit s*humilier\
An lieu qite dettant elle il fléchit & i* inclina ^
Car s il A de la gloire elle en eff l* origine.
Comme experte maifire/^e^ & luy comme aydc
expert.
E île fait/'' s apreft < 5 dont après il Ufert.
> hes principes prochains Sont cefle grande ctf^
uriere,
CoTTffofe dés métaux la matiste premiers
î5?2 STANCES.
Bf c'tux ^cnt i\lhif> par l'art Jf doit former^
Vou) dt), corpi imp.vJMis Us ^effatas vefo> w r»
Sqfrien cjîre ^ en Jiibjï.ince ^& yntus ynifonne
V^retL en qu^e^-^mais diferens enfermes.
'Ndttiyeles pifCpafe-C^ vi lesprep^ranty
t-lierenû k nos ytux, ItmaJJ/ec} diff'erem,
^u centre de la terre elle tient fa bbtttîquey
Ou d^engin admirable elle afl'entbleO^fahri^ife
Des principes pYertiHrs cespnncipei prochain^;
Dont elle ya formant de fvs expertes mains
Vfiemdfje confuf/e , qu pdr poids elle ajfemhlei,
iLes quatre qualité'^ des dçu): fermes enfernble*
Ayant incjlé Veau feiche aUec l'eyfrit ptianty
SafoHrnaife elleenflamm(',& lesratranfmuÂt
'En fubfîance fumet* fe -iQU yapeur qui fans ceffç
Mme fi quelque ohftacle oppofé ne l'âbaiffe^
Si rien ne la rrp>ime a for ce de -voiler
Elle efcbappefuiiiue -^^ra former en Vaîf
Quelque irijirumct du foudre lou l* a ^eB fatidique
lyvne errante Covtftbe , ù*feu yietheorique,
M.</-< tnounant tn rempart qn^Ale nepefcepaî^
E//e ifi reuerberée^Cr recot*rbée enbas.
puis s'efcanantpreffèe^aux plus efiroitcs yeines
l}es rochers fourcilleuXyO'mantaigneî hautaines:
Elle y efî retenue auec l*e fart puiffdnt
Ve yertu miner aile • â elle s'ynîffanti
Dw très ferme fie n d'vnionperdurable^
par la douce a&ion de chaleur amiable 5
Qtn ivur ûr nuiciperfifitt 4 fin de conuerti'rî
f.n tveral y la yapeur qui ne petit plus feruh\ fo\^
kùifi dsno U ndture a pour toutes eftojfes
Ceftr
à
stances: T5Î
Cefie doublé vapeur ^mmune aux Vhilofophes y
(QtielU rend accomplie > àtftant que le permet
Et te temps 5 & le lieu^ 9U U yapeurfe tnet^
Car fi elle rencontre me impure mutrice^ -;t
Uémbrion qui s'y forme efi tache defon yîcel
Et fi l'auare mai» de Vauide marchant ?
Du y entre maternel y a l* enfant arrachant'^
Audm les ans premiers deftintu^ Â leur eflrky
C'eji yn fruiU abortif > qui meurt premier ijï4^
naiftre.
Le clair-y^yant Hermès d*yn eeil de L>/i^
ouurity
La terre iufquUu centre ;t^fuhtil defcouurit
Lesfecrets plus profond s où nature enuieufe
Employé enfe cachant fa main indu^rieufel
1/ liiy yeîd tnan'er lAercure duec Venus ',
£>m dans Utfiuche aymee^entrelaceTy & nuds l
'Engendrèrent Venfânt ou leurs fexes s* djfemblevil
Kejfemhlatàtous deux, qui point neluyreffembUni
Venus fe /entant ^offe elle explora du fort 9
Defon cher Ambrion la naijjancè O* la morti
Trois Oracles diuers l'affligèrent confufcy «
Ef nul d'eux toutes fois menfongèrne l*ahufel *
Le premier luyprefage m fils au fer fournis: -^ktmI^, ^T^^^^<^7
L' autre luy a pour l'onde ynef 11^ promist fnjM^cu^tt^t—
Vuis le tiers luy annonce yne eng eance nounellel ^^^^-^
Qui naijjantfille^â' fils^nefi maflë ny femelle f
Et dont lafrefie yîe en l'air doit expirer; • "*
Ces contraires deflinsfon t V^ nus foHJ}>irer^
Vleine d'impatience 5 attendant la tournée
QH*efclorf^, de fin fruiB U triple defiinée'
N
f^;? _ stances:
Sdttû^jfdnce conforme aux préfaces diulftsl
PoMjr ftù mort luy fAÎt crbire aux vHots des tvm
dettinsy
Il naijl mafle femelle y & n*eH homt^te ny femme -^
L>e crlxtue^tondey^ l'air luy defroberent Vame 5
Tué y Hoyêyfendu^en VdUYtlde/es ar:si
Honor^ du beau nom defes dîmns pa rents>
h'dueugle en tel myflcre aura recy pour fable»
'Qf4iefiaHx de/^llle\hifloire ■veritahle.
CrfK les principes vrais par nature allie's^y
Sonf ces diuins amdrts au ioug d^Himen Uen^ s
E^ la double v^ipcttr qui de ces deux sexdU^
Emportant de chacun fa portion exalte,
Efi cet Hermaphrodit '^ auquel font contenus
^es deux fermes diuins de Mercme,& Venusl
- L* Art imitant Hature accomplit l'œuure en^
tierey
P^K h njiefmepr^ttquey & la mefme tt^atiere;
Af* ventre d^vn clair yafe'ien globe vondijfanty
iJ agent aupuiem bienpurge'^ynijfant :
Defquels k feu fait natfîr:^ yn ydpiur fubtille ,
Qui maintes fois i'efeUey & maintes fois diftillei
'Defantmi^t les csrps qui la yontprodmfanty
Puis duec leur propre ame en eux fe reduifant.
Oeft A^^oth y ceft l'esprit , c'efî l'ame fuiitiue^
Qjtî fumée inuîfible ■< entournayant arriue
A'thatit denoÇtre^lobc $ ou perdait force & cosur $
Vifib 'ement retombe e^ perleufe liqueur •
jif non point r argent vif, commun y froid , & hu^
mide ,
E?icor qu'il dppdrdjfe éiUtânt &ffuyde i
STANCES.' jfpl.
Uns yn lAercttre extrait des corps fHhtîliée' -^ ['•
P4r i* argent yifrulgait t omerts 6^ dêjIT^ . 0'é4 iU/sk:"'^'
E^rît eju on peut nommer Mevçf*rc de Mercujf; ^y^z^tc^\^ ^''■
VlusjubtiUchaud C2r meur 9 f«*t ctUj ds natti^^f, Mt**. <PkJ*u. ^
Pdr cefi efprityifible^^i Ciel glorifié 9 ^itUù. ^^
f^oftre Ldton invmnde eft teut purifié^ ;^^*m -^*^*:^
Qtt'H deuient médecine in^nie enpuiffdncty
IPour exterminer touty ce qni fut corps offencel
Q«/ 4 y eu cejî A '{oth a y eu n ofire Blixir i
Carde nofire tUxirnoftre A\oth dait ifiirt
Puis quElixirn'efi rien qu'yn eau lAercuriellei
Et que l'on nomme Aif^othla yapeur qui fort d'elle
Eiixirefile corps en Mercu^re reduiti
Et t'A\9th eft i'e^iit q*i de deux efJlprêduit^,
Tem ce fait eau , p4r l'eau i mais eau qui rien ne
moût lie 9
Et nefe ioin3 fimn il fa propre déjpouille.
Or Ton peut ce grand auure en trois parts di^
uifery
Et fous troii noms dîuers le fecret defguifer^
ï^ebiseft le premier^quand la pierre on compofei
Et qui les deux conioints ne font plus qu*yne chofe,
Elixir le fécond, lors qnUn a^ftre cercueil
V lotte y ne mer d'argent fous des yoilles de dueil,
A\oth eft le troifiefme^ahrs que dans leyuide
Dm p^lobe diaphane » vne rdpeur lucide
Hors de f es flots s'efleue, ^ fe csndanfe en haut :
Vuis rechet quand la firce àfes celles défaut-
EJprit qtH rault Vame^ er dansfênfein la cachet
Lors que des corps pourris fa teinBure il arrache.
"XelnUure ^ huîlle > ame ^foulphre^ extraits par n&^
' ftre agent i
,5^jj S t A N C È à.
I'/ v< <^^ft Yif f ^w qHihrîliey^sr roulle au^i cUîre ^nUrgït l
^ûu^ ^i*/«^e>fc ^ " f ce» rfcUtante 5 humide , €r inconftmtc
J» Lt^j^'^^l^rXyts^^ S^.^^JfUié de cefte mcrfiotcante,
Camii^A^fiA:9mC§t ^0* ' '7'^*' ^* ^^J^»"^ AHYAJm eati repris^
/éui^ &' ^^P*V4 . ■' '^^iP^^f /erorn v^ffvHS les co,f s compris i'
«^/^^
CXmme le Jpermehumah en VhumMnê mHtrkel
On yoid les yt^ierdptx par U tene produit Si
Pa r putïef action eftf e en terre réduits i
1i rre qui en yfrtu U prïmiite jurpaffe ,
^AY fonfel qui V anime 5 <ir qui la rend plus grdjfe]
Ceux qui dit. labour âge ont pratiqué le train^
Ont eu foin de la paille au/si bien que dtt grain %
Car la paille pourrie en ^Y^iffe conuertie ,
^e reioiht à la terre , Cf /«> donne U y te :
Dont après ^ [on grain propre % en yn telchAm^
femê^
E/? plus abondamment produit flamme*
l^es met MX , di4 Mercure ^ ont tiré leur femenc» j
1/ eftleurpropïe fe> /f & luyjeul ipuijfance
De les ienut) e eu luyparputr^fa^iion y
VoHY donner aux parja^Bi plus deperfeBion%
Car nos corps fubmergeT{ dans les flots du Mer^
cure ^
i E/ tranfmue\ en tuy par propre pourriture %
f SontU terre féconde -tÙ* les champs f^uBueUxi
Ou ms beaux grainsfeme\fe font plus yertueuxl
FIN.
A;^>v^ ?-,a 1^-^ts^- <Mcrt^y>9/|. I34-- //A
az-l
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